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SMOKEHOUSE - Edge Of The Swamp (1998)
Par LE KINGBEE le 13 Juillet 2016          Consultée 912 fois

Formé au tout début des années 90, SMOKEHOUSE (Le Fumoir) va faire ses gammes dans les bouges floridiens et, au fil du temps, dans les grands festivals Blues du pays où la formation récolte une solide réputation. Si son répertoire immerge l’auditeur en plein Swamp Blues, certains journalistes américains, toujours à la recherche d’une dénomination originale, vont rapidement les étiqueter sous la bannière du Florida Swamp. Si le registre du Swamp Blues fait clairement référence à la Louisiane et 0 une partie du Texas, le lien avec la Floride ne paraît pas disproportionné. N’oublions pas que si cet état du Sud-est est bordé d’un côté par l’océan atlantique et de l’autre par le golfe du Mexique, il est aussi caractérisé par la présence des Everglades, un vaste marécage qui en fait l’une des régions les plus sauvages et inaccessibles du territoire américain. Le parallèle entre les bayous louisianais et ce marécage floridien se retranscrit tout naturellement dans le domaine musical.
Formé dans un premier temps par le guitariste Robert « Lightnin’ Boy » Thomas et l’harmoniciste chanteur Anthony « Rat Pack » Thompson, seul membre de la communauté afro-américaine, le duo est vite rejoint par le batteur Aaron « Pop » Watson et le bassiste newyorkais Kenneth Sly. Les membres du groupe, tous originaires de différentes régions, vont rapidement parvenir à faire fusionner leurs influences respectives. Robert Thomas s’était fait remarquer au sein des Payne Brothers, un groupe de Southern Blues Rock de Daytona, le guitariste avait aussi accompagné Lazy LESTER et Robert LOCKWOOD Jr. « Rat Pack » Thompson, un ancien batteur devenu harmoniciste, est un admirateur invétéré de Sonny Boy WILLIAMSON, tandis qu’Aaron Watson a secondé The DRIFTERS, Arthur CONLEY, Wilbert Harrison et les TEMPTATIONS. Le quatrième larron a débuté au sein de Live Funk, une formation déjantée de Funk, comme son nom le laisse supposer. Ces diverses ascendances vont s’amalgamer autour d’un magma de Swamp, poisseux, collant, hypnotique, tournoyant entre les méandres de l’Atchafalaya River, du Mississippi et de la Blackwater.

« Edge Of The Swamp », titre de l’album, nous renseigne sur l’orientation musicale et l’environnement dans lesquels le groupe nous convie : une plongée sans concession aux confins des bayous, là où sévissent les crapauds-buffles, les cottonmouth mocassin ou les copperhead, serpents généralement peu agressifs à moins de se sentir menacés. Pour bien se mettre dans l’ambiance, il suffit de s’imaginer le bruit du clapotis d’un alligator, tout en redoutant que la bête vienne vous happer un bras ou une jambe. N’oublions pas non plus le fameux Rougarou que les contes et légendes décrivent tour à tour comme un cavalier sans tête ou un humanoïde à tête de loup. Ne négligeons pas non plus la présence des sorcières vendeuses de Mojo ni une multitude d’insectes et de plantes dangereuses comme l’Aconit, la Belladone ou Grande Cigüe. En clair, en vous plongeant dans l’univers d’Edge Of The Swamp, vous vous sentirez envahi d’une angoisse oppressante, d’une torpeur naturelle suivie parfois d’effets euphorisants trompeurs. Rappelez-vous également de la magie noire et du pouvoir du Voodoo. « Edge Of The Swamp » vous expédie en territoire hostile et torride.

Cette modeste description de l’univers de Smokehouse est bien évidemment légèrement amplifiée, certains pourraient croire qu’on tire ici trop sur la ficelle, mais il vous suffira de laisser vagabonder votre imagination pour tomber dans un hypnotisme et un envoûtement musical total. Laissez-vous guider par le groove et le chant parfois déclamatoire de « Pack Rat » et « Lightnin’ Boy ».
Le répertoire se rapproche très nettement d’un Swamp Blues classique, à ceci près que le genre est tombé en désuétude au début des seventies. Les changements de modes, l’arrêt des productions Excello et des principaux artistes liés au registre sonneront le glas du Swamp Blues. Le registre n’est pas mort pour autant et renaît parfois de ses cendres avec des artistes comme Selwyn Cooper ou Kenny Neal, sans parler de Lazy LESTER ou Lil Buck Sinegal derniers dinosaures d’un domaine en voie de disparition.

