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2012 Narrow

SOAP & SKIN - Narrow (2012)
Par SUNTORY TIME le 13 Juin 2012          Consultée 894 fois

C’est tout d’abord la pochette qui intrigue. Le visage, charmant visage de cette jeune femme, l’air solennel, pour ne pas dire triste. Glacial aussi, comme fait de porcelaine. On dirait un portrait de la renaissance, entre peinture flamande et hollandaise. L’esprit de Rembrandt n’est pas loin, mais il manque la chaleur de l’huile sur la toile, comme si la douleur nous happait derrière ce visage neutre, se cachant sournoisement.

Narrow est le deuxième album de SOAP & SKIN, le projet de Anja Plaschg, toute jeune autrichienne aux multiples talents. Son premier album Lovetune For Vacuum l’avait fait remarquer avec ses chansons mêlant folk, musique électronique et quelques expérimentations, le tout dans une ambiance sombre voire gothique. Il est clair que Narrow se veut dans le même registre, d’une tristesse prenant aux tripes. Mais pour le coup, Anja Plaschg a des raisons d’avoir de la peine. Alors qu’elle réfléchissait à un nouvel album, son père décède. De ce drame, va naître le titre qui ouvre l’album, « Vater », chanté en allemand.

Dés ce titre, on est embarqué dans l’univers désespéré de Miss Plaschg. Le piano ouvre une chanson assez sobre, très douce, puis une certaine rage s’entend dans la voie grave de la chanteuse, les notes s’enchaînent plus vite, avec plus de virtuosité. Et puis vient l’explosion finale, ou l’électronique se mêle au symphonique. Entre douceur et rage, opposition radicale que ce « Vater » qui fait office d’entrée en matière redoutable.

Dans ce genre torturé, « Deathmental » s’avère lui aussi menaçant, par cette rythmique electro sous tension, comme si l’ensemble ne demandait qu’à éclater. Et pourtant, ici Anja Plaschg reste sereine jusque au bout, dans cet univers déconstruit, instable, qu’elle semble maîtriser telle une araignée faisant bouger les fils tactique de sa toile complexe et dangereuse. Une toile qui semble moins meurtrière sur le dernier titre, à la mélodie plus prenante et la rythmique plus sobre, malgré une intro stridente. Il est clair que « Big Hand Nails Down » aurait pu devenir un titre géant s’il n’était pas handicapé par sa trop courte durée (moins de 3 minutes), d’où une impression de frustration. C’est d’ailleurs le cas des cinq derniers titres de l’album, écrasés par la force des trois premiers, dont « Vater » et « Deathmental », dépassant ou frôlant les 5 minutes.

Toutes les autres chansons sont beaucoup plus calmes et sobres, mélancolique mais pas glauques. Des berceuses comme « Cradlesong » ou « Lost » sont particulièrement douces, même si le piano est particulièrement funèbre… Même sensation pour le magnifique « Wonder » et ses cordes et ses chœurs qui enrichissent une palette de noirs colorés.

Si quelques bidouillages electroniques et une lente boite à rythme viennent agrémenter « Boat Turns Toward the Port », ils n’assombrissent pas le morceau davantage que les claviers et le chant bouleversant de Anja Plaschg, qui semble s’éloigner à l’horizon, dans un bref silence, avant que l’on soit happé une dernière fois par les arrangements electro de « Big Hand Nails Down »…

Et je n’allais pas conclure cette chronique sans évoquer le titre le plus improbable de ce disque. Car on peut se demander ce qui a bien pu passer par la tête de Miss Plaschg quand elle a décidé de reprendre … « Voyage Voyage », de DESIRELESS !! Chers lecteur, voici bien la probable seule occasion que tu auras de lire quelques chose sur DESIRELESS sur FP ! Une reprise donc, mais pourquoi cette chanson, énorme tube des années 80 sur lequel on danse encore lors de soirées arrosées, non pas sans une certaine honte de connaître le refrain par cœur, car le texte est en français qui plus est ! Un style musical complètement à l’opposé de SOAP & SKIN. Et pourtant, passé entre les mains de la jeune artiste autrichienne, le tube ringardisé par le temps se transforme … en œuvre d’Art. Fini la rythmique dansante, les synthés immondes, le refrain accrocheur. Voie grave chantant en français avec un délicieux accent allemand, piano et orchestration de cordes des plus mélancoliques, la réinterprétation est inattendue, surprenante, mais ô combien bienvenue. En 5 minutes et quelques, Anja Plaschg nous prouve qu’avec des arrangements différemment, on peut changer le plomb en or. Cependant, je ne crois pas qu’un musicien, aussi génial soit-il, saura faire des chansons de Claude FRANCOIS ou d’autre des merveilles pleines d’émotion. On lance les paris ?

SOAP & SKIN livre ici une œuvre d’une émotion rare, douloureuse et lancinante. Et maintenant que j’arrive un peu à court d’adjectifs, je conclurai donc que Narrow est une réussite qui ne souffre que d’un réel défaut ; sa trop courte durée (moins de trente minutes…).
C’est dommage, car certaines chansons auraient mérité quelques longueurs supplémentaires pour pouvoir s’imposer réellement.

Narrow, ou l’infinité beauté du désespoir. SOAP & SKIN a l’art de ces univers où le deuil semble être monnaie courante. Du grand Art, mais à ne pas mettre entre les mains des plus fragiles. La noirceur est une chose, mais il serait plaisant, très plaisant, de voir un jour se dessiner un sourire sur le beau visage de Anja Plaschg.

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   SUNTORY TIME

 
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- Anja Plaschg (chant, piano, arrangements, artwork)
- Evelyn Plaschg (direction des choeurs, artwork)
- Georg Janosievics “szenario” (arrangements elecro)
- + Divers Choriste


1. Vater
2. Voyage Voyage
3. Deathmental
4. Cradlesong
5. Wonder
6. Lost
7. Boat Turns Toard The Port
8. Big Hand Nails Down



             



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