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CHICKEN SHACK - 100 Ton Chicken (1969)
Par LE KINGBEE le 23 Janvier 2020          Consultée 1353 fois

Vous l’aurez sûrement remarqué : les Anglais ont vraiment le chic pour nous proposer des pochettes pittoresques. On se demande ce qui a bien pu germer dans la tête de Mike Vernon, producteur et patron de Blue Horizon, un label des plus sérieux, pour accepter un tel design ? Photographe attitré du label Blue Horizon mais aussi de Decca et Deram, Terence Ibbott avait collaboré avec le groupe lors du précédent disque. Entre Frère Tuck avec sa soutane, un page portant une ombrelle, un mousquetaire de pacotille et un Robin des Bois scrutant la forêt il faut admettre qu’à première vue ce disque ne fait guère sérieux. Et pourtant, il s’agit d’un très bon disque de British Blues. Consolons-nous, Ibbott fera bien pire avec ses pochettes pour Kathe Green et surtout Gordon Smith et l’album Long Overdue. Si la forêt semble être un important leitmotiv pour le photographe, le pauvre Gordon Smith équipé d’un manteau et d’une chapka piquée au Grand Russe Blanc tenait dans sa main une volaille déplumée.

Natif de Fulham, Stan Webb fait ses gammes dans divers groupes de skiffle. En 1965, il quitte les Shades 5 et s’associe avec Andy Sylvester (le mousquetaire à droite de la pochette) en provenance de Sounds Of Blue. Les deux musiciens rejoints par le batteur Alan Morley fondent CHICKEN SHACK, un trio qui se produit principalement dans la moitié Sud de l’Angleterre en Hollande et en Allemagne. Le groupe s’agrandit avec l’arrivée de l’organiste chanteuse Christine Perfect et se révèle pendant le Festival de Windsor en 1967. En mai 69, le groupe entre dans les charts avec le « I’d Rather Go Blind » d’Etta JAMES, atteignant une honorable 14ème place. Christine Perfect décide alors de quitter le groupe afin de rejoindre son mari John McVie, membre de Fleetwood Mac. Stan Webb se charge alors du chant et l’organiste Paul Raymond en provenance de Plastic Penny est recruté.

La Baraque à Poule nous délivre ici un album de fort tonnage. Si Alexis Koerner, John MAYALL, CLAPTON et Van MORRISON font partie des pionniers du British Blues, Stan Webb et ses Chicken Shack, à l’instar de Peter Green et de FLEETWOOD MAC, peuvent se targuer d’avoir dirigé la relève dans la bonne direction.
Excellent compositeur, Webb créait d’excellentes chansons au moment où d’autres se contentaient de reprendre servilement les titres des bluesmen noirs d’Amérique, voire même de les singer. Contrairement aux STONES, ANIMALS, MOODY BLUES ou YARDBIRDS, qui allaient se retrouver, bien malgré eux, à la tête d’une nouvelle étiquette Rock résolument plus ancrée dans le Blues que le Rock n Roll d’origine, CHICKEN SHACK se situe ici dans un registre de Blues pur. Habile songwriter, Stan Webb délivre pas moins de cinq compositions. L’instrumental « Evelyn » associe Jazz et Blues, les claviers de Paul Raymond renvoient vers l’orgue de Booker T. Jones, tandis que la guitare tranchante évoque par sa précision Steve Cropper. Seul titre du disque à figurer sur un single, « Tears In The Wind » pose ses fondations sur un rythme terriblement lent mais accrocheur. La section rythmique en vraie gardienne du temple permet de mettre la guitare au diapason. Autre instrumental d’envergure, « Horse And Cart » pourrait servir de pont entre Freddie KING et Pee Wee Crayton avec une guitare qui touche sa cible à chaque note. Alors que de nombreux guitaristes proposent souvent des cascades de notes qui finissent invariablement par tomber en eau, Webb n’a besoin ici que d’une ou deux notes. Le groupe durcit le tempo avec « Still Worried About My Woman, titre sous influence Freddie King.

Les reprises qui proviennent d’inusités proposent un alliage remarquablement bien ciselé. Hit mineur de Clarence Carter « The Road Of Love » avait été repris par Ted Taylor, chanteur au falsetto remarquable. Si le chant de Webb n’a pas l’attrait de ses deux prédécesseurs, la fusion entre l’orgue hyper Jazzy, la basse bien ronde et la guitare qui alterne entre touches sobres et des fulgurances bien stridentes met le morceau au firmament. Compo de Rudy Toombs pour Freddie King « Look Ma, I’m Crying » se boit comme du petit lait sur un tempo aussi lent qu’ensorceleur avec une bonne participation de la section rythmique et un orgue qui fait office de seconde guitare. Grand classique de Lowell Fulson « Reconsider Baby » sera repris à toutes les sauces par toute une pléiade d’artistes (de PRESLEY à Ike et Tina Turner), mais le combo nous dresse ici un shufle sans faille qui ne s’éternise pas.
Cette chronique toute subjective permettra au passage de rectifier une petite erreur : si « Weekend Love » a bien été chanté par Clarence Carter, il s’agit d’un titre du prolifique George Jackson. La voix se tend et prend une tournure aigue surprenante avec en bout de ligne une interprétation plus urbaine que l’original, le morceau se terminant par un bref et curieux passage de piano. Autre superbe pioche avec « Midnight Hour », un Rockin’ Blues de Clarence « Gatemouth » Brown dans lequel la guitare prend son envol ; pour un peu on croirait entendre le guitariste Jimmy Spruill. Le disque s’achève avec « Anji », célèbre instrumental électro acoustique de Davy Graham, l’un des pères de la musique du monde, que tout guitariste en herbe a essayé de jouer.

Terminons ces modestes lignes en apothéose avec « The Way It Is »⃰, une compo du guitariste. Titre le plus long de l’album, on est ici en mode slow blues pour un grand moment de torpeur, comme si on était en apesanteur. Tout ici semble dessiné comme sur du papier millimétré, la batterie, la basse hyper groovy, le nappage d’orgue et la guitare qui touche en plein cœur à chaque note. Une vraie machine de guerre parfaitement huilée et sans le moindre grain.

Troisième galette de CHICKEN SHACK, « 100 Ton Chicken » représente l’un des Must de la production anglaise des années 60. A notre humble avis, le meilleur album studio du groupe. Une cohésion sans faille, un répertoire terriblement efficace et sans esbroufe font de ce disque une pièce de choix. La suite sera malheureusement moins rose pour Stan Webb et les déconvenues vont se multiplier. On vous racontera peut être la suite dans un autre épisode. Sans la reprise de Davy Graham qui ne s’imposait pas, ce disque aurait été gratifié de la note maximale. Note réelle 4,5.

Si le pressage d’origine se négocie aux environs des 300€, on conseillera aux amateurs de s’orienter vers une réédition. Certaines éditions en format CD proposent deux titres bonus.

⃰Rien à voir avec le hit homonyme de Bruce Hornsby.

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   LE KINGBEE

 
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- Stan Webb (chant, guitare)
- Andy Silvester (basse)
- Dave Bidwell (batterie, congas)
- Paul Raymond (piano, orgue)


1. The Road Of Love
2. Look Ma, I'm Cryin'
3. Evelyn
4. Reconsider Baby
5. Weekend Love
6. Midnight Hour
7. Tears In The Wind
8. Horse & Cart
9. The Way It Is
10. Still Worried About My Woman
11. Anji



             



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