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SIGUR ROS - Kveikur (2013)
Par SUNTORY TIME le 14 Octobre 2013          Consultée 1217 fois

On s’imagine souvent, dans le monde de la musique, que des tensions au sein d’un groupe résultent une créativité au point mort. SIGUR ROS, figure majeur du Post-Rock nordique, nous prouve ici tout le contraire.

En 2012 sortait Valtari, album accouché dans la douleur. Cet album émouvant et contemplatif ne nous laissait rien percevoir de la fragilité d’alors d’un quatuor qui menaçait d’imploser. Ainsi lorsqu'on apprit le départ du pianiste du groupe, Kjartan Sveinsson, personne ne fut vraiment surpris.
Même si ce départ s’est officiellement fait en bons termes, qu’allait-il advenir d’une formation qui se caractérisait par les ambiances riches et sensuelles de ses claviers ? Valtari allait-il être le requiem de SIGUR ROS ?

Et puis débarque Kveikur, moins d’un an après Valtari. Le EP Brennisteinn l’avait annoncé quelques semaines avant. C’est d’ailleurs cette chanson, qui ouvre l’album, et surprend l’auditeur par cette agressivité du son, saturé, grinçant. Jamais la musique de SIGUR ROS ne fut si… violente. Le groupe, désormais un trio, décide de nous prouver qu’il a encore plus d’une corde à son arc, quitte à bouleverser les codes qui firent sa réputation.

Arrêtons-nous d’abord sur la pochette. Noire. Et cette drôle de créature qui apparaît, livide comme un spectre informe. Il s’agit au départ d’une photo de l’artiste brésilienne Lygia Clark, qui consiste en un groupe de personnes qui s’affublent de cagoules, de masque à gaz et autres bizarreries. Le graphiste de la pochette n’a gardé que quelques éléments, les bras et le masque à gaz d’une personne, et la chemise d’une autre en arrière plan (portant probablement une cagoule noir car on peut voir les deux trous pour les yeux). Ce brillant travail permet de transformer littéralement l’œuvre de départ, pour un résultat encore plus étrange, glauque et inquiétant.

De ce fait, peut-on dire que Kveikur est un album sombre ? Certes, la franche rigolade n’est pas la marque de fabrique des islandais. Cependant Kveikur, s’il est plus percutant au niveau du son, il n’est pas plus triste que ces illustres prédécesseurs. Même si « Brennisteinn » et « Kveikur » sont des titres lourds et vraiment menaçants. Kveikur, c’est comme j’ai lu ici ou là, « l’anti Valtari ». Ce qui est vrai, tant la relative courte durée des morceaux, la rythmique surpuissante, les distorsions de guitares, les expérimentations bruitistes sont à des années lumières des étirements ambient de Valtari. Plus dur dans le son, d’accord. Mais ce disque à la pochette noire est aussi un album pop. Une pop lumineuse par moments, telle la belle « Stormur » ou encore « Rafstraumur » et « Blapradur » et son final planant (vous vous y perdez dans ces titres islandais ? Rassurez-vous, moi aussi !). Il est clair que Kveikur est pop, mais une pop très travaillée où les expérimentations sont légions ; « Yfirbord » est ainsi un drôle de mélange entre intro ambient, chant éthéré ou trafiqué sous vocodeur, tempo électronique, et crissements bruitistes faisant écho au monumental « Brennisteinn ». Mais c’est « Isjaki » qui reste le sommet de ces perles pop, avec ce refrain magnifique soutenu par ses percussions énergiques qui nous emportent dans des cieux tourmentés. Le chant de Jonsi y est pour beaucoup, moins aiguë et geignard que par le passé (aurait-il enfin mué ?), il se fait plus mature, plus grave aussi. En tout cas différent de ce à quoi on était habitué. Même si quelques envolées lyriques viennent rappeler ce dont est capable le chanteur, et l’alternance des deux fait merveille, en particulier sur le poignant « Hrafntinna », parmi les meilleurs titres de l’opus.

SIGUR ROS, avec cet album, nous montre un autre visage. Désireux de pas rester dans cet image de « Post-Rock de Disneyland » pour reprendre l’expression d’un de mes illustres camarades chroniqueurs, le groupe islandais nous dévoile une image plus tourmentée, pas vraiment plus sombre, mais clairement différente, même si des petits restes d’ambient sont bel et bien présents, comme sur le beau petit instrumental final « Var ». Malgré une identité sonore toujours présente – cette musique tellement cinématographique - c’est un virage serré que prend le groupe, audacieux et risqué, car on se doute que Kveikur divisera les aficionados de SIGUR ROS ; certains reprocheront l’aspect plus pop et moins contemplatif, d’autres salueront la virulence nouvelle de la musique et l’innovation osée. A l’auditeur de choisir son camps. Pour ma part, c’est fait : voyez la note…

Meilleurs titres : « Brennisteinn », « Hrafntinna », « Isjaki », « Kveikur »…

P.S :
La version japonaise de Kveikur (Pourquoi seulement le Japon ? Je l’ignore…) propose deux titres bonus. Deux instrumentaux beaucoup plus expérimentaux que les 8 titres de l’album lui-même. Ce ne sont pas des inédits car déjà présents dans le EP Brennisteinn. « Hryggarsula » est dominé par une ambiance glauque, introduite par un violoncelle chaotique. « Ofbirta » est un morceau d’ambient pur, davantage fidèle à l’image que l’on se fait de SIGUR ROS, passé maître dans les climats rappelant les paysages uniques de l’Islande.

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- Jon Dor Birgirsson Dit 'jonsi' (chant, guitare)
- Georg Holm Dit 'goggi' (basse)
- Orri Pal Dyrason (batterie)


1. Brennisteinn
2. Hrafntinna
3. Isjaki
4. Yfirbord
5. Stormur
6. Kveikur
7. Rafstraumur
8. Blapradur
9. Var
- bonus Version Japonaise
10. Hryggjarsula
11. Ofbirta



             



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