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Carl PERKINS - Dance Album Of Carl Perkins (1957)
Par LE KINGBEE le 9 Avril 2019          Consultée 669 fois

Il y aurait presque de quoi rire à la lecture du titre de cet album. Que les puristes se rassurent, Carl Lee PERKINS n’est pas devenu un chanteur de bal, ni de variété à l’américaine. Ici on a bien affaire à un album de Rockab et de Hillbilly pur jus, c’est tout juste si on ne sent pas l’odeur des champs de coton. Carl PERKINS était probablement loin de s’imaginer qu’il allait écrire une page de la musique américaine lorsqu'un soir d'automne 1955, il se retrouva à Amory (Mississippi) pour assister à un gala dont les têtes d’affiche avaient pour noms Elvis PRESLEY et Johnny CASH.

Né le 9 avril 1932 à Tiptonville, un bourg du Tennessee, Carl Lee est le cadet d’une famille comptant trois gamins. Les Perkins sont bien connus dans la région, ce sont les seuls métayers blancs du voisinage, ils sont encore plus pauvres que leurs voisins noirs. Durant la Guerre, la famille subsiste grâce au travail des trois jeunes frangins, le père Buck, grand admirateur de Jimmie Rodgers, étant malade. Carl commence la guitare à trois ans en jouant sur une boite à cigare agrémentée d’un manche à balais, les cordes étant faites de ficelle à paquet. Le gamin hérite bientôt d’un vieux modèle Gene Autry acheté pour 3 $ à un voisin noir qui lui enseigne ses premiers accords puis passera à une Les Paul. Si Carl a longtemps écouté les programmes Country passant sur les ondes du Grand Ole Opry, il se familiarise également au Country Blues et au Spiritual chantés par les ouvriers agricoles noirs. Dès le début des années 50, Carl est devenu un crack de la guitare, il gagne quelques concours locaux, ce qui lui permet de passer à Home On The Range, une émission radio de Jackson. A partir de 1953, alors qu’il est devenu apprenti boulanger, il joue avec ses frangins (Jay à la guitare, Clayton à la contrebasse) au sein des Perkins Brothers. Le trio anime les soirées à l’El Rancho Club et parvient à passer à l’Opry. Tout baigne pour Carl surtout qu’il épouse Valda, une beauté locale qui l’encourage à se lancer définitivement dans la musique, registre plus artistique que le façonnage du pain.

En octobre 1954, le trio secondé par le batteur W.S. Holland grave trois titres dans les studios Sun de Memphis. Sam Phillips patron de Sun Records retient les titres sonnant le plus Hillbilly et publie un single sur Flip, filiale de Sun. Phillips a dans son chapeau une jeune poule aux œufs d’or en la personne d’Elvis PRESLEY, et il ne tient pas à le concurrencer. En juillet 55, Carl met en boite cinq nouveaux titres avec l’apport du fiddler Bill Cantrel. En aout, Sun publie "Let The Juke Box Keep On Playing" couplé à "Gone, Gone, Gone", un single faisant suite au « Mystery Train » d’Elvis Presley. Mais c’est juste quelques jours avant Noël 55 que Carl Perkins va placer son nom sur la grande carte des héros du Rock n Roll. Le 19 décembre dans les studios Sun du 706 Union Ave, il met en boite "Blue Suede Shoes" et "Honey Don’t". Le premier titre fait en trois prises et dont les paroles ont été écrites en cinq minutes sur le papier d’un sac à patates sort dans les bacs en janvier 56 et se classe à la fois dans les charts Country & Western, Pop et R&B. Carl vient de sortir le premier et le plus grand succès Rockabilly de tous les temps. Pour Sam Phillips alors financièrement aux abois, Carl est du pain béni, il vient de vendre Elvis au géant RCA et le bonhomme croit pouvoir compter sur son nouveau poulain, même si Carl n’a pas le charme d’Elvis. Mais dans la vie, il y a parfois beaucoup d’impondérable. Le 22 mars, Carl est victime d’un grave accident de voiture alors qu’il se rendait au Perry Como Show. C’est de sa chambre d’hôpital que Carl voit Elvis triompher en reprenant sa chanson lors d’un Ed Sullivan Show.

En Europe, si "Blue Suede Shoes" fait son entrée dans les hit-parades c’est via la version d’Elvis. Pour Carl la roue tourne dans le mauvais sens. Excellent guitariste, chanteur efficace et auteur compositeur de premier plan, Carl PERKINS avec son accent de bon petit gars du Sud signera bien quelques succès mais n’accédera jamais au rang de star. Le décès de son frère Jay en 1958, sa signature chez Columbia jusqu’en 1962, un passage chez Decca, une longue addiction à la bouteille ne lui permettront pas de revenir au premier plan. A partir de 1968, Carl accompagnera son grand pote Johnny Cash en remplacement de Luther Perkins (sans lien familial) décédé dans un incendie pendant sept ans. En 1973, Perkins est embauché par Mercury, il se produira au Bataclan en octobre 80, à Pantin en avril 81. Au milieu des eighties, il participe à The Survivors avec Cash et Jerry Lee Lewis, il est invité en Europe pour la célébration des trente ans de "Blue Suede Shoes" jouant alors avec George HARRISON, Eric CLAPTON, Ringo STARR, les STRAY CATS et Dave Edmunds. Il fait une apparition dans le film Série Noire Pour Une Nuit Blanche du réalisateur John Landis. Carl donnera son dernier concert en septembre 97 à Londres, une soirée destinée à recueillir des fonds suite à la catastrophe humanitaire de l’île Montserrat aux Antilles. Carl nous quittera en janvier 1998, victime d’un cancer de la gorge. Mais l’homme restera comme le digne représentant romantique d’un style aujourd'hui révolu.

