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JAZZ ROCK  |  STUDIO

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- Style : The J. Geils Band , Chicago
- Membre : Al Kooper

BLOOD, SWEAT & TEARS - Blood, Sweat & Tears (1968)
Par LE KINGBEE le 12 Juillet 2023          Consultée 531 fois

56 ans après sa création en 1967, BLOOD, SWEAT & TEARS existe toujours, le groupe aura consommé 175 musiciens, nombre qui peut paraitre incroyable.

Revenons brièvement sur ce groupe pionnier du Jazz Rock. Aujourd’hui encore, un doute subsiste sur l’origine du nom du groupe. Certains pensent que la formation tire son nom du 15ème album de Johnny CASH mis en boite en 1963, d’autres que le groupe s’est tout simplement inspiré d’un discours prononcé par Winston Churchill à la Chambre des Communes le 10 mai 1940, phrase restée célèbre et marquant l’entrée en guerre de l’Angleterre face à l’ennemi nazi. Cash et Churchill ne s’offusqueront pas de cette incertitude, tous deux bouffent les pissenlits par la racine depuis des lustres.

Al KOOPER qui vient de quitter BLUES PROJECT décide de monter un nouveau groupe. Le claviériste jouissant d’une solide réputation est rejoint par le guitariste Steve Katz, le bassiste Jim Fielder et le batteur Bobby Colomby. Jusqu’ici rien d’extraordinaire sauf que le quatuor décide de recruter une grosse section cuivre composée des trompettistes Randy Brecker et Jerry Weiss, Fred Lipsius (saxophone) et Dick Halligan (trombone). Formation pionnière dans le registre du Jazz Rock à section de cuivres, BS&T précède de deux ans son grand concurrent CHIGAGO. Les deux groupes ont néanmoins un point commun, ils ont le même producteur en la personne de James W. Guercio, qui vient de frapper un grand coup en collaborant à l’album Freak Out des MOTHERS OF INVENTIONS de Frank ZAPPA.

Le groupe se produit brillamment sur les scènes américaines avec de longues tournées destinées à préparer les oreilles d’un public face à cette nouvelle orchestration cuivrée sortant des sentiers battus. Le succès ne se fait pas attendre, édité par la Columbia qui a flairé le bon coup, leur premier disque Child Is Father To The Man se classe à la 47ème place du Billboard mais devient disque d’or par le biais d’une prolifique tournée à travers toute la Californie.

Mais souvent en musique quand tout va, certains égos prennent le dessus. Déçus des prestations au chant d’Al Kooper, Katz et Colomby décident de cantonner leur équipier aux claviers et à la compo et décident d’auditionner de nouveaux chanteurs. Après avoir essayé Stephen STILLS et Alex Chilton, le choix se porte sur le canadien David Clayton-Thomas (ex Bossmen) sur les conseils de Judy Collins. Dans la foulée, Al Kooper tire sa révérence alors qu’il a préparé une partie du second disque. L’organiste est aussitôt imité par ses deux copains trompettistes remplacés par Chuck Winfield et Lew Soloff. Afin de combler ce jeu de chaises musicales, Dick Halligan prend en charge le piano tandis qu’arrive Jerry Hyman, un ancien accordéoniste tromboniste spécialiste en Salsa.

Si la pochette du premier disque s’avérait quelque peu innovante avec la représentation sous forme de clones marionnettes des différents membres, la couvrante de cet éponyme s’annonce pour le moins passe partout. John Berg, auteur d’environ 5000 pochettes et futur directeur artistique de la Columbia, semble avoir privilégié un décor naturel illustré par un flou artistique des plus étonnant. Un examen rapide des 10 titres laisse présager un répertoire nettement moins personnel par rapport au premier disque. Tous les titres préparés par Al Kooper ont disparu comme par enchantement, seuls trois morceaux proviennent du groupe.

Au rayon des reprises, BS&T reprend à son compte en guise d’ouverture fermeture deux variations des Gymnopédies d’Erik Satie. Titre phare du compositeur normand, les Gymnopédies avaient déjà fait l’objet en 1965 d’une excellente interprétation par l’entremise du sax-flutiste Yusef Lateef. Ces deux pistes plongent l’auditeur dans un sentiment mêlant quiétude et mélancolie. Si ces valses lentes composées à l’origine pour piano connurent un succès tardif, les Gymnopédies figurent depuis au générique d’une vingtaine de films (dont The Game). La fluidité et l’intemporalité de ces variantes leur permettront également de figurer dans la bande son de plusieurs jeux vidéo, offrant parfois un étonnant contraste avec les images et scénarios proposés. Ces deux pistes se révèlent aussi salvatrices qu’un passage chez un sophrologue.

