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Betty WRIGHT - My First Time Around (1968)
Par LE KINGBEE le 10 Janvier 2017          Consultée 347 fois

Encore une chanteuse de Soul formée à l’école du Gospel. Ce préambule frise la lapalissade. Native de Miami où elle voit le jour en 1953, Betty WRIGHT commence à chanter dès trois ans en intégrant The Echoes Of Joy. La gamine suit en fait la trace de ses aînés, sa sœur Jeanette et trois de ses frères chantent dans cette petite troupe familiale dirigée par leur mère Rosa. La fratrie se produit essentiellement en Floride dans de petites paroisses mais ouvre parfois pour de grosses vedettes (The Staple Singers, Johnnie Taylor).
Betty Wright se convertit à la Soul à 13 ans, suite à un curieux concours de circonstances. Au cours d’un jeu radio, l’adolescente gagne un 45 tours qu’elle doit aller chercher chez un disquaire. En farfouillant dans les bacs du magasin, Betty fredonne quelques airs au nez et à la barbe de Willie Clarke, un producteur local, et du chanteur compositeur Clarence Reid, qui se fera connaître plus tard sous le personnage de Blowfly. Surpris et impressionnés par la voix de la gamine, les deux gus embobinent la gamine qui les emmène chez sa mère. Rosa Wright hésite brièvement à envoyer sa fille cadette sur les chemins tortueux de la Soul mais finit par donner sa bénédiction.

Et oui tout a une fin. Comme de nombreuses consœurs, Betty passe de la musique de Dieu à la musique profane. La gamine a 13 ans quand elle met en boîte ses deux premiers singles composés par le tandem Clarke/Reid pour les labels Solid Soul et Deep City.
Si ces deux 45 tours ne rencontrent aucun succès, faute de moyens et de promo, ils permettent à Clarke et son compère d’intégrer l’écurie Alston Records avec Betty dans leurs valises. Le premier disque de Betty pour Alston « Girls Can’t Do What The Guys Do » passe totalement inaperçu, jusqu’à ce que Judy White, la fille de Miriam Makeba et de Josh White, reprenne le titre pour le compte de Buddah Records en juillet. Par le biais d’Atlantic sa maison mère, Atco prend alors le taureau par les cornes et appuie le 45 tours d’une grosse promotion. Ce revirement permet de transformer une obscurité en une bonne pioche, le titre se classant 15ème dans les charts R&B et 33ème dans le Top Pop 40. Pas mal pour une première, mais c’est en réalité un coup d’épée dans l’eau, aucun des singles suivants ne parvenant à accrocher un Top 100. Malgré ce bilan mi-figue mi-raisin, Atco, le distributeur d’Alston Records, décide de publier un album complet en 1968 alors que Betty WRIGHT est tout juste âgée de 15 ans.
On envoie donc la jeune fille en studio avec quelques compositions triées sur le volet. Pas question de heurter le public ni de faire d’esclandre.

Et oui, on est en 1968 et la Soul connaît depuis peu une passe aussi particulière que délicate. On doit ce changement de cap instauré par de nombreuses maisons de disques à une tragédie qui au premier abord n’a rien à voir avec l’industrie du disque : l’assassinat à Memphis le 4 avril du Docteur Martin Luther King. Ce meurtre va provoquer une vague d’émeutes raciales à travers tout le territoire, plaçant le pays sur une poudrière qui risque d’exploser à la moindre étincelle. Ajoutez-y les manifestions contre la Guerre au Vietnam, cela donne une idée de l’ambiance délétère que traverse le pays. Les staffs des grosses maisons de disques vont alors décider d’apaiser le jeu, du moins durant pendant quelques mois, afin que le pays n’explose pas de l’intérieur. Bein oui, il faut bien que les choses rentrent dans l’ordre pour que le pognon généré par les ventes de disques puisse à nouveau recouler à flot.

