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Les RAMONEURS DE MENHIRS - Tan Ar Bobl (2014)
Par JOVIAL le 29 Août 2014          Consultée 3913 fois

J’imagine que ceux qui ont vu un concert des RAMONEURS DE MENHIRS dernièrement ont été aussi étonnés que moi de constater que Momo ne faisait plus partie de la troupe. Terminé pour l’ancien prof de breton, qui quitte ses camarades pour voguer vers d’autres aventures, sans doute bien moins mouvementées. Un grand salut à lui donc, sa discrétion et son calme relatif sur scène, qui créait un décalage amusant face à l’exubérance de Loran et des deux sonneurs, manqueront certainement grandement à tous les amoureux des Ramoneurs !

Mais qui est donc alors son remplaçant ? Ce rouquin à la crête encore fraîche ? Hé bien pas forcément un illustre inconnu en Bretagne puisqu’il s’agit de Gwenael Kere, chanteur traditionnel écumeur de festoù-noz depuis une quinzaine d’années et que l’on a notamment retrouvé au sein du groupe vannetais INT. La passation du titre de « voix sans maître » n’a visiblement pas traîné, puisque seulement quelques mois après l’arrivée de Gwenael sort donc ce Tan ar Bobl (« Feu du Peuple »), troisième album de nos Bretons, décidément increvables malgré les kilomètres avalés chaque week-end sur les routes de Bretagne, de France et d’ailleurs.

Qu’on se le dise, Tan ar Bobl ne révolutionne pas le style des RAMONEURS DE MENHIRS. La formule n’a quasiment pas changé : reprises d’airs traditionnels bretons (à quelques exceptions près) mariées à un punk bérurier toujours très accrocheur et remuant, laissant néanmoins toujours assez de place nécessaire pour que s’en donne à cœur joie Bevillon et Gorce aux bombardes. Pourtant, le groupe ne sonne pas comme à l’habitude. Une différence de saveur se fait nettement ressentir. Le premier responsable, c’est sans aucun doute Gwenael. Car c’est bien lui, rendons-le lui, qui insuffle une fraîcheur et une énergie nouvelles à la musique des RAMONEURS, au travers de son chant singulièrement éloigné de celui de Momo. Habitué du kan ha diskan, Gwenael propose ainsi un chant nettement plus rythmé et dansant par rapport à celui de son prédécesseur, qui officiait dans un registre plus souvent punk et moins sautillant. La différence est particulièrement flagrante sur les soufflantes « Pussy Riotal » et « Hir ew Geniñ » où la performance du nouveau vocaliste est un pur régal, une invitation directe à la danse, le propre même du répertoire vannetais dont elles sont issues.

Tan ar Bobl pourrait alors se concevoir comme un disque se rapprochant davantage de la musique traditionnelle que les deux précédents, Dañs an Diaoul et Amzer an Dispac‘h, en réduisant alors ses accents les punk-rock. Ce n’est pas forcément faux, même si nous aurions tort d’en ignorer les restes les plus coupants, la sympathique « Viva la Revolution » en tête, virée entêtante sur les terres des ADICTS. Deux reprises des Bérus viennent également ponctuer l’écoute : « Makhnovtchina » et sa guitare en forme de rouleau-compresseur, que vient renforcer la puissance rebelle du binioù bras de Jean-Pierre Beauvais, ou encore la fameuse « Ibrahim », que les RAMONEURS jouent déjà sur scène depuis deux ou trois ans. Si la première ne s‘éloigne pas tellement de son original de 1988, la seconde est au contraire une petite claque. Gwenael reprend en breton le poème « Carte d’Identité » de Mahmoud Darwich, tandis que les paroles en français, qui tristement n’ont eu besoin d’être changées depuis l’époque bérurière, laissent apparaître un appel à la paix bien amer, surtout au vue des dernières actualités … Reste un morceau toujours aussi rassembleur, n’ayant vraiment rien à envier sur ce point à celui des Béruriers.

Après cela, Les RAMONEURS DE MENHIRS en reviennent à la musique traditionnelle. Bretonne ? Oui, mais pas que ! Autre nouveauté : à côté des laridés et des gavottes, le groupe s’essaye à l’adaptation d’airs traditionnels plus « exotiques », repris à la bombarde. « Exarhia » nous transporte ainsi en Grèce et « Azawad Dieub » chante pour la liberté des peuples touaregs. Plus étonnante encore est « Ni Veway », rencontre entre le Kabyle Lounis Aït Menguelle et le regretté Youenn Gwernig, qui fonctionne à merveille malgré des thèmes et des mélodies au départ très éloignés. Lounis et ses couplets plus belliqueux évoquaient alors le printemps noir kabyle de 2001, quand Youenn rendait hommage au vent breton sur sa fameuse « E Kreiz an Noz », dont l’air est ici repris à la bombarde.

En définitif, Tan ar Bobl est une très bonne surprise que personne n’attendait vraiment de cette façon. Même si tout n’est pas aussi parfait que sur Amzer an Dispac’h, notamment au niveau du chant qui a parfois du mal à se mettre en place sur « Son ar Gewier » ou « Ar Paotr Disoursi », Les RAMONEURS DE MENHIRS reviennent avec un album très solide qui ne manquera pas d’impressionner. Loran, Bevillon et Gorce sont toujours aussi déchaînés, Gwenael Kere assure comme une bête jusqu’à nous donner l’impression de faire partie du gang depuis dix ans et Louise Ebrel, 82 ans cette année, tient toujours la baraque comme personne lorsqu’il s’agit de faire danser. Ce troisième album renouvelle quelque peu le son originel des RAMONEURS, sans trop en faire non plus et en variant les goûts et les couleurs, pour un résultat une nouvelle fois bluffant. Un grand cru de « punk fest-noz » qui, enfin, se pare d'une pochette digne de ce nom !

Note : 3,5/5
À écouter absolument : « Ni Veway », « Pussy Riotal » et « « Hir ew Geniñ »

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   GEGERS

 
   (2 chroniques)



- Gwenael Kere (chant)
- Eric Gorce (bombarde, choeurs)
- Richard Bevillon (bombarde, choeurs)
- Loran (guitare)
- Guests :
- Louise Ebrel (choeurs)
- Albert (choeurs)
- Omar (chant)
- Ibatan (chant)
- Jean-pierre Beauvais (binioù braz)
- Laurent Mass (choeurs)


1. Son Ar Gewier
2. Ni Veway
3. Ar We'enn Awalow
4. Ibrahim
5. Exarhia
6. Pussy Riotal
7. Hir Ew Geniñ
8. Azawad Dieub
9. Viva La Revolution
10. Makhnotchina
11. Ar Paotr Disoursi



             



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