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POST-PUNK/HARDCORE MUTANT  |  STUDIO

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MISSION OF BURMA - Vs. (1982)
Par K-ZEN le 9 Octobre 2020          Consultée 191 fois

« Tout vient à point à qui sait trépigner ». Ainsi parlait le lapin à la tortue. A moins que ce ne soit John McClane à Rambo. Je m’égare.

Pendant ce temps, dans la fourmilière, le processus suit son cours. MISSION OF BURMA poursuit son acclimatation. Nous sommes à présent en l’an de grâce 1982. Les Bostoniens conservent le champ lexical de la guerre et de l’opposition pour intituler leur premier longue-durée. Dans la lignée de Academy Fight Song et des sirènes, des appels et des marches (militaires) voici venir Vs. Ou versus dans sa version non amputée.
Il s’agit – comme son suffixe l’indique clairement – d’un mot latin signifiant « par opposition à ». On l’emploie principalement en sport, dans le cadre des présentations des concurrents d’un match de catch, comme un appel au défi ou une invitation pour voir qui sera le plus vaillant. On retrouve ce terme parfois également utilisé en linguistique, un marqueur de contraste entre deux noms de genre différent. Ou deux nombres de parité distincte.
« Secrets » s’avère une ouverture judicieuse. Sa structure s’apparente à un défi bien évidemment. Après un ralentissement et ses manipulations électroniques dans un hangar frigorifique, qui le distinguent d’une simple cavalcade punk à toute vitesse, les arpèges acoustiques font leur apparition simultanément à la première ligne de chant. « Ce n’est pas qu’un clignotement ». Non, c’est un passage en hélicoptère à un feu tricolore qui était pourtant rouge.

Du côté des autres premiers nombres impairs, ça va plutôt bien aussi.

L’éthéré "Trem Two", exposant son chant partagé entre CONLEY et MILLER, est un voyage. Un regard par la fenêtre d’un train, dans la ville de notre enfance, sous la pluie. Un instant « où les pensées renaissent ». Où l’on revit. C’est également un titre qui annonce déjà des années de revival post-punk (EDITORS, INTERPOL) à venir. Le très Floydien "Dead Pool", superbement interprété par CONLEY, décrit un acte manqué. « Je n’avais besoin que d’un indice ». Un manque de clairvoyance, à moins que ce ne soit une partie perdue de Cluedo. Ce n’était donc pas le colonel Moutarde dans la salle de bains utilisant le chandelier. "Mica", dernière partie tribale de ce triptyque numéral, s’engage sur un riff caractéristique qui s’accélère peu à peu. Le mystère demeure cependant. Quelle est cette personne qui veut « se coucher dans ces draps humides et glacés » ? Une présence que l’on souhaite éviter ? A laquelle échapper, en devenant « un dépôt minéral, une boule de mica » ?

Peut-être est-ce celle de l’hyperactif "That’s How I Escaped My Certain Fate" qui, sous couvert de bienveillance, se félicite de ne pas s’engager dans un futur commun qui pourrait bien être un mariage. Tout aussi régressif, "The Ballad Of Johnny Burma" n’est pas aussi stupide qu’il en a l’air, s’éveillant sur une phrase hommage à l’Etranger de Camus. Ces deux titres sont en tout cas les plus incisifs du recueil, que BURMA a voulu plus fidèle aux décibels déployés lors des concerts.

Moins concis, "Learn How" avec son riff massif sonne comme un mode d’emploi d’utilisation d’une lessive en boîte. "New Nails", armé de sa trompette et de ses références bibliques inaugure une série de chansons politisées. Ici, la religion organisée en prend pour son grade (« Ne faites pas de moi une idole »). Plus loin, c’est le progrès qui est tourné en ridicule, un « mythe plaisant », qui rend la vie du narrateur « utile ». Un écho au monde individualiste de l’époque qui ne sied guère aux BURMA (« Ok/No Way »). Enfin, une prise de conscience écologique traverse le claustrophobe et intense "Weatherbox".

Finalement, plus qu’une opposition, c’est une conjugaison qui est à l’œuvre dans Vs. On la retrouve dans le choix du premier single extrait de l’album, "Trem Two", associé à "Ok/No Way". Elle est matérialisée aussi visuellement sur la pochette de ce Vs., bien mieux réussie que celle de Signals, une illustration qui symbolise ainsi parfaitement la complexité de la musique de MISSION.

On observe dans un premier temps un grillage, parfait quadrillage d’arrière-plan. Il représente la dureté du propos punk, source des compositions du groupe, mutant en noise rock par instants. Mais tout autour du grillage s’entrelace la deuxième partie de notre diptyque. Une agréable et envahissante végétation, bourgeonnant sous la forme de fleurs bleues, si bien qu’on ne distingue bientôt plus que cela, prenant l’avantage sur la clôture. Ces bleuets ou quel qu’ils soient, symbolisent ce Q.I mélodique bien au-dessus de la moyenne, à l’image de HÜSKER DÜ qui oscille entre punk hardcore et pop bruitiste voire psychédélique ou même de SONIC YOUTH dont BURMA ne partage pas seulement la nationalité mais également la science de l’agencement des moments calmes et violents. La diversité des voix – tout le monde prenant le chant excepté Martin SWOPE, le manipulateur électronique – les entrelacs de guitares cristallines, cet aspect atmosphérique, détaché, quasi désertique, qui se dégage des titres les plus ambitieux et « progressifs » du recueil. Le producteur Rick Harte souligne aussi cette dichotomie mais en opposant cette jaquette avant « matins glorieux » à la photo arrière où sont croqués des « loups gris ».

Un an après la sortie de Vs., MISSION OF BURMA se séparera, en raison des acouphènes du guitariste et chanteur Roger MILLER, conséquences des volumes sonores conséquents des concerts, laissant ce disque prometteur sans suite excepté des compilations ou albums live posthumes. Du moins jusqu’aux années 2000. Le crève-cœur "Einstein’s Day" attend ainsi patiemment son successeur, ou la « tornade » toute proche, « les chaises près des fenêtres ».

« La nuit tous les fourgons sont gris ». Vs. s’écoute comme on fait ses bagages avant de filer dans un aéroport. Pour un trip a la Couvertoirade ou au Çatung, dictature imaginaire limitrophe de la Birmanie, en quête de révolution ou de sensationnel, accompagnant Spirou et Fantasio, équipés de leurs appareils photos et carnets de notes. Qu'importe le flacon. John Madflying s’occupe de tout.

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- Martin Swope (manipulation de bandes, boucles, percussion)
- Clint Conley (basse, chant, percussion)
- Roger Miller (guitare, chant, piano, trompette, percussion)
- Peter Prescott (batterie, chant, percussion)


1. Secrets
2. Train
3. Trem Two
4. New Nails
5. Dead Pool
6. Learn How
7. Mica
8. Weatherbox
9. The Ballad Of Johnny Burma
10. Einstein's Day
11. Fun World
12. That's How I Escaped My Certain Fate
13. Laugh The World Away
14. Forget
15. Progress
16. Ok/no Way



             



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