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Jody WILLIAMS - Return Of A Legend (2001)
Par LE KINGBEE le 6 Juin 2016          Consultée 827 fois

Commençons cette chronique en analysant le titre de l’album. Return Of A Legend pourrait paraître prétentieux ou pompeux et pour tout dire plus ou moins galvaudé. Après tout, qui est donc ce vieux bonhomme avec cette Gibson entre les mains ? En 2001, personne n’avait plus entendu parler de Jody WILLIAMS depuis près de quarante ans. Quand vous lirez ces modestes lignes résumant brièvement son parcours, libre à vous de vous faire votre propre opinion sur la question, mais quand on connait la carrière de ce guitariste on peut estimer que ce titre n’a rien de vaniteux ou de pontifiant.

Originaire d’Alabama où il voit le jour en 1935, Joseph Leon Williams grandit à Chicago où sa famille s’est installée alors qu’il n’est encore qu’un bambin. Alors qu’il astique les bancs de l’école, Joseph se met à l’harmonica puis bifurque vers la guitare, instrument plus fun auprès des demoiselles. Alors tout juste sorti de l’adolescence, Joseph Leon qui se fait appeler désormais Jody, devient rapidement l’un des pionniers du West Side Sound. Dépositaire d’un phrasé novateur aussi technique que sincère, notre Jody servira de pont entre le Blues de BB KING et le California Blues de T. Bone WALKER. Mais curieusement, le guitariste restera toujours dans l’ombre des grandes légendes du West Side (Buddy GUY, Magic SAM, Otis RUSH ou Fenton ROBINSON) et ne parviendra jamais à suivre les précurseurs suivants (Jimmy DAWKINS, Magic SLIM, Mighty Joe Young, ou Earl Hooker). Il demeure probable que Leonard et Phil Chess, patrons du label Chess, firent en sorte de le cantonner dans un rôle presque exclusif de sideman.

Revenons donc à Jody WILLIAMS : dès 1954, à peine âgé de 19 ans, il accompagne Howlin’ WOLF. Sous la houlette de Leonard Chess, le Loup Hurlant modifie son orchestre incorporant les guitaristes Hubert Sumlin et notre Jody, tandis que Willie DIXON compose, arrange et met en place l’orchestration tout en officiant à la contrebasse. Si les 78t. de Wolf connaissaient un succès considérable, il n’en n’ait pas moins vrai que les arrivées des deux guitaristes et de DIXON transforment rapidement une musique de bouges, principalement destinée au public noir, en singles gravissant les premières marches du Top 20 R&B. Devenu accompagnateur attitré de l’écurie Chess, WILLIAMS enregistrera entre 1955 quelques une des plus belles pièces de l’histoire du Chicago Blues. On le retrouve sur des singles d’Otis Spann, Willie Dixon, Sonny Boy Williamson II, Bo Diddley, Floyd Dixon, Jimmy Rogers, Sugar Pie Desanto, Bobby Charles et Dale Hawkins (seuls blancs de la liste). Afin de mettre un peu de beurre à ses épinards, WILLIAMS s’offrira parfois de petites infidélités aux frères Chess, enregistrant ainsi pour les labels Cobra (Otis RUSH, Harold Burrage), Bandera (Bobby Davis), Vee Jay (Billy "Boy" Arnold) ou United (Dennis Binder).

Pour résumer, Jody WILLIAMS tient la guitare sur le "Moanin’ For My Blues" d’Howlin’ Wolf, le "I Wish You Would" de Billy Boy Arnold, ou "Who Do You Love" et "Diddy Wah Diddy" de son copain Bo DIDLEY. Autant de titres qui ne tarderont pas à inspirer de jeunes musiciens blanc venus d’Angleterre. Parallèlement à son job d’accompagnateur, Jody enregistrera tout de même une poignée de singles sous son nom, ceux-ci se comptant sur les doigts d’une main. C’est ainsi que sous le nom de Little Papa Joe, il met en boite "Looking For My Baby" pour le label Blue Lake, une filiale de Parrot. En 1957, il grave le formidable "Lucky You" pour Argo, suivi cinq ans plus tard par "Moanin’ For Molasses" édité par le petit label Jive.
Si ce curriculum vitae risque de demeurer peu parlant pour les jeunes amateurs de Blues, nous pouvons affirmer sans crainte qu’il constitue l’une des plus belle référence en matière de West Side Blues mid fifties. En 1963, lassé d’attendre une reconnaissance qui ne viendra jamais (hormis par ses pairs) et déçu par ses modestes rétributions financières, Jody WILLIAMS met sa guitare au placard et abandonne le monde de la musique. Il embrasse une carrière d’ingénieur électronicien pour la firme Xeros, métier qu’il a appris durant son incorporation en Allemagne pour l’US Army, jusqu’en 1994 année de sa retraite professionnelle. Oh … … ne noircissons pas trop le tableau, plus que nécessaire. En 1977, six de ses titres apparaissent sur The Leading Brand, compilation qu’il partage avec Earl Hooker rééditée par le label anglais Red Lightnin’.

