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ROCK ALTERNATIF  |  STUDIO

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- Style : Deconstruction
- Membre : Red Hot Chili Peppers, Alanis Morissette , Guns N' Roses, The Cult , Dave Navarro , Perry Farrell
- Style + Membre : Porno For Pyros

JANE'S ADDICTION - Ritual De Lo Habitual (1990)
Par JASPER LEE POP le 16 Mai 2017          Consultée 838 fois

On ne vit pas tout à fait la même expérience en écoutant Ritual de lo Habitual, le deuxième album studio de JANE'S ADDICTION en vinyle et en CD (et je ne parle pas des formats dématérialisés). L'œuvre est clairement scindée en deux avec d'un côté, une première face constituée de morceaux courts, rentre-dedans qui auraient totalement eu leur place sur Nothing's Shocking (ils ont d'ailleurs pour la plupart été composés avant la sortie du premier album) et de l'autre, une deuxième face beaucoup plus atmosphérique, aux morceaux longs, épiques, véritables trips décadents. Le décalage s'appréciait encore mieux en K7 où la différence de durée imposait de patienter quelques 18 minutes de silence après la fin du dernier morceau de la face A avant que l'auto-reverse (si vous en aviez un) ne s'enclenche. Évidemment on n'attendait rarement et on appuyait sur avance rapide mais ce petit entracte était quand on y repense des plus stratégiques pour souffler un peu avant la baffe monumentale encaissée à l'écoute de cette deuxième face hallucinante.

« Messieurs, dames, on a plus d'influence que vous sur vos enfants. Mais on les aime. » C'est sur cette déclaration en espagnol immédiatement suivi du cri de guerre de Perry Farrell (« Here we go ! ») que débute l'album. « Stop ! » est une ouverture parfaite pour prendre le relais de l'album précédent. C'est un concentré en 4 minutes de ce que le groupe sait faire de mieux : structure alambiquée, groovus maximus, changements de tempo, furie baroque, gros riff et solos incendiaires, n'en jetez plus. Les ingrédients n'ont pas changé mais le combo a comme gagné en fluidité. Et pourtant...

« No One's Leaving » et « Ain't No Right » sont des carambolages funk/metal ravageurs qui vous laissent sur les rotules, bordéliques à souhait mais à la mise en place paradoxalement chirurgicale. « Obvious » en rajoute même dans l'orchestration foutraque avec un piano façon honky-tonk désaccordé omniprésent et un Navarro quasiment en solo du début à la fin. Et puis déboule « Been Caught Stealing » avec ce célèbre aboiement de chien (celui de Farrell qui essaie de rentrer dans la cabine voix) qui va faire un carton sur MTV et permettre au rock alternatif de s'engouffrer à sa suite dans la brèche grand public. Plus facile d'accès parce que moins saturée, cette ode complètement immorale au vol (« quand je veux un truc, je le pique ») est une petite perle métissée d'une énergie joyeuse et débordante. Et pourtant...

Et pourtant le groupe a déjà implosé. Navarro fait des allers-retours en cure de désintox, il hésite à rejoindre GUNS'N'ROSES malgré l'insistance d'Axl Rose et ses souvenirs de l'enregistrement n'excèdent pas cinq minutes. Avery et Farrell ne s'adressent plus la parole. Et Perkins... Et Perkins rien, c'est un batteur, on ne lui demande pas son avis. Les quatre musiciens se croiseront en studio sans jamais jouer ensemble. Sauf sur un morceau. On change de face et on saute une ligne, il mérite un paragraphe à lui seul.

Enregistré en une seule prise « Three Days » dépasse les dix minutes et raconte les trois jours de sexe du trio de la pochette*, soit Perry Farrell, sa compagne Casey Niccoli (qui a exercé une influence stylistique certaine sur tout le groupe) et Xiola Blue, une jeune toxico qui mourra quelques mois plus tard d'overdose à 19 ans (je ne veux pas jouer les pères-la-pudeur mais sa relation avec Farrell datait du groupe Psy Com et on est clairement face à un détournement de mineur. À l'époque des rappeurs noirs tombaient pour moins que ça aux USA). Trois jours de sexe sous l'emprise de drogues bien entendu et le morceau est donc tout à la fois sensuel, torride après de longs et tendres préliminaires, puis psychédélique, halluciné, chaotique. Faisant fi de toute structure classique, la chanson part dans tous les sens, change de vitesses, décolle, atterrit pour repartir après des accalmies envapées sur des montées en puissance titanesques. J'en fais trop ? Même pas, c'est totalement casse-gueule, ça fonctionne de façon miraculeuse avec un groupe en état de grâce et ça s'inscrit direct en bonne place dans la catégorie des morceaux de bravoure épiques du rock à côté des Zep, Purple, Floyd et autres. Rien de moins.

Le pire, c'est que le niveau est maintenu avec « Then She Did... », autre morceau-fleuve qui fonctionne comme la deuxième partie d'un diptyque avec « Three Days ». Atmosphérique, mélancolique, la plage aux superbes arrangements (Dave Jerden qui retrouve le groupe pour la deuxième fois signe une production remarquable et intemporelle) est inspirée du suicide de la mère de Farrell alors âgé de quatre ans. On poursuit avec un violon tzigane sur « Of Course », morceau typique des escapades folk de LED ZEPPELIN sur lequel Avery refuse de jouer (à cause de son aversion à l'époque pour le dirigeable?), c'est l'ingénieur du son Ronnie Champagne qui tiendra la basse. Influence du Zep à nouveau sur le pont de « Classic Girl » qui vient clôturer la face deux.

La face A était d'un haut niveau, la B tient du sublime. Mais pour Farrell, le groupe est déjà mort. Il a la tête ailleurs dans l'organisation du festival itinérant Lollapalooza qu'il va créer et dont il sera le porte-parole. La première édition de 1991 à l'affiche de rêve (SIOUXIE & THE BANSHEES, NIN, FISHBONE, BODYCOUNT, LIVING COLOUR...) sera également la tournée d'adieu du groupe qui joue en clôture dans une ambiance chaque soir plus détestable. JANE'S ADDICTION se reformera plusieurs fois mais sans jamais retrouver la magie volatile de Ritual de lo Habitual.

* Le petit bout de quéquette de Farrell vaudra à l'album d'être censuré. Pauvre Amérique puritaine !

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   JASPER LEE POP

 
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- Perry Farrell (chant, piano, guitare)
- Dave Navarro (guitare)
- Eric Avery (basse)
- Stephen Perkins (batterie)
- +
- Charlie Bisharat (violon)
- Ronnie S. Champagne (basse)
- John Philip Shenale (cordes)
- Geoff Stradling (piano)
- Cindy Lair (intro parlée)


1. Stop!
2. No One's Leaving
3. Ain't No Right
4. Obvious
5. Been Caught Stealing
6. Three Days
7. Then She Did...
8. Of Course
9. Classic Girl



             



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