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- Style + Membre : Popol Vuh

GILA - Bury My Heart At Wounded Knee (1973)
Par AIGLE BLANC le 23 Octobre 2020          Consultée 332 fois

Ne vous laissez pas abuser par le relatif anonymat de GILA auprès des fans actuels de Krautrock. S'il est vrai que le projet de Connie Veit demeure encore des plus méconnus, ce n'est nullement en raison de la faible qualité de sa musique délivrée sur scène ou gravée sur vinyles dans la première moitié des années 70. Si d'autres formations de rock allemand comme AGITATION FREE à la discographie pourtant guère plus conséquente le concurrencent si aisément en terme de réputation, GILA ne mérite absolument pas de sombrer dans l'oubli des groupes de krautrock éphémères de deuxième ou troisième zones.

A sa charge, le groupe n'aligne que deux misérables albums dans sa trop courte discographie auxquels s'ajoute un live de 1972 à Cologne mais publié tardivement en 1999 sous le titre Night Works. Pour ne rien arranger, la dichotomie entre les deux albums officiels, Gila (1971) et Bury My Heart At Wounded Knee (1973) a tendance à troubler la lisibilité de sa brève carrière. En effet, si le premier opus est acclamé encore de nos jours comme une référence du rock cosmico-psychédélique allemand dans la lignée de PINK FLOYD, le second changeant radicalement de cap s'oriente vers une Folk vaguement psychédélique et à tendance électrique. L'impression d'avoir presque affaire à un autre groupe se voit confirmée par le changement quasi-intégral de ses membres, seul le guitariste Conny Veit, fondateur et tête pensante de GILA, en assurant la continuité par son jeu virtuose à la guitare 12 cordes.

L'autre particularité de la seconde incarnation de GILA réside dans le fait troublant qu'il rassemble alors trois des membres de POPOL VUH, le groupe culte de Florian Fricke, en quelque sorte le noyau dur qui officiait sur les chefs-d'œuvre Hosianna Mantra (1972) et Seligpreisung (1973), à savoir Florian Fricke au mellotron et grand piano, Daniel Fichelscher aux batterie, percussions et basse et, bien entendu, Conny Veit aux guitares électrique, rythmique et 12 cordes, flûte et au Moog.
Alors que venait de sortir le premier opus éponyme de GILA, suivi de nombreux concerts dont il ne reste aucune trace filmique ni sonore, Connie Veit avait reçu à 21 ans une invitation de Florian Fricke à rejoindre POPOL VUH à Munich le temps d'un album, le séminal et intemporel Hosianna Mantra. Dans la ville, certains musiciens vivaient en communauté comme AMON DÜÜL II, c'était aussi le cas de Connie Veit et de son groupe avant qu'il ne quitte temporairement Stuttgart pour vivre sa collaboration avec POPOL VUH. Le guitariste de GILA rencontre donc à Munich le batteur d'AMON DÜÜL II, Daniel Fichelscher, dont le jeu l'impressionne si fortement qu'il décide de l'intégrer à la prochaine mouture de GILA. C'est ainsi que Florian Fricke croise la route de Daniel Fichelscher au point de l'accueillir à son tour au sein de POPOL VUH dès l'album Seligpreisung.
Si le choix de Connie Veit au poste de guitariste de Hosiana Mantra découle d'une intuition lumineuse de Florian Fricke (on ne louera jamais assez sa magnifique performance), en retour la personnalité du leader de POPOL VUH impressionne vivement le jeune guitariste. En effet, POPOL VUH ouvre au musicien jusque là cantonné au rock les riches perspectives de la Folk et de "la musique savante", Florian Fricke ayant acquis grâce au Conservatoire une solide formation classique. Cette collaboration prévue initialement pour un album se poursuit donc avec Seligpreisung, période au cours de laquelle les activités de GILA sont mises en sommeil avant que ses membres initiaux finissent par quitter le navire, dissolvant par conséquent le groupe de Connie Veit.

