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LUNEAR - Gostraks (2022)
Par MARCO STIVELL le 15 Mai 2022          Consultée 704 fois

Deux ans de Covid n'ont pas freiné LUNEAR dans ses activités. Après le très réussi album-concept Curve. Axis. Symmetry. (2020), le trio français pop-rock progressif a voulu oeuvrer sur une autre thématique chère et se prêter à l'album de reprises. Ceci dans le but de relâcher un peu après le travail important apporté à leur second album original, proposer quelque chose de plus léger. Sauf que ça, c'était l'idée de départ !

LUNEAR a cela de talent que même quand il fait un album hommage à d'autres, il faut que le résultat ne sonne pas pareil que d'autres du même genre. Hommage oui, mais personnel, et pas simplement dans l'interprétation des chansons, avec un compromis entre respect de la version d'origine dans le fond et liberté dans la forme. Avec Gostraks, un album de reprises de LUNEAR devient ainsi un nouveau concept ! Si le point de départ du projet n'est plus le même dans les esprits de ses créateurs, si l'appréciation de tel ou tel artiste varie d'un membre du trio à l'autre, l'association est complète, le choix parfois très surprenant.

Faire cohabiter des chanteurs et chanteuses sur dix titres (treize en tout si l'on compte les inédits) avec une sensibilité pop commune mais prélevée sur différentes époques (80's, 90's voire 2010's pour les parutions des chansons) et diversement traitée n'est pas une mince affaire. Au-delà de la réinterprétation même, penser le tout de manière cohérente et travailler en enchaînements - pour une organisation de suite musicale longue de près de 55 minutes ! - ne l'est pas davantage. Et pourtant, s'il y a bien un album de reprises pop à écouter cette année, c'est celui-là, loin des grosses productions pour masses. On pourra toujours redire sur la réalisation maison, avec les moyens du bord surtout pendant la période 2020-21, mais le maximum est donné pour que ce soit bien fait.

Puisqu'on parle de suite, allons-y 'track by track', piste après piste, au moins pour le début. "Turn It On Again", l'une des deux chansons de GENESIS que Seb favorise et l'un des seuls grands noms à réunir le trio, qui lui a permis de se rencontrer par ailleurs, ne pouvait que se retrouver en figure de proue. Sauf que ce n'est pas juste "Turn It On Again", un des premiers tubes pop du groupe en 1980, c'est aussi une intro a-cappella et en choeur par "Guide Vocal", court titre feutré du même album Duke, puis une transition instrumentale où le clavier mentionne brièvement "Duchess". Ce qui se présente comme une récréation pour musiciens avec un rythme asymétrique et un riff de guitare toujours aussi démentiel, en impose déjà par sa richesse musicale, tout en honorant GENESIS dans ses propres travaux de suites musicales, détournement habile de ce que lui même voulait pour Duke.

Seb a dû être autant heureux de chanter et taper sur ce titre, que Paul d'entonner le "Modern Love" d'un David BOWIE au faîte de son succès commercial en 1983 avec l'album Let's Dance. Titre enlevé et léger que j'ai toujours trouvé trop lourd, bizarrement ou pas. En tout cas, cette version synthpop plus lente est formidable, pour moi préférable à l'originale, et qui devrait trouver son public en ces années où le retro 80's est tellement à l'honneur, sans avoir à rougir ! Idem pour FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD et leur "Warriors of the Wasteland" méconnu. La boîte à rythmes Roland TR-808 a été conservée, ainsi que les sons cosmiques mais pour un ton plus lent là encore, un goût à la "Sorrow" de PINK FLOYD et un mister Benadjer très habité, au chant comme à la guitare.

Seb s'octroie ensuite "Inside" de STILTSKIN (1994), plus fidèle à l'original, le timbre grunge en moins, la fin 'claviers' en plus, comme si le chanteur Ray WILSON avait déjà rejoint GENESIS. On revient aux changements d'envergure un peu plus loin avec DEPECHE MODE et leur "Shake the Disease", tube sans album fixe où là par contre, le son classic-rock avec force Mellotron en résonance se substitue à la pop 80's. Paul J. No explique que c'est la chanson qui, en 1985, l'a fait passer de l'étude du violoncelle à l'apprentissage des claviers ! J-P en retour se réserve "Renee" de TALK TALK, prénom qui lui rappelle celui de sa grand-mère, sucrerie pleine de mélancolie somptueuse calée entre deux tubes énormes sur leur deuxième opus en 1984. On note un début très fort aux synthés et roulements de batterie, tandis que J-P se fait plaisir à la basse, mieux que jamais.

Intercalées avec celles-ci viennent les chansons des filles, comme pensé au départ pour base du projet Gostraks avec un E.P 'girly'. Des choix plus que surprenants, encore que pas trop pour Tasmin ARCHER et sa très belle "Sleeping Satellite" de 1992 en matière pop-soul, joliment chaloupée bien dans le ton d'époque, avec ici guitares nerveuses sur final et des harmonies vocales rutilantes. Après ce tube et un deuxième album tout aussi essentiel, comme Paul le rappelle, la chanteuse anglaise a disparu des radars. On traverse l'Atlantique et juste derrière, on trouve "Perfume" de Britney SPEARS (2013), dont J-P est grand fan. Tout le 'truc' fait que justement, vu la direction de l'album, cette ballade inspirée sonne moins bubblegum pro-toolisé que pop-rock et s'insère à merveille.

Dans les deux titres longs restants, une autre jeune lady est à l'honneur : Lana DEL REY, un choix que Seb a eu du mal à faire passer auprès de ses camarades, et votre serviteur a eu la même réaction. C'était sans compter sur ce que ces trois gars-là pouvaient faire de "Venice Bitch", titre assez iconoclaste en 2018-19, il est vrai. Au niveau musical, rien qu'entre le début piano-voix, le son de la batterie et les envolées de claviers, c'est de haute volée !

On termine le tout ou presque avec le MARILLION le plus délicat, moderne en son temps et planant dans le bon sens du terme, avec "This is the 21st Century", pièce d'orfèvre qui aurait dû fermer l'album Anoraknophobia en 2001, si la logique avait été de mise. On y trouve un traitement un peu plus fidèle aux 90's dans l'envie de la jouer un peu plus rapide et groovy, mais LUNEAR s'en donne à coeur joie et fait honneur à ses maîtres, jusque dans le bonheur d'entonner les refrains en choeur et en harmonies glorieuses. Vous pensiez que c'était terminé ? Non car, voulant éviter le 'fondu' de fin traditionnel, la batterie et le reste continuent de tourner et enchaînent brièvement avec une citation instrumentale du sombre "Mama" de GENESIS, rires cinglants inclus. Comme si le Diable s'invitait à la liesse de l'an 2000 pour réserver aux humains d'autres grands tourments... Une manière grisante et atypique de conclure un effort plein de beautés !

Sortie prévue début juin.

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   MARCO STIVELL

 
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- Seb (batterie, chant)
- Paul J. No (claviers, chant)
- Jp Benadjer (guitares, basse, chant)


1. Genesis – Turn It On Again Suite
2. David Bowie - Modern Love
3. Frankie Goes To Hollywood
4. Stiltskin – Inside
5. Tasmin Archer – Sleeping Satellite
6. Britney Spears – Perfume
7. Depeche Mode – Shake The Disease
8. Lana Del Rey – Venice Bitch
9. Talk Talk – Renee
10. Marillion – This Is The 21st Century/genesis - Mam



             



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