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- Membre : Melissa Auf Der Maur , Tony Iommi

The SMASHING PUMPKINS - Zeitgeist (2007)
Par MR. AMEFORGEE le 20 Août 2007          Consultée 6629 fois

On le sait, le rock est une religion. Un polythéisme. Avec ses dieux, son panthéon, ses héros, ses prêtres. Avec ses multiples ordres, ses chapelles, ses régiments. Avec ses évangélistes à la plume emphatique et ses fan(atiques) prosternés devant autant d’albums cultes sous forme de temples portables (voire téléchargeables, c’est le pied). Le rock est une religion, c’est aussi une métaphore usée jusqu’à l’os, un lieu commun assez facile à réutiliser. Pour écrire une chronique par exemple. Mais concernant les Smashing Pumpkins, l’emploi du symbole n’est pas fortuit : Billy Corgan, en grand pontife, a fait sien cette image, l’a intégrée, purement et simplement, à son discours. A sa mythologie personnelle.

Un premier indice : l’album Machina & the Machines of God, qui pose l’idée et permet une relecture des précédents Pumpkins à renfort de mises en abyme. Glass, c’est Zero, c’est aussi Billy Corgan. Billy Corgan c’est aussi le groupe, les Smashing Pumpkins, c’est-à-dire les Machines of God. Ô vicissitudes de la métempsycose ! En 2000, le groupe est dissout, et les membres continuent leur route seuls. On file la métaphore : traversée du désert. Ok, il y aura un album solo qui fleure bon la new-wave de la part de Corgan, et avant cela, le gentil essai du groupe Zwan : Mary Star of the Sea. Sans décortiquer l’album en question, il suffit de voir l’un des clips pour saisir la portée de l’image (« Lyric ») : Billy Corgan, sorte de Jesus cool se balade peinard dans les rues avec tous ses copains apôtres. Et puis après ils font un barbecue, parce que c’est marrant. Mais pas trop longtemps. Parce que, comme chacun sait, le peuple, c’est l’opium du prophète. Et Billy Corgan a besoin de la foule. Des clameurs galvanisées. Du feu de gloire.

C’est donc ainsi qu’il réactive les Smashing Pumpkins, son porte-voix sacré, celui qui l’a institué légende du rock. Il n’y a qu’à le voir en concert, en soutane, faire des signes imités du culte « je vous bénis », merci beaucoup. Avec le batteur, Jimmy Chamberlin, seul élément un tant soit peu irremplaçable, fidèle lieutenant, dont l’absence sur Adore avait déjà provoqué un changement de style radical. Les deux autres sont interchangeables, c’est ce que nous suggère le messie à tête de Nosferatu, à raison ou non : il suffit d’un guitariste qui possède des cheveux noirs et que ses traits révèlent des origines sino-américaines (Jeff Schroeder) et d’une bassiste, une fille jolie si possible et un peu blonde (Ginger Reyes). Certes, il rajoutera aussi une claviériste (Lisa Harriton), mais cela importe peu. Zeitgeist est le produit des deux musiciens originels, aidés à la production par Terry Date (Pantera) et Roy Thomas Baker (Queen).

La problématique à laquelle se retrouve confronté Corgan, c’est : comment revenir ? C’est-à-dire, comment revenir en force, avec fracas, par la grande porte. Comment reconquérir un public qui a peut-être quelques souvenirs du glorieux passé des Citrouilles, mais qui se fiche éperdument de ce qu’ils deviennent. Comment relever les murs d’un temple à l’abandon. Ainsi, Zeitgeist, « l’air du temps », est construit, au sens fort du terme, pour répondre à l’épineuse équation : ce sera un album de culte (la préposition est d'importance), une relique tout neuve, taillée sous les burins du marketing divin, destinée à emporter l’adhésion des masses, celles qui aiment le rock tout du moins.
Et d’abord légitimer musicalement le retour des Smashing Pumpkins (pourquoi ne pas continuer en solo ?) : ce sera donc l’abandon des sonorités new-wave qui faisaient la force d’Adore et la faiblesse de Machina et la réapparition du « gros son », sale, boueux, apparenté au grunge, soutenu par la rythmique quasi-tribale de Chamberlin. Conséquemment, on se retrouve quelque part entre Siamese Dream et Mellon Collie and the Infinite Sadness. Un « 7 Shades of Black » n’est pas sans évoquer les tumultes d’un « Bodies » et le spasme musculeux de la basse sur « (Come On) Let’s Go » ne nous rappelle-t-il pas les ardeurs irrésistibles d’un « Zero » ? On pourrait sans doute jouer plus précisément au jeu des ressemblances, mais cela n’aurait que peu de pertinence : s’il y a des réminiscences, quelques allusions au passé, à l’identité du groupe (et donc légitimation du retour), il n’est nullement question de copie conforme.

