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POST-ROCK  |  STUDIO

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 Eighteen Seconds Before Sunrise (573)

SIGUR ROS - ( ) (2002)
Par VIVI le 16 Août 2007          Consultée 4483 fois

La posture courbée, le regard orienté vers ses pieds s’enfonçant inlassablement dans le sable dense et mouillé, il semblait attendre. Une attente glaçante, dans cet espace vide de toute essence, qui se faisait de plus en plus pesante à chaque battement de paupières. Rien ne semblait perturber ce décorum marin. Les hurlements du mistral s’engouffraient dans les fissures douloureuses de la roche, les mouettes parcouraient de gauche à droite la plaine sableuse tout en émettant leurs cris aigus, et l’écume des vagues s’échouait lourdement aux pieds de la vieille silhouette… tel un disque rayé, ce refrain se répétait indéfiniment, aucun autre écho ne venant se substituer à cette ritournelle parfaitement synchronisée… L’homme, la vision toujours rivée sur ce sol mouvant, ne paraissait plus qu’une statue figée prête à se rompre.

La plage, désertique et froide, ne laissait guère de possibilité au vieillard de sortir de sa torpeur. Si ce n’est peut être une voix au loin, intacte, volubile qui vint frôler les oreilles de l’homme. Son corps tout entier se mit alors à frémir…et s’il n’était pas seul ? Cette voix, lointaine mais proche, semblait l’appeler à pénétrer dans les profondeurs marines. Alors rejoint par des cris d’enfants, la mer commença à se mouvoir au gré des incantations sortant des vagues… La marée s’alourdit, charriant toujours plus d’écumes à chaque roulement d’eau, le soleil à son apogée illuminait le sable de reflets mordorés, et les oiseaux, en l’espace de quelques secondes, cessèrent de voler comme pour admirer le spectacle qui animait soudainement ce paysage.

Le vieillard, les muscles douloureux, fébrile, mais pas impuissant, était intrigué par ce qui se produisait… il savait qu’au loin, il y avait peut être la délivrance. Puisant dans ses dernières ressources, il fit un pas, puis un autre, jusqu’à que l’eau soit assez profonde pour plonger dedans. Prenant une dernière grande inspiration, il se laissa alors tomber dans cette immensité bleue qui l’engloutit tout entier. Tel un soldat de plomb, son corps descendait lentement mais sûrement…et pendant cette longue descente, ses sens rejaillissaient de nouveau, son cœur se mit à battre doucement et lentement, comme en union avec la faune environnante, et petit à petit, les sons qu’il avait entendu lui parurent plus limpides. Cette fois il le savait, son dernier voyage l’emmenait au paradis. Et au fur et à mesure de sa descente, les ténèbres océaniques lui révélèrent ses secrets…

…Si le chant des baleines et les samples de sonars drapent les compositions d’un spectre glacial, les multiples sons d’enfants apportent un contraste créant ainsi un doux spleen nostalgique. Peuplé d’une faune et d’une flore singulières fait de nombreux samples, les compositions tissent des textures froides et épurées, entre la mélancolie et la froideur. Le chant androgyne de Jòn, peu présent, n’intervient que pour décupler la force des mélodies, donnant ainsi une dimension supplémentaire aux éléments déjà présents. Bien que le piano tienne une place notable, il n’alourdit jamais l’ensemble et est relayé par un tout un travail d’arrangements important. Que ce soit les percussions, les instruments à vent, le clavier ou les multiples samples électroniques, tous communient en symbiose et offrent l’un des plus bels hommages qu’il soit à la nature. Jamais l’un ne prend le pas sur l’autre, sachant s’effacer lorsque cela le nécessite, offrant des montées sonores extatiques et apaisantes…


…Alors que le vieillard touchait son but et expia son dernier souffle, un sourire illumina son visage au moment ou il s’éteignit. Assis dans un lit d’hôpital, le personnel hospitalier s’affairait à son chevet. Tandis que les uns prononçaient l’heure du décès, des infirmières rangeaient les appareils médicaux. Un médecin s’approcha de la dépouille du vieillard, et lui ferma les yeux juste avant de lui ôter soigneusement un casque entourant son crâne. Il pouvait nettement entendre des crachats confus sortant des écouteurs, mais il ne put identifier le son qui en émanait. Il se dirigea alors vers la salle d’accueil afin d’annoncer la nouvelle aux proches. Son unique petite fille était allongée sur l’un des chaises plastifiées de la salle d’attente. Il s’approcha d’elle, et au moment où elle ouvra un œil, il lui rendit le baladeur tout en lui disant que grâce à cela, il était parti en douceur. La jeune fille, à la fois émue et abasourdie, récupéra l’appareil et le mit sur ses oreilles. Le médecin, curieux, lui demanda alors quelle était la musique qu’elle avait choisi pour son grand-père. Elle lui répondit qu’il s’agissait de l’album ( ) des islandais de SIGUR ROS. Et tout en appuyant sur la touche Start, elle ajouta que s’il y avait un disque capable de vous emmener au paradis, c’était celui-là...

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- Jón Þór Birgisson (chant, guitare)
- Georg Hólm (basse)
- Kjartan Sveinsson (claviers)
- Orri Páll Dýrason (batterie)


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