Contrairement à son prédécesseur qui n’avait suscité qu’un single resté en dehors du Top 100, cet opus bénéficie de la sortie de trois 45 tours, "Spinning Wheel" grimpant sur la 1ère marche des charts, alors que "You’ve Made Me So Very Happy" et "And When I Die" décrochent tous deux une seconde place.
Le groupe apporte une grosse dose de cuivre à "Smiling Phases" de TRAFFIC, doublant la durée d’un Rock transformé en Jazz Rock. La version d’origine nous paraissait plus spontanée. Chez nous, Herbert Leonard adaptera la chanson avec "L’Amour attend", une version difficilement cautionnable. La troupe nous entraine sur la route sinueuse des dancefloors avec "More And More" *, une compo de Vee Pea et Don Juan Mancha popularisée quelques mois avant par Little Milton. Si le titre virevolte sous forme d’une entrainante Soul Blues, les amateurs de Jazz instrumental lui préfèreront probablement l’interprétation de Phil Upchurch.

Avec son intro d’harmonica et une orchestration trop riche parfois proche de la parodie, "And When I Die", une compo de Laura Nyro préalablement enregistrée en version Folk par PETER, PAUL & MARY, nous semble perdre une partie de son essence. A force de trop vouloir épater et surprendre, le titre finit par retomber comme une galette sans levure. Une version inférieure, à notre sens, à celles de Laura Nyro, Esther MARROW et à l’instrumental de Chet BAKER. On se laisse aisément prendre par "God Bless The Child", standard de Billie HOLIDAY repris plus de 550 fois, avec une forte influence latine en milieu de titre, alors que la voix chaude et Soul de David Clayton Thomas se prête parfaitement à l’exercice. Retour à la case Soul avec "You Made Me So Very Happy", titre Motown de Brenda Holloway. La richesse de l’orchestration, la qualité des arrangements et le chant de Thomas font oublier la pauvreté des paroles.

Le disque ne comporte que trois petits originaux avec en premier lieu "Sometimes In Winter", une ballade Jazzy mâtinée d’une Pop Folk peu accrocheuse, d’autant plus que son créateur Steve Katz a tenu à se charger du micro, une tentative malheureuse tant le chant se révèle médiocre. L’ironie peut se montrer cruelle surtout venant d’un musicien qui avait viré Kooper, jugé pas assez bon chanteur. Seconde compo avec "Blues Part II", un long Blues Jazzy avoisinant les 12 minutes. Une longue séquence instrumentale avec un orgue crépusculaire se poursuit par l’intervention de cuivres qui éclaboussent tout sur leur passage. S’ensuivent deux solos de basse et de batterie destinés à impressionner le chaland ; un saxophone coltranien reprend ensuite la main reposant sur une rythmique Jazzy, avant de dériver en fin de course sur la partie Blues avec un clin d’œil à CREAM avec deux brefs passages de "Spoonful" et "Sunshine Of Your Love". Morceau intéressant en concert mais dont la version studio finit par user l’auditeur. Terminons ce panorama avec l’un des plus gros cartons de BS&T avec "Spinning Wheel", création du chanteur David Clayton Thomas. On peut se demander ce qui serait advenu à cette chanson si elle avait été interprétée par un autre. La voix de Thomas colle parfaitement à la mélodie, la chanson connaissant plus de 180 reprises au fil des ans. Nous nous permettons de recommander celle des Violinaires, un ensemble Gospel de Detroit ayant longtemps œuvré chez Checker Records.

Si cet album fit en son temps monter BS&T sur le toit du monde en investissant les charts américains, la chute sera rude pour le groupe. Entre le désaccord entre leur manager refusant que le groupe soit filmé à Woodstock et les programmateurs du dit festival et une collaboration avec le Département d’Etat organisant une tournée en Europe de l’Est, alors que la jeunesse américaine ne cesse de manifester contre la Guerre au Vietnam, le groupe a bien failli couler. Ajoutons y des changements incessants de line-up nuisant à la cohésion du groupe et il faudra un miracle pour que Blood Sweat & Tears rebondisse en 1971 malgré une carrière de plus d’un demi-siècle. Autres bémols, le choix d’une orientation Pop au détriment d’un registre Jazz Rock et un manque de compositions suite au départ d’Al Kooper, constituent un talon d’Achille indéniable, alors que dans le même temps CHICAGO, Frank ZAPPA, certains disciples de Miles DAVIS (WEATHER REPORT, Chick CORREA, Al DI MEOLA) et des jazzmen convertis à l’électricité (Gary Burton, Chico Hamilton, McCoy Tyner) publiait des œuvres stimulantes plus abouties. Un album salué dans les charts mais, selon nous, surestimé par rapport à son prédécesseur.

Note réelle 3,5

*Titre homonyme à ceux de Merle Kilgore et Captain Hollywood Project.

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- David Clayton Thomas (chant)
- Steve Katz (guitare, harmonica, chant 3)
- Jim Fielder (basse)
- Bobby Colomby (batterie, percussions, chœurs)
- Dick Halligan (orgue, piano, flûte, trombone, chœurs)
- Fred Lipsius (saxophone, piano)
- Lew Soloff (trompette, bugle)
- Chuck Winfield (trombone)
- Jerry Hyman (trombone)


1. Variations On A Theme By Erik Satie (1st And 2nd M
2. Smiling Phases
3. Sometimes In Winter
4. More And More
5. And When I Die
6. God Bless The Child
7. Spinning Wheel
8. You've Made Me So Very Happy
9. Blues - Part Ii
10. Variation On A Theme By Erik Satie (1st Movement)



             



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