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2020 Tan

VINDOTALE - Tan (2020)
Par MARCO STIVELL le 17 Décembre 2020          Consultée 908 fois

On pouvait regretter de ne plus entendre régulièrement Bleunwenn, petite sœur de la grande fratrie Mevel et ambassadrice musicale de Bretagne, sa voix restant parmi les plus belles depuis le renouveau des années 90, après l'avoir entendue au sein de KAD, TRI YANN ou même ARZ NEVEZ. Il suffisait de s'intéresser de près aux publications récentes de SEVEN REIZH (dont elle avait illuminé le premier effort Strinkadenn' Ys en 2001) avec le double album-concept progressif La Barque Ailée (2015) / L'Albatros (2018), pure merveille artistique, ou alors attendre la fin 2020 pour entendre parler d'un projet de duo qui a tout pour séduire : VINDOTALÉ.

Gwenolé Lahalle, guitariste qui possède un studio d'enregistrement à Sérent dans le Morbihan, a joué pour Yann-Fañch KEMENER, Annie EBREL... L'un de ses premiers projets était un groupe de rock-variété celtique appelé TAN FLAM, dont le répertoire était très marin malgré le nom choisi. L'eau est en effet souvent l'élément favori des Bretons en musique, avec le vent. Pourtant, « tan » fait bien référence au feu, à l'âtre, et c'est le titre que le duo Lahalle-Mevel a adopté pour son premier album. L'auditeur se voit doublement renvoyé aux premiers âges de l'humain, car VINDOTALÉ est l'ancien nom Gwendal, emprunté aux anciens Celtes.

Le feu, celui de la danse et de l'énergie, s'allume ici dans une musique qui reprend les codes de la Bretagne traditionnelle mais également du blues américain, en format électrique comme acoustique, ou bien électronique. Si une basse, celle de Louis Soler (LILLË, Pat O'MAY), vient donner plus de corps à la chaleur de certains morceaux, la batterie est remplacée, de manière permanente, par une boîte à rythmes. Ce qui n'a rien de honteux, tant le résultat force le respect grâce à des sons bien choisis, allant de pair avec la qualité des morceaux. Et du chant, pour sûr, du chant !

La guitare de Gwenolé Lahalle, pleine de feeling blues, de wha-wha et de chorus, de groove funk parfois, brille de mille éclats, même dans le simple accompagnement (en soliste, elle se cale souvent avec la flûte ou la cornemuse irlandaise de Sylvain Barou) ; les compositions, enlevées ou douces, sont enflammées. Mais Bleunwenn, par son timbre naturel, sait changer tant de chansons en or fin ! Son falsetto fait des merveilles : le final de "Dessous les lauriers blancs" ou encore "Melezourioù Arc'hant" (les miroirs d'argent), un morceau très rythmique.

Pour la première fois, on peut entendre ses capacités dans un registre lyrique sur la conclusion magique de "Son al Leur-Nevez" (chant de l'air neuve). Avec l'envolée de guitare, cela donne une improvisation de toute beauté, trop vite coupée hélas. Voilà d'ailleurs bien le seul point à reprocher à Tan : des fondus ou des "cuts" bien frustrants pour qui n'a pas forcément la possibilité d'habiter en Bretagne et d'attendre un concert ! En admettant que celle-ci n'est pas longue. Il n'en reste pas moins que pour un premier effort, le pari est gagné.

Certains morceaux font baigner des mélodies traditionnelles bretonnes (même chantées en français) dans un son r'n'b moderne mais jamais aseptisé comme cela peut-être le cas à travers de nombreuses productions à succès, tels "Ar C'hazh Du" (le chat noir) qui puise dans une forme de mysticisme avec une délicatesse féline – on n'aurait su en attendre moins ! "Bremañ" (maintenant) aussi, par son système des dix jours qui s'écoulent pour l'homme qui, à la fin de sa vie, souhaite rattraper le temps perdu en allant voir son amante.

Les arrangements sont fins grâce au toucher de Gwenolé Lahalle, aux résonances de guitare, aux arpèges les plus enivrants dans les moments acoustiques et dépouillés (superbe "Dessous les lauriers blancs", histoire d'une fille enlevée par trois chevaliers en route vers Paris, qui fait la morte pour garder son honneur). La voix de Bleunwenn se pose comme une caresse et la langue bretonne fait ressortir, une fois de plus, tous ses enchantements.

Les ambiances et programmations atteignent un point spécial avec les reprises de "Karantez Vro", superbe poème d'Anjela Duval sur l'amour du pays, où Gwenaël Mevel à la bombarde vient rejoindre sa sœur comme il l'a fait au sein de SEVEN REIZH, ainsi que "Marzhin en e Gavell" (Merlin au berceau) qui commence comme une valse bluesy fredonnée, avant de partir vers des variations inattendues. Les tambours ne sont pas sans évoquer Peter GABRIEL avec maestria, tout comme l'apport du doudouk de Sylvain Barou sur l'orientalisant "Gouelec'h" (désert) plein d'élégance lui aussi. Et ce solo de guitare 12 cordes !

Une belle et franche réussite qui s'enrichit également de morceaux dédiés aux saisons, funk communicatifs taillés pour la scène et créant une belle dynamique ("Bleunioù Mae", les fleurs de mai ; "Son ar Miz Even", chant du mois de juin), et d'une excellente version de "Can y Melinydd", chanson du meunier, venue du répertoire gallois et où Bleunwenn se montre joliment espiègle. S'il pouvait constituer un bel espoir, VINDOTALÉ tient toutes ses promesses dès ce premier album, à réécouter sans modération !

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   MARCO STIVELL

 
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- Bleunwenn (chant, choeurs)
- Gwenolé Lahalle (guitares, programmations, choeurs)
- Louis Soler (basse, guitare additionnelle)
- Sylvian Barou (uilleann pipes, flûte traversière, doudouk)
- Gwenaël Mével (bombarde)


1. Melezourioù Arc'hant
2. Bremañ
3. Karantez Vro
4. Ar C'hazh Du
5. Son Al Leur-nevez
6. Gouelec'h
7. Can Y Melinydd
8. Bleunioù Mae
9. Dessous Les Lauriers Blancs
10. Marzhin En E Gavell
11. Son Ar Miz Even



             



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