Revenons à une période plus actuelle. Depuis 1994, la principale occupation de Jody consiste à ce qu’il regarde pousser son gazon. Il profite pleinement de la vie sans le moindre regret. Il lui arrive de ressortir une guitare du dessous de son lit pour faire quelques gammes. Le bonhomme est parfois étonné lorsque des fans de Blues ou de jeunes guitaristes viennent sonner à sa porte pour un autographe, mais il s’y prête généralement volontiers. Déconnecté de la musique, il revoit certes Robert Lockood Jr. de temps en temps et le producteur Dick Shurman, le reste du temps est consacré à sa famille et … … à son gazon qui pousse normalement. Il faudra toute la persuasion et le tact de Dick Shurman pour que Williams accepte de retourner en studio en 2001. Le producteur lui concocte une équipe d’accompagnateurs triés sur le volet et issus du terroir local : le rejeton de Lonnie BROOKS Ronnie Baker Brooks en seconde guitare, l’organiste Allen Batts (passé dans les rangs d’Albert COLLINS, AC Reed et Louisiana Red), le bassiste Harlan Terson (un ancien membre de Lonnie BROOKS, d’Eddie Shaw ou Lurrie Bell) et enfin du batteur prodige Kenny « Beedy Eyes » Smith, fils de Willie et meilleur batteur de la nouvelle génération. Quelques invités sont venus prêter main forte ou tout simplement pour rendre hommage au vétéran injustement sous enregistré : les guitaristes Tinsley Ellis, Rusty Zinn et le regretté Sean Costello et l’harmoniste Billy "Boy" Arnold, equipier et ami de longue date. Afin de placer le guitariste dans les meilleures conditions, Dick Shurman a décidé d’envoyer toute l’équipe au Tone Zone, un studio spécialisé dans le Jazz et le Gospel, là ou Charlélie COUTURE avait enregistré "Casque Nu".

Autant dire qu’il ne faut pas plus de trente secondes pour se rendre compte du talent et de la virtuosité de WILLIAMS. Le guitariste n’a strictement rien perdu de son formidable jeu de gratte. En ouverture l’instrumental "Lucky You", un de ses titres fétiches, met les choses au point. Cette version venant 45 ans après l’originale n’a pas pris une ride et reste bien supérieure par rapport aux covers de Lacy Gibson ou Tinsley Ellis ou aux "Hooked On Love" de Sue Foley ou Earl Hooker. On peut se demander au passage pourquoi ces deux artistes ont changé le nom de cet instrumental. Croyaient-ils berner quelqu’un ?
Outre le morceau d’ouverture, le guitariste interprète deux titres issus de ses singles : le tendre "You May" inspiré du "Mother Earth" de Memphis SLIM et l’excellent "Moanin’ For Molasses", un instrumental fluide repris par Sean Costello, le jeune guitariste rendait d’ailleurs un hommage à WILLIAMS en attribuant la chanson au titre de son 3ème album. Les dix autres faces proviennent toutes de compositions récentes, Williams s’étant remis rapidement à l’écriture en prévision de l’album. La guitare de Williams sert de fil conducteur à un univers de blues urbain contemporain dans lequel l’orchestration et les arrangements sans faille font merveille. Tout est remarquablement huilé, aucun des accompagnateurs ne tirent la couverture vers lui, et l’ensemble dégage une grosse cohésion et un formidable esprit de corps. Les rythmes variés s’enchaînent ne laissant aucune place à la monotonie. L’harmonica de Billy Boy Arnold sur "Come Over To My House" diffuse une atmosphère tendue. Williams apporte son humour sur le virevoltant «Monkey Business» et l’impayable «Wham Bam Thank You Ma’am» titre évoquant les dames vendeuses de leur charmes (titre homonyme des chansons de Don Rich et Dean Martin). Si les titres se suivent dans une ambiance ensorceleuse, c’est bien la guitare qui tient ici le premier rôle. Mention au dévastateur "Brown Eyes And Big Thighs" dans lequel Rusty Zinn et Williams se livrent un beau duel de guitare.

Jody WILLIAMS signe là un retour remarquable et digne. Cet album récoltera en 2003 plusieurs récompenses honorifiques (album de l’année aux WC Handy et chez nos confrères Living Blues). Même s’il convient de considérer ce genre de trophées avec précaution. L’une des meilleures nouveautés Blues de l’année 2001.

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- Jody Williams (chant, guitare, maracas 12)
- Ronnie Baker Brooks (guitare ryhmique, lead 7)
- Allen Batts (claviers)
- Harlan Terson (basse)
- Kenny Smith (batterie)
- Billy Boy Arnold (harmonica 2, chant 7)
- Sean Costello (guitare 5-6, chant 6)
- Tinsley Ellis (guitare 1-12, chant 12)
- Rusty Zinn (guitare 9-10, chant 10)


1. Lucky You.
2. Come Over To My House.
3. Lifelong Lover.
4. You May.
5. Moanin' For Molasses.
6. Monkey Business
7. I'm Coming Back In Again.
8. She Found A Fool And Bumped His Head.
9. Jive Spot.
10. Brown Eyes And Big Thighs.
11. Wham Bam Thank You Ma'am.
12. What You Gonna Do?
13. Henpecked And Happy.



             



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