Soixante ans après sa sortie, Dance Album of Carl Perkins se pose toujours comme l’un des meilleurs album de Rockabilly, peut-être le meilleur et le plus influent. Les BEATLES en reprendront plusieurs titres, les Fab Four citent Perkins et Berry comme les maillons les plus influents de leur répertoire. Aujourd’hui, ce disque neuf (s’il en existe) se négocie entre 150 et 600 €. On ne compte plus le nombre de rééditions et de reproductions. En France, le disque connaîtra une publication via la Société Française du Son et London Records en 1965, disque avec une pochette différente (London HA2202).

Artistiquement, le disque demeure au summum du répertoire sudiste de l’époque. Plusieurs raisons à cela: Perkins n’a jamais cherché à adoucir son répertoire, à l’instar de Presley ou Roy Orbison, afin d’attirer un public plus large. Second constat, la plupart des titres provient d’enregistrements mis en boîte entre octobre 1954 et décembre 56 avec une line-up familiale inchangée. Troisième remarque, au moment où Sun Records publie l’album, Carl négligé par Sam Phillips est sur le point de signer chez la Columbia, Sun n’oriente pas le disque vers des ventes susceptibles de rapporter gros mais vers un répertoire alliant élégance artistique et une sonorité brute de décoffrage. Les treize titres sont issus de cinq sessions s’étalant donc entre octobre 54 et décembre 56, la plus prolifique étant celle de mars 56 avec cinq chansons. Perkins témoigne ici d’un don incontestable pour la composition en étant l’auteur de onze pistes dont trois coécrites. Seuls "Only You" la guimauve de Buck Ram popularisée par les PLATTERS et "Right String Baby, Wrong Yo-Yo" de Piano Red.

On retrouve ici un terroir sudiste authentique et sincère dans lequel le Hillbilly, le Rockab, la ballade et le Blues s’entrecroisent souvent pour le meilleur. Au chapitre péquenaud, Carl PERKINS nous délivre de superbes pièces : le rythmé "Movie Magg", "Tennessee". "Sure To Fall" correspond à une ballade nous emmenant du Tennessee en Louisiane. Autre moment de douceur avec "Your True Love" que lui reprendront Ricky NELSON et Chris ISAAK. Le Rock n Roll est bien sur bien présent ici : "Gone, Gone, Gone", "Honey Don’t" souvent repris mais jamais égalé, "All Mama’s Children" composée avec l’ami Johnny CASH, "Everybody’s Trying To Be My Baby" avec une contrebasse slappée. Figurant parmi ses plus gros succès "Matchbox" figure parmi les titres les plus représentatifs du guitariste, avec un mélange brut de décoffrage mêlant Rockab et Hillbilly énergique, rien à voir avec l’horrible version de Popa CHUBBY, grand spécialiste du massacre. Les amateurs de Bop devraient être comblés avec "Boppin’ The Blues".

Parmi les deux reprises, on retiendra l’humoristique reprise de Piano Red, bien plus convaincante que les essais ampoulés de Jerry Reed ou Glen Campbell. L’interprétation de "Only You" s’avère moins guimauve par rapport sucreries qu’en feront de nombreux artistes. Carl influe une tonalité Hillbilly tandis que les baguettes de W.S. Holland tentent de casser les codes. Impossible de ne pas terminer par "Blue Suede Shoes", morceau qui aurait du valoir à PERKINS une plus grande notoriété si Elvis ne s’en était pas emparé. On notera qu’Albert KING reprendra le titre dans un album en affiliation au King. Avec une rythmique audacieuse, Carl PERKINS délivrait là l’un des plus grands morceaux de Rock de tous les temps avec des paroles simples qui n’étaient en fait qu’une invitation à la danse : "Well, it's one for the money - Two for the show - Three to get ready - Now go, cat, go …".

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- Carl Perkins (chant, guitare)
- Jay Perkins (guitare)
- Clayton Perkins (contrebasse)
- W.s. Holland (batterie)
- Jerry Lee Lewis (piano 11-12)


1. Blue Suede Shoes
2. Movie Magg
3. Sure To Fall
4. Gone, Gone, Gone
5. Honey Don't
6. Only You
7. Tennessee
8. Wrong Yo Yo
9. Everybody's Trying To Be My Baby
10. Matchbox
11. Your True Love
12. Boppin' The Blues



             



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