Alors, presqu’un demi siècle après sa publication, que vaut aujourd’hui « My First Time Around » ?
A vrai dire pas grand-chose ! L’album est porté par la voix juvénile et claire de son interprète et annonce les prémices d’une riche carrière. Autrement, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les arrangements et l’orchestration paraissent aujourd’hui aussi opulents que patauds. On se demande pourquoi le tandem Brad Shapiro et Steve Alaimo alourdit autant sa production et les arrangements. Les deux anciens musiciens (Shapiro était bassiste de formation et Alaimo un modeste blue-eyed soul singer) en étaient alors à leur début en matière de production. La suite s’annoncera meilleure avec des productions pour J Geils Band, Wilson PICKETT, Millie JACKSON, Bettye Swan ou James BROWN.
Autre problème, hormis « Girls Can’t Do What The Guys Do », aucun titre ne retient l’oreille. Loin de nous l’idée de valoriser les hits accrocheurs, mais avouons qu’une mélodie inspirée permet tout de même une meilleure approche. On a parfois l’impression que les accompagnateurs ont reçu l’ordre de se fondre dans le moule. « Funny How Love Grows Cold » avait les ingrédients pour devenir une pépite de Deep Soul, la guitare de Joey Murcia (futur Latimore, Bee Gees et Joe Walsh) fait un véritable malheur, seul problème on ne l’entend que trop brièvement. « Circle Of Heartbreak », une compo de la chanteuse, méritait mieux mais les arrangements confinent le morceau en un mélange de R&B exotique et de Soul floridienne ampoulée par des congas qui finissent par déboucher sur une indigestion. Si le timbre et le vocal limpide et puissant de Betty s’illustre sur « Sweet Lovin’ Daddy », le titre est parasité par des cuivres aussi mastocs que laborieux.
Autre exemple, « Cry Like A Baby », une bonne compo du duo Dan Penn/Spooner Oldham, pouvait aller à dame, il suffisait de laisser Betty chanter et Murcia balancer quelques envolées, au lieu de gaufrer le morceaux de piano, d’orgue et de cuivres. Ne soyons pas injustes, cette version demeure toutefois bien supérieure aux interprétations postérieures de CHER, Lulu ou Kim CARNES. L’album se termine avec « Just You », un titre enregistré par Sonny & Cher trois ans avant, que le brave Sonny Bono a dû refourguer à Atco pour pas un rond. Alors, bien sûr, le vocal de Betty fait des étincelles et éteint carrément la pauvre CHER, mais encore une fois, il faut s’imaginer la tournure qu’aurait pu prendre ce titre s’il était passé dans les mains de Rick Hall ou des autres rednecks de Muscle Shoals. Là, le chant est pollué par les chœurs des Reid Singers, une trouvaille malheureuse de Clarence Reid, et la batterie d’Eddie Martinez, un manieur de baguettes sans la moindre once de délicatesse.

Pour les amateurs d’anecdotes croustillantes et les adeptes du fameux « Made In France », « Just You » a été adapté sous le titre « Pas Sans Moi » par le duo Akim/Sheila … mais là je m’abstiendrai du moindre commentaire, la découverte d’une telle adaptation étant déjà assez choquante et révélatrice de nos anciennes grandes gloires.

Bon alors, il est temps de faire les comptes : une voix limpide, expressive mais puissante et mature malgré son âge + des titres auxquels on peut reprocher l’absence de mélodies entraînantes et tenaces, du genre de celles qui rentrent dans votre tête pour ne plus en ressortir + un bon batteur avec Butch Trucks (futur Allman Brothers Band et oncle de Derek Trucks) - un cogneur sans feeling tout juste bon à faire des singles publicitaires (Eddie Martinez) - une section cuivre mal embouchée - deux pianistes encombrants - un organiste brouillon et confus - un bassiste pas trop groovy - une troupe de choristes trop présente - une production peu soignée et des arrangements quelconques = une équation des plus fastidieuses. N’oublions pas qu’à l’époque Betty WRIGHT se consacrait aussi à ses études et que la musique ne faisait alors office que de loisir. Au pifomètre, cela doit nous donner une variable entre 2 et 3.
Ce premier disque laisse toutefois présager des possibilités d’une chanteuse hors-norme qui atteindra la postérité deux ans plus tard avec « Clean Up Woman », un hit intemporel qu’elle fera grimper sur la seconde marche des charts R&B et aussi N° 6 Pop. La suite de son parcours en dent de scie restera sincère, malgré de gros trous professionnels. On aura peut-être l’occasion d’en reparler.

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- Betty Wright (chant)
- Joey Murcia (guitare)
- David Brown (basse)
- Butch Trucks (batterie)
- Eddie Martinez (batterie)
- Clarence Reid (piano)
- Arnold Albury (piano)
- Bobby Birdwatcher (orgue)
- The Reid Singers (chœurs)


1. Girls Can't Do What The Guys Do.
2. Funny How Love Grows Cold.
3. I'm Gonna Hate Myself In The Morning.
4. Circle Of Heartbreak.
5. Sweet Lovin' Daddy.
6. Cry Like A Baby.
7. Watch Out Love.
8. He's Bad, Bad, Bad.
9. I Can't Stop My Heart.
10. I'm Thankful.
11. The Best Girls Don't Always Win.
12. Just You.



             



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