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Rosemary STANDLEY - Love I Obey (2015)
Par AIGLE BLANC le 6 Avril 2015          Consultée 1098 fois

Dans la cohue des albums qui atterrissent chaque mois dans les bacs des grandes enseignes, trop rares sont ceux qui parviennent à s'extraire de la mélasse d'uniformité ambiante si nuisible à nos oreilles devenues paresseuses. Fort heureusement, certains s'invitent comme une oasis en plein désert. Et Love I Obey fait partie de cette noble catégorie d'offrandes qui distillent dans nos conduits auditifs un vent de fraîcheur d'une beauté à ravir.
Si ce disque rompt la monotonie ambiante, il n'en oublie pas pour autant l'humilité et refuse avec une constance infaillible de sombrer dans le snobisme ou l'élitisme. Bien au contraire.

La modestie reste en effet la clef de ce projet atypique qui n'a pas l'outrecuidance d'imposer ses créations originales. Il s'agit plus simplement pour ROSEMARY STANDLEY de nous convier à un voyage à travers le temps et de remonter jusqu'aux sources méconnues de la Country-Folk anglo-américaine.
Pour ceux qui ne voient pas plus loin que Bob Dylan et son mentor Woody Guthrie, plongez-vous dans le recueil de chansons populaires, d'airs traditionnels et de poèmes que nous a concocté Rosemary Standley qui rend un hommage vibrant à la plume ciselée de tous ces troubadours injustement oubliés : William Lawes, Thomas Campion, John Wilson. Laissez-la ranimer pour nous ces ballades anglo-irlandaises sauvées de l'oubli contrairement à leurs auteurs tombés parfois dans l'anonymat. Laissez-vous porter jusqu'aux confins du XVI°siècle, à une époque où la syntaxe anglaise présente quelques contractions tombées en désuétude et où le pronom thy n'a pas encore été supplanté par son homologue contemporain you. Et n'oubliez pas que ces airs intemporels, ces artistes oubliés de l'histoire, ont nourri l'inconscient collectif de tous les WOODY GUTHRIE, BOB DYLAN, JOAN BAEZ et autres JONI MITCHELL.

Rosemary Standley est une jeune Américaine que sa sensibilité et ses goûts musicaux portent plus naturellement vers le passé d'une Amérique pionnière, à l'époque des grandes migrations anglo-irlandaises. Elle a effeuillé pour nous une littérature oubliée parce que longtemps dénigrée : celle des ballades et des chroniques populaires qui racontent le quotidien des petites gens de l'Amérique conquérante. Les chansons qu'elle a exhumées sont en prise directe avec les histoires de coeur de ces gens sans nom. Dans "I Once Loved a Lasse"(1670), elle nous donne à ressentir le désespoir absurde d'un homme qui assiste impuissant au mariage de celle qu'il aime pourtant d'un amour éperdu. Avec une sensibilité bouleversante, elle rend poignant un texte de Cecil J.Sharp, "Bruton Town", qui relate une chronique familiale glaçante, le meurtre par deux frères d'un domestique dont le seul tort était d'avoir une liaison secrète avec leur soeur. Cette dernière finira par se suicider pour rejoindre son amant dans l'au-delà. Des tragédies de ce genre, ce recueil de chansons n'en manque pas : la superbe "Wagoner's Lad", la mélancolique "Love I Obey". Mais il serait dommage de passer à côté des chansons plus précieuses, oeuvres de véritables poètes, que sont la proto gothique "O Death", lamentation morbide attribuée à Anne Boleyn (1536) que ne renierait pas un groupe de métal romantique, la magnifique "What If A Day" attribuée à Thomas Campion (1606), poème philosophique qui interroge la place de l'homme dans l'univers. Vous croiserez aussi avec "Hush You Bye" une jolie comptine gorgée d'expressions enfantines qui lui donnent une allure sautillante délicatement mise en valeur par le chant de Rosemary Standley. Mais le texte le plus beau sans doute est l'oeuvre de Phillis Wheatley (1753-1784), jeune esclave bostonienne et première femme noire à avoir été publiée. Son poème "A Hymn To The Evening", que récite admirablement R.Standley accompagnée des arpèges d'une guitare acoustique alerte, est une merveille de poésie bucolique, un hymne au crépuscule qui partage des accents avec la poésie pré-romantique anglaise de Coleridge et Wordsworth. Encore plus étonnante est la fervente "An Evening Hymn" de Henry Purcel (1659-1695) qui contient en germe la Folk mystique que développera bien plus tard POPOL VUH, le groupe de Florian Fricke.

Love I Obey appartient à cette race si rare des disques conçus et interprêtés avec une justesse sans faille. Le chant mélancolique et plein de délicatesse de Rosemary Standley réussit la prouesse de ne jamais nous lasser malgré un manque relatif de variété dans ses tonalités. Il faut dire que sa belle voix de soprano dégage suffisamment de sincérité pour nous surprendre très souvent la gorge nouée. La chanteuse est accompagnée ici par un groupe excellent composé de Bruno Helstroffer au théorbe et à la guitare acoustique, d'Elizabeth Geiger au clavecin, à l'orgue et au "muselaar" (cousin du clavecin), de Martin Bauer à la viole de gambe et de Michel Godard au "bugle" (cousine de la trompette). Les instrumentistes dessinent en arrière-plan des arabesques musicales délivrées avec des trésors de dentelle. C'est bien simple : cela faisait longtemps qu'un disque de Folk ne m'avait pas cueilli par la seule force de ses musiciens qui accomplissent ici un sans faute. Que le théorbe est beau en accompagnement de certaines ballades mélancoliques ! Le clavecin d'Elizabeth Geiger se confond souvent avec le théorbe ou la guitare, avec une délicatesse d'autant plus appréciable quand on connaît la propension de cet instrument ancien à devenir rapidement crispant. Et que dire des interventions raffinées du muselaar à la douceur et au phrasé d'une rare sensibilité? Même l'orgue oublie ici ses velléités facilement pompeuses pour ne retenir que l'émotion brute de l'humble condition humaine marquée au fer par de sombres tragédies familiales, tandis que le cosmos indifférent continue sa course aussi insaisissable que radicale... pour précipiter nos vies dans la tombe et la poussière.

Malgré les instruments anciens et l'illustration de la pochette où Rosemary Standley pose en robe de dentelle, allongée sur un rocking chair, photo surgie d'un cliché sépia en harmonie parfaite avec l'époque des chansons et des airs américano-anglo-irlandais de l'album, vous ne trouverez pas ce disque dans les rayons classiques de votre disquaire. Contentez-vous de fouiner dans le rayon Indépendants, vous y dénicherez peut-être cette merveille musicale qui, j'en fais le pari, ne risquera jamais de se démoder.

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   AIGLE BLANC

 
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- Rosemary Standley (chant)
- Bruno Helstroffer (théorbe et guitare acoustique)
- Elizabeth Geiger (orgue, muselaar, clavecin)
- Martin Bauer (viole de gambe)
- Michel Godard (bugle)


1. Love I Obey
2. Bruton Town
3. Geordie
4. Wagoner's Lad
5. Pastime
6. O Death
7. I Once Loved A Lass
8. What If A Day
9. Jack Hall
10. I Love A Lasse
11. Hush You Bye
12. Echoes / A Hymn To The Evening
13. An Evening Hymn
14. Poor Wayfaring Stranger



             



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