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1959 Shout!
1962 Twist & Shout

The ISLEY BROTHERS - Shout! (1959)
Par LE KINGBEE le 25 Septembre 2020          Consultée 947 fois

The ISLEY BROTHERS sont de par leur longévité et l’ampleur de leur carrière une figure tutélaire de la Soul Music, au même titre qu’Aretha FRANKLIN, Ray CHARLES ou James BROWN. En plus d’un demi-siècle, le trio a généreusement participé à l’évolution de la musique noire américaine, la formation franchissant avec succès toutes les étapes en partant du Gospel au Doo-Wop, en passant par la Soul, le Funk-Rock, le Disco jusqu’à la Nu Soul et le Hip Hop.
Malgré une carrière irréprochable, le trio fait hélas figure de mal-aimé sur son propre territoire, non pas de la part d’un public dévoué, mais d’un establishment blanc qui n’ayant jamais réussi à s’accommoder des prises de position et d’une fidélité à la cause de l’Amérique noire (ségrégation, lutte pour les droits civiques, opposition à la Guerre du Vietnam, mise en place des ghettos, montée en puissance des marchés du crack et de la came et enfin explosion d’une violence dans laquelle les adolescents font leur propre tort).

Originaire de Cincinnati, le couple Isley élève une fratrie de six bambins dans le plus grand respect de la religion. Si le paternel, un ancien chanteur de Vaudeville, a fait carrière dans la marine, Sallye, la mère, officie à l’orgue au sein de la First Baptist Church, inculquant à sa cohorte de garçons l’amour de Dieu et du Gospel. Quand ils ne sont pas à l’école ou à l’église, O’Kelly, Rudolph, Ronald et Vernon (décédé prématurément en 1954 à 11 ans) écoutent la radio et découvrent des programmes moins contraignants que les psaumes évangéliques. Le décès de Vernon écrasé accidentellement par un camion contribue à souder les trois frangins.
En 1956, le trio tentant sa chance à New-York enregistre une poignée de singles pour les labels Mark X, Teenage, Cindy et Gone sous la houlette du producteur George Goldner. Sans promotion, les disques ne connaissent que peu de succès mais le trio parvient à intéresser la RCA, la firme cherchant à enrichir son catalogue de R&B. C’est avec "Shout", un titre se situant entre une improvisation Soul et un Gospel que le groupe parvient à poser son nom sur la carte de la Soul en 1959. Si le titre n’a pas les honneurs des charts du moment, il permet cependant à la RCA de monter au 47ème rang du Billboard Hot 100. La suite est encore plus belle avec la sortie de "Twist And Shout", une compo du tandem Medley/ Bert Berns enregistrée à l’origine par les Top Notes. Après des passages chez Wand, Atlantic et la Motown, les ISLEY BROTHERS réactivent leur ancien label (T-Neck). Le trio s’agrandit avec les arrivées des deux benjamins (Ernie et Marvin) et de leur cousin organiste Chris Jasper. En 1969, les frangins décrochent un Grammy et une seconde place au Hot 100 avec "It’s Our Thing", un disque dépassant le million d’exemplaires vendus. Aujourd’hui, si le monde de la publicité utilise "Shout", "Twist And Shout" et "It’s Our Thing " pour vendre de la lessive, des fringues ou de la malbouffe, le répertoire des ISLEY BROTHERS demeure toujours très actif et d’actualité malgré quelques décès et tragédies.

Ce premier disque de 12 titres exprime à lui seul toute la puissance, l’esprit d’improvisation et l’énergie dont pouvaient faire preuve les frères Isley. Ne tergiversons pas, sans la médiocrité de la RCA en matière de Soul et de Groove et sans la présence du tandem Hugo & Luigi, deux producteurs italo-américains qui ont eu la chance de se retrouver on ne sait trop par quel miracle, sur une poignée de hits indémodables ("The Lion Sleeps Tonight" -The Tokens-, "Twistin The Night Away" -Sam COOKE- ou "I Will Follow Him" -Peggy March-) ce disque aurait logiquement dû connaitre une notoriété internationale.

L’album s’ouvre sur deux classiques de la musique noire avec "When The Saints Go Marching In", un ancien spiritual des années 20 repris par Louis ARSMTRONG, Louis PRIMA et Fats DOMINO. Mais là, toutes les connotations avec les psaumes ou la Nouvelle Orleans sont gommées au profit d’un dynamisme aussi contagieux que dansant. Standard de W.C. Handy, "Saint Louis Blues" a connu moult essais souvent très sages et bien barbants pour tout dire. Là, le trio instaure un climat alliant Doo-Wop, R& B, humour et dramatisme à l’instar de certains titres figurant dans les génériques de Tarentino. Autre gros classique de la musique populaire "How Deep Is The Ocean", une création du prolifique Irving Berlin, a connu son lot de reprises à l’eau de rose. Le trio imprime ici un rythme soutenu, on regrette simplement la présence de violons et de cordes polluant l’atmosphère.
Les influences premières issues de la congrégation Baptiste sont difficilement palpables sur "He's Got The Whole World In His Hands", un gospel traditionnel popularisé dans les années 20 par le Révérend F.W. McGee, totalement gommées au profit d’un Doo-Wop entrainant ; les trois frangins réussissent la gageure de transformer une ambiance d’église en un Teen Rock comme on en entendait tant à la fin des fifties. Un aperçu sonore autrement plus enthousiasmant que les guimauves de Perry Como, Nina SIMONE et des stars du Country Gospel.

