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Joan OSBORNE - Relish (1995)
Par MARCO STIVELL le 26 Août 2017          Consultée 344 fois

De toutes les nouvelles chanteuses américaines devenues star pendant les années 90, Joan Elizabeth OSBORNE est sans aucun doute la plus blues. Née en 1962, elle n'est plus jeune de Sheryl CROW que de quelques mois et, tout comme sa consoeur, elle a dû passer par des années de galère à écumer les bars et clubs avant d'aboutir ; trente-trois ans semble toujours être un âge tardif pour commencer dans l'industrie de la musique. CROW est du Missouri, OSBORNE du Kentucky, elles sont voisines, cette dernière est un peu l'icône de la ville d'Anchorage.

Toutes deux pratiquent une pop-rock qui va plus loin dans le genre americana que tous les bébés et les plus jeunettes, issues des cultures grunge, dance ou autre (Alanis MORISSETTE, pour ne citer qu'elle). Cependant, OSBORNE réussit à tromper son public davantage, à cause du single "One of Us", cette ritournelle pop-folk qui squatte les ondes internationales en 1995-96. C'est le tube locomotive d'une carrière et qui en même temps, scelle son développement. Aux U.S.A., parler de Dieu dans une chanson, si ce n'est pas à sa louange, est déjà un terrain glissant.

Alors, dire en plus dans les refrains "What if God was one of us? Just a slob like one of us", "Et si Dieu était l'un de nous ? Rien qu'un parasite, un bon à rien comme nous", ouais ! Et, pour ne rien arranger, un clip plein de gros plans sur un joli visage féminin garni d'un piercing dans le nez (votre serviteur reconnaît être hautement réfractaire à toute forme de body art, surtout pour une femme, mis à part du maquillage léger). La pétillante Joan OSBORNE, aux boucles dorées, pensait peut-être déjà qu'elle était en train de flinguer son succès à peine gagné. Elle n'en connaîtra plus jamais de tel.

Et pourtant, quelle chanson ! De la pop américaine des années 90 dans ce qu'elle a de plus efficace. Que faire quand vous êtes chanteuse, que vous vous lancez et que vous désirez que ça marche ? Appelez Eric Bazilian. Le guitariste-chanteur de HOOTERS, qui avait déjà fourni un hit à Milla JOVOVICH l'année d'avant (voir chronique correspondante), écrit ce "One of Us" qui nous reste en tête avec un goût d'évidence et de limpidité, de l'intro aux guitares brillantes jusqu'au final.

Dommage aussi que cette ritournelle occulte un album lui aussi excellent de bout en bout. En dehors de ce single très pop, le blues le plus rural influence énormément les chansons, y compris cette reprise minimaliste et superbe de Bob DYLAN, "Man in the Long Black Coat" (extrait du disque Oh Mercy, 1989). D'emblée, on est soufflé par la maîtrise vocale de Joan OSBORNE qui n'hésite pas à forcer sur sa voix lorsque c'est nécessaire et même sonner légèrement fausse pour se mettre totalement dans l'esprit blues, vaudou, écorché.

C'est un timbre qui peut nous caresser ou agir comme un fouet, tel qu'on l'entend sur les refrains de "Right Hand Man", un rock-blues à la ROLLING STONES (en sept temps) étiré en longueur. Le talentueux Bazilian y joue du saxophone tandis que son comparse des HOOTERS, Rob Hyman, égrène les touches d'un piano sale. Le tout sonne très organique, torride, sexuel. Lorsque Joan OSBORNE chante "Let's Just Get Naked", "déshabillons-nous", il y a cette forme d'insistance mesquine à faire monter le désir, tout en sachant qu'on ne peut pas résister, dès le départ.

La production de Rick Chertoff, à qui l'on doit déjà quelques best-seller (She's So Unusual de Cyndi LAUPER, 1983) est fort adaptée à Relish, ce premier effort rempli de compositions intéressantes, dont Hyman, Bazilian et la chanteuse elle-même sont également responsables. Les mandolines, l'ambiance aérienne mais sèche de "St. Teresa" révèlent déjà les préoccupations religieuses d'OSBORNE avant que n'arrive le tube. Sur "Spider's Web", elle rend un hommage vibrant à Ray CHARLES et "Georgia", de façon explicite et jusque dans l'emploi des chœurs.

On se perd volontiers dans les méandres vocaux de "Pensacola" sur fond de piano Wurlitzer et d'orgue. Les chansons ont ce goût d'histoires américaines arides, avec un esprit blues plus traditionnel ou modernisé selon les moments. La boucle électronique de "Ladder" s'oppose au somptueux tandem harmonica/rythmique basse-batterie sur "Dracula Moon". Les riffs de guitares répétitifs installent tout un climat, et encore une fois, il y a la voix. Celle-ci achève de nous convaincre - ainsi que l'album - sur "Lumina" et son caractère de berceuse, morceau employé quelques années plus tard dans le tout premier épisode de la série The Sopranos.

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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Joan Osborne (chant, percussions, guitare acoustique)
- Rob Hyman (piano, orgue, synthétiseur, mellotron, choeurs)
- Eric Bazilian (guitares, mandoline, saxophone, harmonica)
- Mark Egan (basse)
- Andy Kravitz (batterie, percussions)
- + Rick Di Fonzo (guitare acoustique)
- Sammy Merendino (batterie, rythmiques)
- Chris Palmaro (piano électrique, orgue, fiddle, mellotron)
- William Wittman (guitare électrique)
- Rick Chertoff (percussions)
- Leo Osborne (choeurs)
- Lee Campbell (fiddle)
- Omar Hakim (batterie)
- Gary Lucas (guitares)
- Wade Schurman (harmonica)
- Catherine Russell (choeurs)


1. St. Teresa
2. Man In The Long Black Coat
3. Right Hand Man
4. Pensacola
5. Dracula Moon
6. One Of Us
7. Ladder
8. Spider Web
9. Let's Just Get Naked
10. Help Me
11. Crazy Baby
12. Lumina



             



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