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2017 Shade

LIVING COLOUR - Shade (2017)
Par JASPER LEE POP le 18 Septembre 2017          Consultée 1223 fois

C'était le 6 mars 2012, LIVING COLOUR dynamitait « Preachin' Blues (Up Jumped The Devil) » lors d'un concert caritatif hommage à Robert JOHNSON à l'Apollo Theater de New York. Corey Glover y endossait le rôle de prêcheur avec une conviction à toute épreuve et ses trois compères redécouvraient tout sourire la joie de jouer le blues. Et si on avait besoin d'une preuve supplémentaire pour se convaincre que le marché américain a toujours résisté à notre idole nationale, elle est là. Le message n'est pas passé là-bas et les LIVING COLOUR ont eu tendance à oublier que toute la musique populaire venait de là. Du blues. La radicalité de Stain, le troisième album fatal du groupe était certes audacieuse mais on ne peut pas se priver trop longtemps de soleil et les deux opus suivants ont manqué de vitamine D.

Tout à sa surprise devant le plaisir à jouer ce morceau et devant la réception positive du public ce soir-là, LIVING COLOUR décide donc de composer un album dont le point de départ sera le blues. Le point de départ et pas autre chose parce que malgré le pitch servi clé en main aux médias, Shade n'est pas un album de blues, ni même un album de blues-rock. C'est le disque d'un groupe qui fait un pas en arrière pour mieux en faire deux en avant, complètement revigoré. C'est le disque de quatre musiciens d'exception qui se recentrent sur l'essentiel et qui ne jouent plus seulement pour un public de musiciens comme ils ont pu parfois le faire. Celui qui bénéficie le plus de ce retour aux sources, c'est Vernon Reid. Si le guitariste a toujours brillé avec un jeu jazz-fusion et un son abrasif proche d'un Mike STERN période Miles DAVIS (et je recommande vivement son album solo Mistaken Idendity), le type se laissait aussi quelquefois aller à jouer treize notes à la douzaine et pouvait sonner joyeusement foutraque. Plus rien de tout ça ici, le fantôme de Robert JOHNSON est passé par là et Reid a ralenti la cadence, élagué le superflu et ça lui va rudement bien. Ses interventions solo sont mesurées, gorgées de feeling et ses riffs plus aérés laissent la part belle aux lignes de basse d'un Doug Wimbish plus impérial que jamais. Et que dire de Corey Glover dont la voix paraît paradoxalement plus solide à mesure qu'il vieillit ? Puissante sur « Who's That », bluesy donc sur « Invisible » et mélodique à souhait sur « Two Sides ». Ce type est un grand chanteur.

La genèse de l'album visiblement chaotique s'est étalée sur une période de cinq ans et c'est sans doute une bénédiction puisque le groupe a de fait eu le temps de prendre du recul, de faire le tri dans les compositions, de remanier celles sélectionnées. Le résultat est là avec treize morceaux et pas un de mauvais. Plusieurs auraient pu figurer sur le premier album (« Freedom of Expression (F.O.X) », « Always Wrong », « Pattern in Time ») et ce n'est pas un mince compliment. D'autres sonnent plus frais paradoxalement grâce à ce coup de rétroviseur vers le blues tels les excellents « Come On », « Glass Teeth » et « Program ». Les reprises au nombre de trois (le Robert JOHNSON déjà cité, « Inner City Blues » de MARVIN GAYE et « Who Shot Ya » de NOTORIOUS B.I.G) sont tout sauf des bouche-trous et servent parfaitement le propos de dresser un panorama des courants musicaux inspirés du blues.

On rajoutera à ça que la production signée Andre Betts (beaucoup de MADONNA) avec qui le groupe avait déjà travaillé est ultra dynamique, moderne (et pas seulement pour les quelques effets de Dee Jay) et que le mix entre les instruments est exemplaire. On dira également que les invités qui font quelques apparitions (Papy George CLINTON...) et autres featurings puisque certains viennent du hip-hop interviennent à bon escient et ne sont pas là pour faire du name dropping. On n'oubliera pas non plus de rappeler que LIVING COLOUR a toujours eu une conscience sociale affûtée et que les textes de Shade sont autant de commentaires sur les travers de notre époque. On va s'arrêter là. Si vous n'avez pas compris que cet album est bon, il n'y a plus d'espoir. Quelle récompense de voir un groupe qu'on a toujours aimé mais qui s'était un peu égaré (et séparé) sortir un disque pareil presque trente ans après leur premier ! Si en revanche vous ne les connaissez pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

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   JASPER LEE POP

 
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- Corey Glover (chant)
- Vernon Reid (guitare)
- Doug Wimbish (basse)
- Will Calhoun (batterie)
- +
- Andre Betts (claviers, programmation)
- Marc Cary (orgue)
- George Clinton (chant)
- Roosevelt Collier (guitare lapsteel)
- Jason Craig (chant)
- Bernard Fowler (chant)
- Bernard Hawkins (piano)
- Kendra Jones (chant)
- Darli 'malachi' Thomas Jr. (chant)
- Shelley Nicole (chant)
- Martha Redbone (chant)
- Amma Watt (chant)
- Big Sam Williams (trombone)


1. Freedom Of Expression (f.o.x)
2. Preachin' Blues
3. Come On
4. Program
5. Who Shot Ya
6. Always Wrong
7. Blak Out
8. Pattern In Time
9. Who's That
10. Glass Teeth
11. Invisible
12. Inner City Blues
13. Two Sides



             



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