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- Style + Membre : Popol Vuh

GILA - Gila - Free Electric Sound (1971)
Par AIGLE BLANC le 22 Janvier 2024          Consultée 463 fois

Au mitan des années 70, la discographie de GILA n'affiche en tout et pour tout que deux albums studio (1971 et 1973), dont celui qui occupe cette chronique, auquel s'adjoint un live radiophonique enregistré à Cologne en 1972, mais publié tardivement au format CD en 1999. Au cours de sa courte carrière qui ne survit pas après 1973, GILA amorce une sévère réorientation qui, depuis son rock psychédélique inaugural, se tourne brusquement vers un folk-rock sous forte influence de POPOL VUH, suite à l'expérience vécue par le guitariste Conny Veit lors de son bref passage au sein de la formation munichoise de Florian Fricke.
Paru en 1971, le premier album de GILA est enregistré et produit par le fameux Dieter Dierks dans son propre studio 'Tonstudio Dierks' de Cologne. Le groupe se compose alors de Fritz Scheyhing (orgue, mellotron, percussions & effets électroniques), du bordelais Daniel Alluno (batterie, bongos et tabla), du suisse Walter Wiederkehr (basse) et de Conny Veit (chant, guitares électrique & acoustique, tabla, effets électroniques). Comme vous n'avez pas manqué de le remarquer dans le line-up, un batteur français officie dans GILA, particularité rare donc étonnante, mais rappelant la présence également, au sein du groupe FAUST, du bassiste Olivier Péron.

Le but de cette chronique étant d'attirer l'attention des auditeurs sur un groupe susceptible de les intéresser, comment ne pas m'adonner au péché mignon du critique : le classement ?
Le premier album de GILA s'inscrit dans la vague 'rock psychédélique' du Krautrock, du côté de ASHRA-TEMPEL, de GURU GURU, mais aussi de AGITATION FREE, loin cependant des accents païens d'AMON DÜÜLL II. Si vous n'êtes pas encore adepte de ce rock allemand des années 70, mais qu'un groupe de la trempe de HAWKWIND vous apporte quotidiennement votre dose de dopamine, alors vous pouvez aussi tenter la découverte de GILA sans grosse prise de risque.
Si bien des formations de Krautrock ont navigué dans la sphère avant-gardiste (FAUST, NEU!, CAN, AMON DÜÜLL II, KRAFTWERK, CLUSTER, TANGERINE DREAM), au point notamment d'anticiper de dix ans les vagues synthwave et post-rock des années 80, les groupes plus spécifiquement orientés rock ont poursuivi quant à eux les travaux entamés par PINK FLOYD depuis ses deux classiques A Saucerfull Of Secrets et Ummagumma. GILA n'échappe point à cette réalité, de même que ses deux compatriotes AGITATION FREE et les COSMIC JOKERS.
Les énoncés des 6 titres composant l'album de GILA orienteraient même l'auditeur vers une lecture conceptuelle de l'opus qui, bien qu'assez nébuleuse, renforcerait le lien établi avec le groupe de Roger Waters. En effet, en suivant le programme du disque, il est évident que les titres fonctionnent par binômes antithétiques, "Aggression" s'opposant à "Kommunikation", "Kollaps" à "Kontakt" et "Kollektivität" à "Individualität". Il ne s'agit pas d'une obsession pour le raisonnement et la réflexion dialectiques, mais plutôt, selon le témoignage du guitariste Conny Veit, du reflet de l'évolution psychique et stylistique de son groupe parti de 'l'état sauvage' de membres rebelles pour s'ouvrir aux vertus de la 'communication', de 'l'effondrement' des valeurs à 'la prise de contact' avec autrui, de 'la collectivité' à 'l'individualisme'. N'accordons pas de réelle importance à ce vague concept qui n'aide en rien à goûter le suc d'une musique riche en couleurs (bravo aux guitares acoustique et électrique du virtuose Conny Veit) et en atmosphère (félicitation à la batterie de Daniel Alluno), si ce n'est peut-être à mieux comprendre la tension sous-jacente de cette musique tiraillée entre la puissance ravageuse d'un rock libératoire et la douceur quasi champêtre de certains titres, voire onirique de plusieurs apartés psychédéliques.
Principalement instrumental, l'album a le bon goût fort heureusement de limiter au maximum les passages chantés par Conny Veit ("Kommunikation"), tous guère convaincants, la voix peu assurée du guitariste n'arrangeant rien à l'affaire.
Il est difficile d'extraire un titre plutôt qu'un autre tant l'ensemble forme un programme cohérent à la fois un minimum structuré, mais laissant place également à l'improvisation. Le disque donne presque l'impression d'une suite instrumentale, les plages s'enchaînant avec fluidité en offrant aux instruments un temps de présence équilibré, entre la basse obsédante de Walter Wiederkehr, le soutien épisodique du mellotron, toujours judicieusement introduit par Fritz Scheyhing, sans oublier les circonvolutions habitées de son orgue. Bien entendu, les guitares de Conny Veit sont les plus à l'honneur, aussi puissantes lors des passages les plus sauvages qu'oniriques lors des moments psychédéliques qui ne manquent pas d'évoquer les ombres de Syd Barrett et de David Gilmour.
L'électronique, bien que présente à l'appel, jamais ne constitue le plat de résistance, seulement un épice qui relève généreusement la saveur des passages les plus expérimentaux ("Kollaps"). Conny Veit et Fritz Scheyhing délivrent des effets électroniques qui se fondent très souvent dans l'espace sonore de manière imperceptible, en tout cas sans dénaturer l'esprit de l'album qui reste le témoignage fort intéressant d'une scène de rock psychédélique, véritable vivier auquel s'abreuvent maints groupes aussi talentueux que GILA.

Le groupe de Conny Veit, très apprécié de certains amateurs du genre, ne saurait constituer une référence absolue (pour cela, tournons-nous plutôt du côté de HAWKWIND, voire de BRAINTICKET), mais n'en offre pas moins un témoignage vivant, plus nuancé que certains mastodontes du genre (écoutez le très beau "Kollectivität", dont la conclusion originale laisse libre cours à la seule armada des batteries, pour vous en convaincre), et toujours empreint d'une belle musicalité.
Preuve de son ouverture d'esprit, Conny Veit a prêté son talent à des formations de rock aussi diverses qu'AMON DÜÜLL II, GURU GURU et POPOL VUH.

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   AIGLE BLANC

 
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- Conny Veit (guitares acoustique & électrique, chant)
- Tabla, Effets électroniques)
- Fritz Scheyhing (orgue, mellotron, percussions & effets électroniqu)
- Daniel Alluno (batterie, bongos et tabla)
- Walter Wiederkehr (basse)


1. Aggression
2. Communikation
3. Kollaps
4. Kontakt
5. Kollectivität
6. Individualität



             



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