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GRAJDANSKAÏA OBORONA - Zatchem Sniatsa Sny (2007)
Par SASKATCHEWAN le 4 Avril 2013          Consultée 1312 fois

La vie d’Egor LETOV, le leader de GRAJDANSKAÏA OBORONA est à l’image de l’histoire russe contemporaine : une suite d’évènements chaotiques. Alors que le jeune punk de Sibérie, sûr de ses convictions, vomissait l’Union soviétique dans les années 80, la chute du mastodonte va affecter radicalement sa musique et son engagement politique. GRAJDANSKAÏA OBORONA est abandonnée au profit d’EGOR I OPIZDENEVCHIE, projet parallèle psychédélique. Puis Egor et sa bande se rangent au côté du Parti national-bolchévique de Limonov*¹ et soutiennent Ziouganov*² aux élections de 1996. Cruelle ironie pour un groupe qui venait de passer à dix ans à éructer : « je déteste le rouge ! ». Décennie perdue pour la Russie, mais pas pour GRAJDANSKAÏA OBORONA. Malgré la pauvreté, les fréquentations nauséabondes et l’excès de drogues, la musique du groupe repousse de nouvelles frontières après sa reformation en 1993. Anarchiste virulent, néo-bolchévique fascisant, chrétien pacifique, Egor LETOV transcrit ses errements dans sa musique et dans ses textes, de plus en plus complexes au fil du temps.

Zatchem Sniatsa Sny (« Pourquoi rêve-t-on ») est le dernier album du groupe, sorti en 2007. Il reprend toutes les expérimentations entreprises depuis Solntsevorot (1997), très loin du punk des débuts. Dans la lignée de l’album précédent, Reanimatsia (2005), GRAJDANSKAÏA OBORONA pratique un rock psychédélique à la fois lumineux et désabusé, avec quelques emprunts au stoner et au métal pour la production. Tout le sel de cette nouvelle orientation réside dans l’équilibre précaire entre le son lourd de la guitare principale, appuyée par la basse, et les délires acides de la guitare solo et des synthés.

Le disque s’ouvre sur un hommage au rock psychédélique, avec des paroles allumées dignes du GRATEFUL DEAD. Les textes de LETOV n’ont rien à envier à ceux de CHEVTCHOUK, GREBENCHTCHIKOV, ou GARKOUCHA *³. La voix du vieux patriarche du punk russe est toujours la même : profonde, rauque et vacillante. Les paroles répondent à la musique et vice-versa ; c’est lors de ses errements psychédéliques les plus hallucinés que LETOV en vient à clamer : « Je vole, je vole sur un cheval, et je hurle les notes de mes chansons, mais il n’y pas d’écho. En guise de réponse, quelqu’un sourit dans le silence. Dans les cieux limpides et les forêts sourdes, quelqu’un d’autre sourit. »

Zatchem Sniatsa Sny est une longue progression vers la résignation, mais aussi une déclaration d’amour. Les riffs se durcissent progressivement, et les quelques ballades qui parsèment l’album ne font guère illusion. LETOV et sa bande ont inventé un rock psychédélique à la russe, une sorte de corbillard multicolore qui parcourt crânement les routes sibériennes. L’inventivité des quatre musiciens est inépuisable : les influences s’entrechoquent, comme sur « Sianie », où le son des guitares semble tout droit sorti des années soixante, le tout enveloppé dans une production très moderne. GRAJDANSKAÏA OBORONA conserve quelques bons restes de son adolescence punk, témoin « Tanets dlia miortvykh », danse macabre rythmée par la basse de TCHOUMAKOVA.

Le bouquet final est annoncé par « Kaleïdoskop », ballade apaisée qui marque une pause dans les expérimentations effrénées du quatuor. Mais c’est avec « Notchiou » que GRAJDANSKAÏA OBORONA révèle tout son génie. Un riff d’une efficacité redoutable accompagne les élucubrations de LETOV et les arabesques du soliste. Les synthès tentent tant bien que mal de profiter du répit accordé par les guitares, avant que le groupe ne reprenne son délire psychédélique de plus belle. « Osen » arrive après la tempête, et clôt l’album sur une note plus gaie qui sonne comme le chant du cygne.

Le 19 février 2008, Egor LETOV est retrouvé mort à son domicile d’Omsk, victime d’une crise cardiaque. C’est l’un des plus grands représentants du rock russe qui disparaît, et GRAJDANSKAÏA OBORONA avec lui. A posteriori, Zatchem Sniatsa Sny apparaît comme le testament d’un groupe unique qui a défriché des pans entiers de la musique rock pour le public russe. Ce dernier album est aussi leur meilleur, un authentique joyau de rock psychédélique.


*¹ Edouard Limonov est un écrivain russe fondateur du Parti national-bolchévique, dont l’idéologie reprend le communisme aux forts relents de nationalisme russe tel qu’il a pu être développé à la fin de la période stalinienne, quelques préceptes empruntés aux nazis et une once de provocation punk.
*² Guennadi Ziouganov est le leader du Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF) et a été quatre fois candidats à l’élection présidentielle depuis 1996, qui reste son meilleur score à ce jour.
*³ Iouri CHEVTCHOUK : leader du groupe russe DDT. Boris GREBENCHTCHIKOV : leader d’AKVARIUM. Oleg GARKOUCHA : parolier déglingué d’AOUKTSYON.

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   SASKATCHEWAN

 
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- Egor Letov (chant, guitare)
- Alexandre Tchesnakov (guitare, basse, synthés)
- Natalia Tchoumakova (chant, basse, synthés)
- Pavel Peretoltchine (percussions)


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2. Kto-to Drougoï
3. Feïerverk
4. Znatchit, Ouragan
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11. Kaleïdoskop
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16. Snarouji Vsekh Izmereni
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