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- Membre : Yes

Rick WAKEMAN - The Red Planet (2020)
Par AIGLE BLANC le 30 Novembre 2020          Consultée 852 fois

Qu'on aime ou non sa musique bariolée et éclectique, Rick WAKEMAN demeure un personnage éminemment sympathique dont les critiques négatives s'élevant à son sujet (et rapportées par notre cher confrère Baker dans sa chronique de Piano Portraits -2017) n'ont apparemment aucun impact sur lui. Ce pianiste flamboyant, ou mégalomane c'est selon, n'a jamais tenu compte de la mode pour nourrir sa discographie pléthorique où règne, avouons-le, un capharnaüm des plus attachants. C'est ainsi qu'on y pioche de quoi satisfaire les goûts de chacun. Vous aimez le Classique light revisité à la manière de Richard CLAYDERMAN, essayez Classical Variations (2001) et Always With You (2010) ; vous êtes adepte des musiques de films, goûtez aux B.O des films de Ken Russel, Lisztomania chantée par Roger Daltrey (1975) et Crimes of Passion (Les jours et les nuits de China Blue, 1984), sans oublier la partition inédite composée pour le film muet Le fantôme de l'opéra (2017) avec Christopher Lee dans le rôle du narrateur "prestigieux". Rick WAKEMAN est un cinéphile, ou plutôt un cinéphage, qui ne néglige nullement les films d'exploitation comme les classiques de l'horreur The Burning (Carnage, 1981) et Creepshow 2 (1987). Vous aimez les albums de covers revisitant les standards du rock et de la pop, jetez une oreille sur Piano Portraits (2017) ; vous avez besoin de vous détendre, abandonnez-vous à la trilogie new-age Sunrise, Sunset et Sunshadows (1991) ; vous gardez auprès du coeur la profonde ferveur des hymnes éternels, Amazing Grace (2007) est entièrement gagné à votre cause ; indécrottable nostalgique, vous regrettez la période dorée où Rick WAKEMAN officiait au sein du groupe de rock progressif YES, ne désespérez pas, le pianiste a pensé à vous avec The Yes Piano Variations (2002) à moins que vous ne jetiez votre dévolu sur les deux volumes de Two Sides of Yes (2001) ; mais si, pour vous, il n'est point de salut en dehors de PINK FLOYD, alors savourez l'hommage que R. WAKEMAN lui a rendu dans l'album Tribute Pink Floyd's Wish You Were Here Symphonic (2016) dont le chant est assuré par ALICE COOPER (Non non, vous ne rêvez pas !) ; à l'approche des fêtes de fin d'année, vous avez envie de réenchanter vos oreilles avec les hymnes de noël, notre cher pianiste en a adapté quelques-uns à votre guise dans Christmas Portraits (2019). Déjà, avec Christmas Variations (2000), il livrait un disque de Noël unique en son genre puisque proposant les standards habituels enrobés dans des arrangements électroniques sur le mode new-age. Même VANGELIS n'y a jamais pensé. Par souci d'honnêteté cependant, reconnaissons que le synthétiste japonais KITARO l'avait devancé dans ce domaine avec l'album Peace on Earth (1996).
Sans compter bien entendu les nombreux live qu'il a édités au cours de sa prolifique carrière, cela aboutit mine de rien à une discographie d'une bonne cinquantaine d'albums studio auxquels s'adjoignent les live et autres réinterprétations de ses classiques Journey to the Center Of the Earth (1974) et The Myths and Legends of King Arthur and the Knights of Round Table (1976). Connaissez-vous beaucoup d'artistes ayant oeuvré à la cause d'un groupe majeur de l'histoire du rock et de la pop, comme par exemple Mick Jagger, Richard Wright, Roger Daltrey ou Chris Squire, qui alignent une discographie solo aussi conséquente ?

Alors que ces derniers temps Rick WAKEMAN vivait plutôt sur son passé en n'éditant plus que des albums de covers, ou "des variations" comme il aime à les nommer du terme communément adopté en musique classique quand un artiste s'inspirant d'une composition étrangère existante en livre une version personnelle autorisant quelques digressions et variations, voici que surgit dans nos bacs préférés ce très inattendu - et inespéré - The Red Planet.
La première surprise se lit dès l'intitulé de la pochette où Rick WAKEMAN apparaît accompagné de l'English Rock Ensemble, une formation rock créée par le pianiste lui-même dès ses débuts discographiques, à l'époque de Lisztomania (1975), The Myths and Legends of King Arthur and Knights of the Round Table (les versions de 1975 et de 2016), de No Earthly Connection (1976) et de Out of the Blue (2001).
Pour bien comprendre l'identité de ce groupe, il faut savoir que c'est le nom qu'accole Rick WAKEMAN aux musiciens rock invités à officier au sein de ses albums. Il s'agit donc d'une formation à géométrie variable qui dépend du bon vouloir de sir WAKEMAN. Dans les années 70, elle se composait de Gary Pickford Hopkins et de Ashley Holt au chant, de Mike Egan à la guitare, ainsi que des bassiste et batteur Roger Newell et Barney James. Les membres de l'English Rock Ensemble intervenant dans The Red Planet sont aujourd'hui le guitariste Dave Colquhoun, Lee Pomeroy à la basse et Ash Soan à la batterie. Après des années d'albums de pur solo, où l'auditeur semblait condamné à écouter jusqu'à satiété les élucubrations de Rick WAKEMAN au piano, il est fort bienvenu de retrouver notre magicien des cordes frappées soutenu par un vrai groupe de rock. D'après l'artiste lui-même, ce sont les fans qui émettaient le voeu, depuis des années, de le voir revenir sur les pas de sa période phare, quand il s'adonnait à un rock progressif majestueux, mâtiné de jazz et d'inspirations classiques.
Très respectueux de ses fans, le voici donc aujourd'hui à la tête d'un album de rock progressif instrumental et, qui plus est, d'un opus particulièrement inspiré où l'artiste apparaît comme rajeuni, véritable cure de résurrection qui le voit revenu à son meilleur niveau, l'enthousiasme et l'énergie retrouvés par miracle. Après tant de décennies d'activités musicales, une telle résurrection demeure des plus rares. Alors, si vous êtes fan du bonhomme, ne boudez pas votre plaisir.

