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2017 Amor Fati

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Bertrand CANTAT - Amor Fati (2017)
Par K-ZEN le 4 Septembre 2023          Consultée 926 fois

Triste anniversaire.

Il y a quelques jours, cela faisait vingt ans tout pile que Marie Trintignant nous quittait, dans des conditions aussi sordides que mystérieuses. Nous ne saurons probablement jamais complètement ce qu’il advint au cœur de cette nuit balte et c’est peut-être tout aussi bien comme ça. Bertrand CANTAT demeurera avec ses souvenirs et ses regrets comme il en avait fait part lors d’une interview aux Inrockuptibles, voire certains secrets encore blottis dans son inconscient, et c’est sans doute cela la vraie prison, plus que l’enfermement derrière des barreaux concrets.

Entre 2017 et 2023, l’état d’esprit a peu changé. L’impression semble être à une amplification d’un mouvement de fond. Comme toute chose, cela revêt des aspects positifs et des dérives. Gérard DEPARDIEU rencontre actuellement quelques soucis pour se produire sur scène via ses reprises tirées du répertoire élaboré par BARBARA ou même défendre son tout dernier film, empêtré dans des accusations d’agressions sexuelles se multipliant jour après jour et ayant même mené à une mise en examen.

Il ne s’agit pas de mettre en cause ces témoignages. Ils existent, mèneront à des investigations poussées pour faire la lumière et celle-ci se manifestera au moment voulu. Cependant, jusqu’à preuve du contraire, il reste présumé innocent, nous ne sommes pas aux États-Unis, système à la procédure accusatoire – par opposition à inquisitoire en France – où la défense a la charge de prouver son innocence une fois inculpée.

Ce qui est proprement insupportable, ce sont ces images qu’on a pu voir de militants bloquant l’accès à la salle de spectacle ou intimidant les personnes détentrices d’un ticket. Une police de la pensée culpabilisante s’adjugeant le droit de décider de ce qui est bon ou pas pour le quidam moyen. Merci mais non merci, je nous crois assez capables d’éviter la conception d’un monde binaire simpliste, de réfléchir par nous-mêmes et d’en assumer pleinement les conséquences même en cas d’erreur ! Léo FERRÉ disait assez justement à ce propos dans "Préface" : N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale/C'est que c'est toujours la morale des autres.

En 2018, Bertrand CANTAT était la cible de cette cabale – certes d’une autre nature et à considérer tout à fait différemment puisqu’en pleine vague #MeToo et accusé une nouvelle fois de violences, conjugales mais pas seulement – l’empêchant de défendre convenablement son dernier disque sorti quelques mois plus tôt en 2017, Amor Fati, projet arborant son nom mais dans lequel on retrouvait toutefois les musiciens composant DETROIT dont l’homme à tout bien faire Pascal HUMBERT. Le chanteur apparaît de profil sur la pochette, difficile à clairement identifier, pris au piège dans flammes ou vagues. Un quadrillage fléché complète le paysage, boussole permettant de recomposer cet étrange intitulé en agissant anti-trigonométriquement.

Amor Fati est une locution latine introduite par Friedrich Nietzsche au XIXème siècle, signifiant littéralement amour du destin. Un concept que l’auteur illustre par cette phrase tirée du Crépuscule des Idoles publié en 1888 : Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. Aujourd’hui, cette phrase est devenue communément symbole de résilience : voir dans les évènements chaotiques et négatifs jalonnant la réalité d’une vie l’opportunité de se dépasser et d’en tirer du positif. Cependant, l’intention première de l’auteur allemand était de considérer que seul un certain type d’individus – dont il considérait faire partie – pouvait s’élever dans l’adversité et que cette action n’était pas forcément accessible au commun des mortels.

Non content de titrer le recueil complet, cette expression est également utilisée comme fil conducteur de la seconde chanson, le plat de résistance du haut de ses six minutes, dans laquelle on retrouve également le concept d’éternel retour, Nietzsche défendant qu’une vie serait une boucle temporelle et qu’il faudrait donc la mener du mieux possible. CANTAT en profite aussi pour y régler ses comptes à la OK Corral, certaines lignes dégoulinant de bile et de vitriol. L’écriture, toutefois, semble céder à quelques facilités, nous rendant au mieux circonspects, au pire légèrement gênés (Et t'as mauvaise haleine on dirait Sue Ellen). À bien y voir, on pouvait déjà s’en apercevoir dès le premier titre nommé "Amie Nuit" et invitant cependant judicieusement le trompettiste Erik TRUFFAZ. Musicalement, indéniablement, "Amor Fati" demeure un titre honorable, un rap lancinant, mettant en scène un plan de basse parfait accompagné d’un riff dingo et quelques carillonnements légers.

L’autre titre intéressant se trouve être "Excuse My French", cyberock enragé décrivant les immensités urbaines, l’incommunicabilité en découlant, une solitude goudronnée labyrinthique où le temps perdu ne se répertorie même pas aux objets trouvés. "Maybe I", folk anglophone agrémenté d’harmonica et de légères nappes de synthé, s’avère également être une fermeture plutôt savoureuse.

Ailleurs, les morceaux les plus incisifs peinent à convaincre, cherchant à reconquérir un passé à présent révolu ("Chuis con" et son refrain à la limite du ridicule, "Silicon Valley" traitant des GAFAM). Pas plus que les titres plus personnels et légers, lénifiants au possible. Même le premier single "L’Angleterre", s’intéressant au Brexit et aux réfugiés, se perd dans une pop presque niaise malgré la convocation d’une section de cordes.

Amor Fati me permet ainsi d’achever la discographie solo provisoire élaborée par Bertrand CANTAT, même si je ne sais pas vraiment s’il y a encore quelqu’un pour écouter – lire – là-derrière… Possiblement si, alors qu’il semblerait qu’un nouveau disque de DETROIT soit dans les tuyaux. Ce qui est certain, c’est que cet ultime chapitre se révèle finalement pénible, à la hauteur des précautions d’usage qu’il faut à présent systématiquement employer pour parler d’une musique ne jouissant plus de promotion, condamnée à singer Cruchot dans les Gendarmes de Saint-Tropez : se faire toute petite.

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- Bertrand Cantat (chant, guitare, harmonica, orgue, hammond)
- Pascal Humbert (basse, piano, machine à vent, percussions, guitare)
- Bruno Green (claviers, guitare, programmation, hammond, percuss)
- Frédéric Girard (batterie, percussions, sanza)
- Laurent Girard (guitare, basse, chœurs, clavier basse, piano, siff)
- Erik Truffaz (trompette)
- Rémi Galichet (direction de cordes)
- Doriane Gable, Leslie Levi, Sébastien Su (violon)
- Pauline Suet-soubire (violoncelle)
- Emmanuel François, David Vainsot, