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Amanda LEHMANN - Innocence And Illusion (2021)
Par MARCO STIVELL le 21 Novembre 2021          Consultée 559 fois

Amanda LEHMANN reprend au bout de onze ans (déjà ! Seulement !) les choses où elle les avait laissées en 2010 avec son premier E.P Shadow, de grande qualité en dépit de la limite imposée au format, réalisé entièrement seule qui plus est. Son premier album, Innocence and Illusion, paraît en fin d'été 2021, douze années après le début de l'aventure aux côtés de Steve HACKETT, son beau-frère qu'elle accompagne en tournée et parfois sur album.

Si Shadow était une 'petite' production soliste donc, Innocence and Illusion demeure une autopublication mais qui a permis à la dame d'élargir un peu son horizon. Avec beaucoup de justesse, Amanda LEHMANN, qui n'oublie pas Roger King pour autant (le collaborateur principal de HACKETT et qui s'occupe ici de deux titres), s'est rapprochée de Nick Magnus. Le claviériste et arrangeur, qui tenait le rôle de King auprès de l'ex-guitariste de GENESIS entre 1978 et la fin des années 80, s'est rendu fort d'une belle carrière solo, ne l'oublions pas.

Avec un minimum d'intervenants (HACKETT, King mais aussi Rob Townsend du même groupe), la démarche pour cet album pop-rock et folk teinté de touches progressives rappelle celle de l'album Checking Out of London (2005) pour John HACKETT - le frère flûtiste de Steve -, qui avait été lui aussi façonné par Nick Magnus. Cela vaut également pour la qualité, même si le disque d'Amanda LEHMANN se trouve être encore meilleur !

Album plutôt nostalgique et, comme l'indique le titre, un concept très centré sur la nostalgie et les désillusions que chacun connaît par le fait de devoir vivre en adulte après une enfance emplie de rêves, souvent inaccomplis. Triste, mais beau, très beau. Et mature, contrairement à ce que l'on pourrait croire, fort bien servis musicalement par un Nick Magnus, mais aussi pour deux titres ("Memory Lane" et "Only Happens When It Rains"), un Roger King qui ont su parfaitement adapter leurs talents respectifs à ce que souhaitait LEHMANN.

On mesure ce que ces douze dernières années lui ont apporté en termes d'idées, d'assurance. Le résultat ici est tel qu'il balaye vite les doutes qu'on pouvait nourrir pour les mêmes raisons, justement. La production est certes du Magnus pur jus - ou du King qui sait se mesurer, ce qui n'est pas peu dire -, avec beaucoup d'instruments programmés, la batterie en particulier, un traitement de claviériste bidouilleur pour l'ensemble de l'orchestration ; et qui dit prog dit, avec à-propos, symphonique, Mellotron. Mais en cette année 2021, il vaut mieux un disque factice par un vétéran virtuose qui sait ce qu'il fait, plutôt qu'une production se voulant rock classique intègre et qui laisse une sensation de fadeur, d'étouffement plus qu'autre chose.

Non seulement les chansons d'Amanda LEHMANN sont toutes excellentes, mais Innocence and Illusion délivre une sensation incroyable de fluidité, de grandeur dans son identité on-ne-peut-plus féminine. Féérique quand il faut, musclé quand il le faut aussi, parfois au sein d'un même morceau comme ce superbe "We Are the Heroes?" d'ouverture, le plus progressif des neuf proposés. Le développement planant-folk-marche militaire-décollage rock sophistiqué-ballade est un des savoureux condensés qui ont toujours de quoi interpeler les fans du clan GENESIS, mélodie d'abord. Et des ambiances, et de beaux chants (la voix de l'intéressée mais aussi les choeurs), des parties de guitare arpégées et adaptées, à défaut d'être virtuoses.

À ce propos, LEHMANN s'est fait connaître en tant qu'accompagnatrice certes, et entre la délicatesse de "Memory Lane", les riffs de "Tinkerbell" (nom anglais de la fée Clochette dans Peter Pan), "The Watcher" et "Forever Days" témoignant d'un amour du blues et du rock, il y a déjà de quoi saluer l'effort. Mais la dame veut se lancer pour aller un peu plus loin, avec des lignes mélodiques lyriques çà et là, même un zeste de tapping (à bonne école !) ou, comme sur "The Watcher", un solo joliment travaillé. Steve HACKETT lui-même sur "Forever Days", tout en usant d'un son et de tics qui lui sont caractéristiques, parvient à se renouveler dans son approche et, pareil, ce n'est pas peu dire combien cela s'apprécie !

Outre un peu de guitare classique - mais pas seule ! - sur le court et angélique "Where the Small Things Go", on entend aussi HACKETT à l'harmonica sur "Only Happy When It Rains", morceau surprenant par son approche jazz-folk, très bien balancé. Amanda LEHMANN, qui maîtrise le chant de fée le plus doux ou 'poussé' ailleurs, révèle une nouvelle facette plus rauque, crooneuse, qui lui sied à merveille. Rob Townsend joue du sax soprano (et non alto comme dans le livret !), au son aigu, et cela sonne aussi bien que sur la ballade "Memory Lane".

C'est cependant le poignant "Childhood Delusions", donnant son titre à l'album, qui retient l'attention. Blues lent et triste avec cuivres-synthés, Amanda LEHMANN y délivre une performance à fleur de peau, complétée par Townsend et son solo de sax, ténor cette fois, aussi rocailleux que suave. Beaucoup de slows et ballades donc, mais pour le meilleur, et encore une fois être destiné aux amateurs de mélodies, de sincérité dans une musique comme celle-là, nonobstant les choix de réalisation (qui, de nouveau là aussi, pourraient être nettement plus contestables).

Des splendeurs que ce trois temps génésissien de "Tinkerbell", avec LEHMANN sensuelle au milieu de chœurs qui ne le sont pas moins (et cette variation européenne orientale d'orchestre à la fin !). Que cette rupture rock progressive si bien amenée (et ramenée ensuite !) au milieu du blues-pop "Forever Days". Enfin, que ce "We Are One" majestueux, déjà proposé sur la compilation-projet commun Harmony For Elephants (où l'on retrouvait également HACKETT, Magnus et consorts aux côtés d'Anthony PHILLIPS, Dale NEWMAN etc), hanté par le piano électrique pour un effet de couplets un peu à la "High Hopes" de PINK FLOYD, des voix tribales vers la fin.

Assurément l'un des meilleurs albums, et l'une des meilleures surprises, de l'année. De la décennie même, pour la galaxie HACKETT voire GENESIS tout entier ! Amanda LEHMANN pourrait bien être la part féminine 'réelle' qui manquait au meilleur groupe de tous les temps.

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   MARCO STIVELL

 
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- Amanda Lehmann (chant, guitares, piano, claviers, choeurs)
- Nick Magnus (claviers, piano, programmations)
- Steve Hackett (guitares, harmonica)
- Roger King (claviers)
- Rob Townsend (saxophones ténor et soprano)
- Paul Johnson (choeurs)


1. Who Are The Heroes?
2. Tinkerbell
3. Only Happy When It Rains
4. The Watcher
5. Memory Lane
6. Forever Days
7. We Are One
8. Childhood Delusions
9. Where The Small Things Go



             



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