Sur la forme, Zeitgeist arbore deux facettes, inextricablement mêlées. Dans cette optique, le visage « rock dur », tout en démesure et indélicatesse, qui semble prédominant au premier abord, ne se limite pas à remuer quelques reliquats d’accords saturés d’un temps où Nirvana faisait vibrer les échines. C’est toute l’ascendance du rock sauvage, option heavy metal et coup de pied dans ton cul, qui est ici convoqué, parfaitement digérée et réinterprétée, des Black Sabbath à Scorpions, en passant par Jimi Hendrix, Queen, Iron Butterfly jusqu’aux inévitables Stooges, et on en passe. D’où ce son crade, enveloppant, que d’aucuns jugeront excessif, qui fait s’écraser les basses en une mixture parfois informe. Pour autant, les armadas de guitares convoquées, toutes en dissonances et en lave furibonde, parviennent à régurgiter un semblant d’harmonies, comme sur ce « Doomsday Clock » qui annonce la couleur. C’est la face épique de l’album, quelque chose qui vient de l’époque néandertalienne et qui ravage les tympans sans concession mais sans déplaisir (et c'est peu dire).
Toutefois, l’habit ne fait pas le moine comme le veut le proverbe, et l’on s’en avise en considérant l’autre facette de Zeitgeist, celle d’une pop qui se veut accrocheuse, assez facile d’accès. Et cela ne se limite pas au seul « That's the Way (My Love Is) », dans la tradition des petites sucreries pumpkinsiennes. D’une part, l’album vise l’efficacité et rejette la dispersion : tous les titres tournent aux alentours des trois-quatre minutes, exception faite de « United States », ce qui en fait le disque le plus court depuis Siamese Dream (52 minutes, excusez du peu). Ensuite, si l’on parvient à faire fi du magma qui en impose au début, il s’avère que les mélodies sont là. Accrocheuses, prêtes à se laisser cueillir. Portées par la voix claire, parfaitement calibrée de Billy Corgan, qui ne hurle plus et se contente plutôt de poser le mot juste d’un ton tantôt tranchant, tantôt caressant. Cette manière pop de chanter, qui contraste avec les dehors heurtés des arrangements, est sans doute l’une des bonnes trouvailles du disque. Certaines mélodies sont peut-être plus faciles à appréhender, et dont « Bleeding the Orchid », tempo ralenti, chœurs et accents désabusés, et « Neverlost », avec sa petite ritournelle en simili-marimba et son velouté d’orgue crépusculaire, constituent les meilleurs exemples. Ce sont peut-être aussi les très radiodiffusables et entraînants « Bring the Light » et « (Come On) Let’s Go », qui renvoient autant à la power pop qu’au hard fm. Ensuite, avec cette habileté à caser le mot « love » dans quasiment tous les titres, on ne pourra nier l’intention œcuménique de notre prophète ès cucurbitacées.
Cette orientation musicale est vouée à rallier les suffrages, et en terme de technique de vente (religieuse), peut passer pour un bon coup de maître artisan. Aller dans le sens du poil, sans pour autant se donner. Etre facile, mais pas pute (marchand du temple).