Le Rock' N' Roll est partie prenante dans leur répertoire. Il n’y a qu’à entendre à quelle sauce le trio transforme "Yes Indeed", une compo du trompettiste de Jazz Sy Oliver popularisée par Bing CROSBY avant guerre. C’est simple, la version offre le plein de vitamines par rapport à celle des Comètes de Bill HALEY gravée quatre ans plus tôt. Autre titre popularisé par le brave Bill, "Rock Around The Clock" beaucoup au film "Blackboard Jungle" (Graine de Violence) de Richard Brook, il n’en constitue pas moins l’une des plus grosses pages de l’histoire du Rock' N' Roll, le single du bon Bill se classant à la première marche du Hot 100 durant l’été 55, une première pour une pièce Rock and rollesque. Les trois artistes font preuve d’une énergie exemplaire, les harmonies vocales sonnant nettement moins campagnardes que la version des Comets. Il n’y a pas à chercher bien loin pour voir sur quelle version les PISTOLS ont pioché quelques idées pour heurter la Reine Elizabeth à la fin des seventies. Autre piste conjuguant Doo-Wop et Rock à la Chuck BERRY avec "Ring A Ling A Ling".
La RCA n’oublie pas de refourguer un vieux titre de son catalogue avec "That Lucky Old Sun" popularisé par Vaughn Monroe. Si les premières mesures évoquent un chant d’église via une guitare crépusculaire, le tempo s’accélère au bout de quinze secondes, un TEEN Rock repris plus tard par Aretha FRANKLIN, Ray CHARLES et Johnny CASH. A l’instar du titre précité, "Without A Song" avec son intro d’orgue laisse penser à un psaume avant de bifurquer vers un mélange de Doo-Wop et de variété bon enfant, le titre étant issu de "Great Day", une vieille comédie musicale de Broadway n’ayant connu aucun succès. L’exemple même du titre de remplissage.
Ce sont les deux compos du groupe qui attirent irrémédiablement l’oreille. "Respectable", un vrai Rock Soul bourré de Peps qui fera la joie des YARDBIRDS, de nombreux combo de Garage et même de nos regrettés DOGS. Terminons ce panorama avec l’indémodable "Shout"⃰ délivré ici en deux parties. C’est grâce à ce titre que la RCA décida de signer la formation. Sur scène, Ronald Isley faisait se lever le public qui reprenait en chœur une ou deux strophes, le chanteur se contentant parfois d’improviser en changeant quelques mots selon les concerts. On ne compte plus le nombre d’artistes qui mirent le titre à leur répertoire. De l’australien Johnny O Keefe qui fit danser tout son continent en 1960, à Tommy Steele, DION, l’écossaise Lulu, aux serviles Kingsmen, "Shout" n’a cessé de passer de mains en mains. Les TRAMPS en ont fait une version Disco sans grand intérêt, Joan JETT un Glam Rock répétitif, tandis que Tom PETTY et ses Heartbreakers de même que les BEATLES à plusieurs reprises l'ont repris en Live. C’est simple "Shout", c’est comme Danette, tout le monde se lève pour se trémousser dessus, même le countryman Garth BROOKS le reprend parfois sur scène à la grande satisfaction de ses fans péquenots. Laissez-vous aller : "Well - You know you make me wanna (Shout!)- Kick my heels up and (Shout!)- Throw my hands up and (Shout!)- Throw my head back and (Shout!)- Come on now (Shout!) … ". Le genre de tempo capable de faire se lever n’importe quel cul de jatte pour entamer une gigue.

Hormis deux titres bubble-gum sonnant légèrement obsolètes soixante ans après les faits, ce Shout est à ranger parmi les pierres angulaires de la Soul Music. La parfaite fusion entre Gospel, Doo-Wop et une Soul naissante pleine d’entrain.

⃰ Ne pas confondre avec les titres homonymes de DEVO et TEARS FOR FEARS.

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- Ronald Isley (chant)
- Rudolf Isley (choeurs)
- O' Kelly Jr. Isley (choeurs)
- Joe Richardson (guitare)
- Herman Stephens (orgue 11-12)
- Hugo Peretti Orchestra


1. When The Saints Go Marching In
2. St. Louis Blues
3. Yes Indeed
4. How Deep Is The Ocean
5. Ring-a-ling-a-ling
6. Rock Around The Clock
7. He's Got The Whole World In His Hands
8. That Lucky Old Sun
9. Respectable
10. Without A Song
11. Shout Part 1
12. Shout Part 2



             



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