Ce dernier accompagne bien AMON DÜÜL II le temps de quelques concerts d'une tournée française pendant l'hiver 1973-74, collabore brièvement ensuite avec l'incroyable GURU GURU à la fin de 1974 et fonde même au milieu des années 80 un nouveau groupe, CONEY ISLAND, encore bien éphémère, pour lequel il compose et produit mais ne chante ni ne joue, le temps de deux singles. A la même époque, il collabore encore deux fois avec POPOL VUH sur les albums Agape-Agape (1983) et Spirit of Peace (1985), alors que Daniel Fichelscher, pourtant batteur d'origine d'AMON DÜÜL II, l'a par ailleurs définitivement remplacé au poste de guitariste au sein du groupe de Florian Fricke. Aujourd'hui, Conny Veit vit à Hambourg comme peintre "freelance" et semble avoir cessé toute activité musicale.

Bury My Heart At Wounded Knee peut être donc considéré comme le dernier témoignage studio de GILA avant sa dissolution définitive après seulement deux albums remarqués par la critique de l'époque.
Sa thématique, l'album la doit à l'ouvrage éponyme de Dee Brown qui relate ni plus ni moins que l'expulsion et le massacre des Amérindiens au cours de la tristement célèbre bataille de Wounded Knee. Connie Veit et sa petite amie de l'époque, Sabine Merbach, se chargent du chant dans la plupart des sept pistes, assumant alternativement des solos et des parties chorales à deux. Si le chant féminin confère à l'atmosphère générale une dimension légèrement éthérée, proche de celle générée par la soprano Djong Yun dans Hosiana Mantra, les parties vocales masculines souffrent de leur neutralité, Connie Veit s'avérant un chanteur amateur à la technique inexpressive. Le groupe eût gagné à accueillir au micro un vrai chanteur. Dans un registre relativement similaire du point de vue du style musical comme de la thématique des chansons folk, Johnny CASH s'avère la référence définitive, la performance de Connie Veit ne souffrant pas la comparaison avec celle de l'homme en noir dans son chef-d'œuvre identitaire Bitter Tears (1964).
La palette sonore de l'opus séduit d'autant plus l'oreille qu'elle est celle de POPOL VUH à l'époque d'Hosiana Mantra, de Seligpreisung et de Das Hohelied Salomos, soit ses trois premiers albums acoustiques. On y apprécie donc les doux chromatismes dessinés au grand-piano par Florian Fricke, réminiscences classiques du CHOPIN des Nocturnes, le jeu subtil et original de Daniel Fichelscher à la batterie et aux percussions et, bien évidemment, la guitare sensible, fluide, délicate et aérienne de Connie Veit qu'elle soit acoustique ou électrique. Les trois musiciens assurent une interprétation solide et personnelle, toute de grâce et d'harmonie, favorisant le recueillement dans un style inimitable d'autant plus précieux. Si GILA perd un peu de sa personnalité initiale, l'empreinte de POPOL VUH n'est nullement le résultat d'un plagiat ni d'une soumission, mais bien d'une renaissance et d'une révélation, Connie Veit reconnaissant être devenu un vrai artiste au contact de Florian Fricke qui a ouvert sa sensibilité musicale à d'autres registres que celui du rock binaire. D'ailleurs, si l'enrobage doit tout à POPOL VUH, les compositions quant à elles portent la signature exclusive de Connie Veit, preuve s'il en est que Gila demeure l'entité du jeune guitariste.

Les compositions sont bonnes, mais l'ensemble manque peut-être de passages au fort potentiel dramatique comme "The Buffalo Are Coming", meilleure pièce du disque qui rend le plus justice à la cause historique et humanitaire qu'il défend grâce au jeu incantatoire de la batterie et à la vélocité de la guitare. Les pistes chantées restent cantonnées au registre folk avec une propension à la gentillesse qui, malheureusement, atténue la portée de l'album. Encore une fois, le chant trop banal limite le potentiel musical du groupe qui aurait gagné à se démarquer davantage de l'empreinte des MAMAS & The PAPAS, comparaison quelque peu poussive je l'avoue mais de laquelle j'ai du mal à me défaire totalement.

En l'état, Bury My Heart At Wounded Knee demeure un bel album, ultime témoignage d'un groupe un peu oublié qui aurait mérité une carrière plus étoffée et moins discrète.

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   AIGLE BLANC

 
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- Connie Veit (guitares acoustique douze cordes et électrique, ch)
- Sabine Merbach (chant)
- Daniel Fichelscher (batterie et percussions, basse)
- Florian Fricke (mellotron, grand piano)


1. This Morning
2. In A Sacred Manner
3. Sundance Chant
4. Young Coyote
5. The Buffalo Are Coming
6. Black Kettle's Ballad
7. Little Smoke



             



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