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2020 Süeür

SÜEÜR - Süeür (2020)
Par K-ZEN le 5 Juin 2020          Consultée 952 fois

The House That Jack Built est le dernier long-métrage de Lars Von Trier. Un film impitoyable mais drôle malgré la gravité du propos décrit. On y découvre l’épopée de Jack, un tueur en série maniaque en quête du « crime parfait » au sens artistique et même philosophique du terme. Au cours d’une conversation avec un mystérieux interlocuteur sur ses motivations profondes, Jack nous présente ainsi "la valeur des icônes" par l’évocation de deux exemples : le célèbre chêne sous lequel Goethe et son secrétaire Eckermann aimaient à se reposer pendant leur ballade sur l’Ettersberg, arbre qui s’est retrouvé au cœur de l’horreur et du camp nazi de Buchenwald et la sirène de Stuka, du nom d’un célèbre avion allemand, inoffensif par ailleurs, qui faisait retentir son signal lors de ses piqués, dans un but uniquement psychologique, pour provoquer l’effroi sur les populations au-dessous.

Si l’on revient au cadre strict de cette chronique, notre icône est ici visuelle. Comme évidente. Il s’agit de la pochette de cet album, emblématique, assez puissante pour pousser le chaland à l’achat. Contrairement à ce qu’affirme Magritte, ceci est bel et bien une pipe. Apparente. Décrite dans les notes du livret comme une "photo prise sur le vif à 3h15 du mat à Paris du côté des Arts et Métiers", on distingue donc sur cette pochette un instant cru et volé à l’arrière d’une voiture de sport. Très probablement que sans cette jaquette, je serais passé à côté de cette sortie, par ailleurs plutôt anonyme de 2020. Pour seules infos supplémentaires, deux éléments. Le logo Parental Advisory en haut à droite. Comme un gage de qualité. De l’autre côté, le nom du collectif. süeür. Tel qu’il apparait. Avec deux trémas. Et trois têtes de gondole, comme Cerbère : Théo Cholbi, chanteur et parolier, Florian Serrain, responsable des cordes et Léo Goizet, batteur.

Le contenu est à l’image du contenant. Un hip-hop nocturne et torve, qui explore les bas-fonds et le caniveau et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Pas une trace de black metal ici, mais une noirceur similaire à celle de Diapsiquir. Et une fraîcheur digne des plus glaciaux groupes de cold wave. "Petit Jack", "l’immense Peut-Etre", "Migrants" – par ailleurs comptine particulièrement agaçante, est-ce l’effet recherché ? - sont autant de froides et sordides vignettes entre insolence et incompréhension, entre vendetta et incommunicabilité, entre filles faciles et misanthropie, entre peines de cœur prépubères et déracinement. L’instru brille par l’omniprésence de la basse ; dans les notes de la pochette, figurent des remerciements conjoints à EMINEM et JOY DIVISION. Niveau MC, la filiation avec Bertrand Cantat est nette, notamment lors des parties les plus spoken, jusque dans la voix de Théo Cholbi qui frise la ressemblance troublante avec celle du Bordelais ("Quand La Logique"). Leurs goûts sont également similaires. Dans une session pour Basique sur France 2, le groupe choisit de reprendre "Thank You Satan" de Léo Ferré, Théo qualifiant la musique de Ferré de "rap". On ne peut lui donner tort. "Il N’Y A Plus Rien", ce n’est rien d’autre que du hip-hop conscient.

Süeür n’en est pas encore là, mais il se trouve en bonne voie. Celle de son premier single, MTM (Sur Ma Vie) qui s’impose comme la pièce maîtresse de l’album. Un titre possessif et carnassier, avec son petit synthé vacancier-cocotier, son refrain catchy-noisy qui n’a aucun sens et son break qui le souligne. Un break anthologique, par ailleurs, déjà : "Je ne sais plus à quoi j’ai voulu faire contresens ; mon cœur dans son écrin ; mon âme dans son pare-balles". Dans le clip de cette chanson – qui aurait circulé un temps sur CStar et W9 -, on peut voir le personnage incarné par Théo transporter dans sa voiture ce qui s’apparente à un cadavre, le remettre bien droit dans son siège juste après avoir pris de l’essence, puis s’adonner à une cérémonie vaudou dans les bois, à la nuit tombée. A la place de Fame de David BOWIE, Matt Dillon aurait très bien pu fracasser le crâne d’Uma Thurman sur cette bande-son, parfaite crise d’épilepsie syncopée et asynchrone.

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   K-ZEN

 
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- Théo Cholbi (mc)
- Florian Serrain (basse)
- Mathieu Daquin (claviers)
- Alxs (claviers)
- Léo Goizet (batterie)


1. Quand La Logique
2. Petit Jack
3. Malfamée
4. Mtm (sur Ma Vie)
5. Ridé Tout Paris
6. En Equilibre
7. Peut-etre
8. Pleure
9. Migrants



             



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