Par rapport aux musiciens précités et aux grandes figures du Swamp Blues (Lightnin’ Slim, Silas Hogan, Slim HARPO, Lonesome SUNDOWN ou Clarence Edwards), SMOKEHOUSE se caractérise par sa mixité (trois blancs bec et un black*) et un répertoire modernisé incorporant des zestes de Southern Rock et de Delta Blues, tout en respectant les schémas traditionnels. D’entrée de jeu, «Them Jelly Blues » renvoie vers Clarence Edwards, la voix autoritaire de « Pack Rat » Thompson et la guitare lourde de Thomas en sont les meilleurs témoignages. Mais le Swamp rural n’est pas oublié pour autant. « Creepin’ Blues » pourrait s’inscrire dans un disque de Lightnin’ Slim ou Silas Hogan : accompagnement rythmique squelettique, tempo lancinant mais prenant qui finit par devenir obsédant et harmonica geignard. Les références aux grandes icones du Swamp sont clairement palpables. L’intro et la tonalité de « Hoodoo Lover » nous expédient à grands coups de bottes dans l’univers torturé de Lonesome SUNDOWN. Le groupe sait durcir le tempo quand le besoin s’en fait sentir. « Swamp Jukin’ », Boogie Rock avec un bon solo de gratte, diffuse une sonorité qui a autant à voir avec J. GEIL’s Band ou THOROGOOD qu’avec les anciennes productions Excello ou Goldband. Thompson s’offre une escapade en territoire West Coast sur « Hoy Hoy Hoy », l’harmonica chromatique et les sobres solos de guitares sont mis en valeur par un délicat nappage de claviers. L’humoristique « Credit Card Blues » vogue à mi chemin entre Lightnin’ Slim et Delta Blues. Excellent performeur, Thompson parvient à faire monter l’intensité dramatique sur « Go Down Moses » à l’instar de certains prédicateurs. Petit moment de détente avec « What’s Your Flavor Baby » que ne pourraient renier Slim HARPO ou Jimmy Anderson. Les diverses influences Blues apparaissent sur « Bisquit Roller » qui réussit le tour de force de rassembler Howlin’ Wolf, Lightnin’ Hopkins et « Big Boy » Crudup. L’album se clôt avec l’impayable « 95 South (The High Sheriff From Hell) », un mid tempo avec un chant mêlant spoken song et des intonations Hip Hop, un harmonica ensorceleur et une rythmique millimétrée et une basse d’une rondeur incroyable.

Ce quatrième album de SMOKEHOUSE sonnera hélas comme le chant du cygne du groupe. En 2004, le décès du producteur Bob Greenlee, patron du label King Snake, bassiste et ami du groupe, incite le groupe à arrêter les frais. La formation disparaît des écrans radars au début du nouveau millénaire, mais le groupe sera parvenu à retranscrire l’atmosphère si particulière du Swamp pendant près de dix ans, sans dénaturer les racines enfouies au plus profond des bayous.

*Il n’y a strictement aucune connotation négative ou discriminatoire dans ces termes, bien au contraire. Si les membres de Smokehouse, peu adeptes des projecteurs et du showbiz, ont peu fait parler d’eux après la dissolution du groupe, signalons que « Pack Rat » Thompson servira d’accompagnateur à Sonny Rhodes puis participera à un enregistrement Live en hommage à Steve Marriot. On le retrouvera plus tard dans un rôle d’arrangeur et de compositeur pour le trio vocal anglais Atomic Kitten. Aaron « Pop » Watson n’a aucun lien avec son presqu’homonyme Aaron Watson un chanteur guitariste de country. Le claviériste Doug Bare (un ancien membre de BLACKFOOT) se contentera d’une carrière d’accompagnateur (John Mayall, Lou Pride, Pat Travers et des collaborations avec Ace Moreland).

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   LE KINGBEE

 
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- Anthony 'packrat' Thompson (chant, harmonica,guitare)
- Robert 'lightning Boy' Thomas (guitare, chant)
- Kenny Sly (basse)
- Aaron 'pop' Watson (batterie, choeurs)
- Doug Bare (claviers, choeurs)
- Bob Greenlee (basse 3)
- Ace Moreland (choeurs)
- Augustine Antoine (choeurs)


1. Them Jelly Blues.
2. Creepin' Blues.
3. Son Of A King.
4. Swamp Jukin'.
5. Haints In My House.
6. Hoy Hoy Hoy.
7. Credit Card Blues.
8. Go Down Moses.
9. What's Your Flavor Baby.
10. Bisquit Roller.
11. 95 South (the High Sheriff From Hell).



             



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