Même si les trois membres de l'English Rock Ensemble ont beaucoup tourné avec Rick WAKEMAN ces dernières années, la cohésion instrumentale qui se dégage de l'album n'en demeure pas moins étonnante quand on resitue son enregistrement dans le contexte actuel : The Red Planet a été enregistré entre janvier et mars 2020. Crise sanitaire oblige -ce fichu Covid-19, le pianiste a d'abord enregistré ses parties instrumentales isolément avant d'envoyer ses maquettes à peu près finalisées à Dave Colquhoun, Lee Pomeroy et Ash Soan. Nul n'a été besoin d'abreuver ses musiciens de notes explicatives sur la façon d'interpréter ses compositions. Suivant le conseil que lui avait promulgué autrefois David BOWIE, selon lequel il faut toujours choisir ses musiciens parmi ceux qui comprennent d'instinct sa musique et ce qu'il attend précisément de son interprétation, Rick WAKEMAN leur a accordé sa confiance en les laissant enregistrer leurs parties au feeling. Le résultat s'avère confondant de fluidité, alors que les musiciens ne se sont jamais rencontrés en studio.
Dans la grande tradition du rock progressif, The Red Planet s'appuie sur un concept, ou plutôt un thème, fort : celui des nombreuses expéditions spatiales à destination de mars qui ont rapporté de leurs voyages respectifs autant de photos de "la planète rouge" qui fascinent l'artiste depuis des années, ce dont témoignaient déjà les albums 2000 AD Into the Future (1991) et Out There (2003) que la NASA d'ailleurs a envoyés dans l'espace au cours de ses missions.
Comme VANGELIS, Rick nourrit une passion pour l'astronomie au point de compter plusieurs amis parmi les astronautes. S'inspirant donc des photographies publiées par la NASA, il compose 8 pistes, chacune portant le nom "mystérieux" d'un relief martien observé par l'une des expéditions. La démarche n'est pas sans évoquer celles de Brian ENO et de Daniel LANOIS à l'occasion de l'album ambient Apollo (1983), mais le style de musique proposé diffère totalement. Rick WAKEMAN et l'English Rock Ensemble ne visent pas à recréer la sensation de l'apesanteur, mais offrent une musique rock conquérante à l'ampleur symphonique due aux claviers prépondérants du compositeur.
La grande force de The Red Planet, c'est de ne contenir aucun moment faible ni passage à vide. La musique s'écoule dans un flux continu qui maintient l'intérêt 55 minutes durant, grâce aux claviers scintillants de WAKEMAN qui nous sort l'armada des synthétiseurs analogiques adéquats avec une prédominance de l'orgue dont il use avec toujours la même maestria. Dave Colquhoun est un très bon guitariste nous gratifiant de quelques solos fort intéressants qui font regretter que son talent ne soit pas davantage mis à l'honneur, l'album se réduisant souvent aux claviers envahissants et à la batterie malheureusement très basique de Ash Soan qui frappe le rythme sans audace ni originalité, sans subtilité non plus. Ces quelques réserves justifient la note finale, que d'aucuns pourraient juger sévère étant donné la qualité globale de l'album. N'oublions pas que si The Red Planet était paru au cours des années 70, il n'aurait pas certes dépareillé aux côtés des oeuvres de l'école de Canterbury, de NATIONAL HEALTH et autres HATFIELD AND THE NORTH, mais il ne s'en serait pas non plus distingué outre mesure : il eût été considéré simplement comme un bon album. Aussi intéressante et inspirée que soit cette musique "enthousiasmante", ses compositions n'en demeurent pas moins établies sur des bases confirmées ne présentant aucune audace ni invention particulières.

Ne boudons toutefois pas notre plaisir : un album de cette trempe aux heures d'aujourd'hui reste une exception dont on ne trouve d'équivalent que du côté des opus géniaux du hollandais Arjen A. Lucassen, leader de l'entité AYREON.*

* Cet album plaira aussi aux fans du TANGERINE DREAM de Mars Polaris.

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   AIGLE BLANC

 
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- Rick Wakeman (tous les claviers)
- Dave Colquhoun (guitare électrique)
- Lee Pomeroy (basse)
- Ash Soan (batterie)


1. Ascraeus Mons
2. Tharsis Tholus
3. Arsia Mons
4. Olympus Mons
5. The North Plain
6. Pavonis Mons
7. South Pole
8. Valles Marineris



             



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