Mais il y a encore un argument pour revenir au premier plan, la rock-star adulée par les peuples. Et nous parlerons ici du fond : Zeitgeist, c’est l’air du temps, le climat culturel d’une époque donnée. Et aux Etats-Unis, en cette époque de médiatisation à outrance, de manipulation par l’image et de guerre interminable en Irak, le climat ne sent pas la rose (il se réchaufferait même, parait-il). L’occasion d’un engagement politique pour Corgan, qui manie une plume à la fois acide, désabusée et néanmoins promesse d’espoir, comme il sied à quiconque se prétend prophète. L’engagement a permis l’érection de dieux de la musique populaire il fut un temps, même sur un malentendu, et ce n’est pas Dylan qui me contredira. La pochette qui orne l’album résume en substance le propos, avec l’ambiguïté intelligente qui va avec : la Statue de la Liberté, trônant seule au milieu des flots. La lecture pourrait être patriotique, tout comme l’interprétation du morceau « For God and Country » (« I want to live for God and country… »). Mais l’artiste (Shepard Fairey) nous parle en réalité du réchauffement climatique et de l’inconséquence américaine, ou tout du moins de son gouvernement (et le symbolisme des photos du livret nous renvoie en sus à la tyrannie des médias qui lui est corrélative), tout comme la clé du morceau nous est donné par la musique : mode mineur et chant déprimé, qui n’a rien à voir avec un quelconque appel enthousiaste à la croisade. Le point culminant du propos restera assurément le morceau fleuve « United States », qui se lève tel un Léviathan (référence philosophique inside), dans toute sa pesanteur sabbathienne, riffs heavy et psychédéliques, interminables, hypnotiques et mortifères, et en appelle à la révolution des consciences.

Avec tous ces éléments, on se dit qu’on tient là un album d’une qualité assez rare. Pas parce qu’il ferait avancer l’histoire du rock, mais parce qu’à vouloir capter l'air du temps, il semble d’emblée intemporel, brassant les multiples influences tirées d’autres époques. Parce que tout semble si facile. Pop, mais violent. Hard, mais accessible. Alors que la performance n’a sans doute rien d’évident : tout est question d’équilibre et de justesse dans le déséquilibre. C’est presque du miracle pour un groupe qui revient, surtout après un Machina, qu’on disait déjà « retour au rock », raté et dont Zeitgeist se révèle en fait l’exact antithèse.
Et il faudra remarquer qu’il n’y a guère de déchet dans cette nouvelle offrande. Allez, « Starz », avec sa rythmique martiale facile, paraît un peu faible (on trouvera la version folk donnée en concert bien meilleure), et le final « Pomp and Circumstances » est un hymne au mauvais goût, sorte de B.O. pourrie pour Jeux Olympiques : ostinato de synthé tout droit sorti des chutes des Chariots de Feu de Vangelis, chant niais à la Coldplay et solo de guitare à la Brian May we-are-the-champions ; mais passé quarante écoutes (nombre rédempteur, s’il en est), il s’avère supportable. C’est peu comparé aux nombreuses pépites, presque déjà toutes citées, et dont « Tarantula » constitue peut-être le pinacle. Hommage à Scorpions et à U.F.O., rythmique bondissante et guitares héroïques sans cesse relancées, avec les courts solos qui déchirent et le break qui va bien, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un tube.

Alors, on pourra ne pas goûter à la démesure, à la mégalomanie des Citrouilles. Mais il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit que d’un jeu. Don Quichotte Corgan se rêve prophète comme le fait un enfant qui jouerait à être un super héros ; il suffit de capter son regard perdu, en plein concert, face au tumulte de la foule qu’il suscite pour le deviner. Un grand enfant cynique qui a compris comment le monde tourne et qui en use. Trop bruyant pour les uns, trop mélodique pour les autres, Zeitgeist manquera peut-être sa cible. Et puis la concurrence est rude, à l’heure des revivals, n’y a-t-il pas déjà un bon lot de prophètes prêts à l’emploi, au rang desquels un certain Jack White, tout caparaçonné d’une armure en ledzeppelin, ferait peut-être figure de sérieux rival ? Mais de toute façon, peu importe ces histoires de religion et de concours de bites : ce n’est qu’une parole, le mythe. Et tout ce dont on est sûr, c’est que le plaisir à l’écoute de Zeitgeist, lui, n’a rien d’illusoire et que le retour des Smashing Pumpkins est bel et bien réussi.

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   MR. AMEFORGEE

 
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- Jimmy Chamberlin (batterie)
- Billy Corgan (tout le reste)


1. Doomsday Clock
2. 7 Shades Of Black
3. Bleeding The Orchid
4. That's The Way (my Love Is)
5. Tarantula
6. Starz
7. United States
8. Neverlost
9. Bring The Light
10. (come On) Let's Go!
11. For God And Country
12. Pomp And Circumstances



             



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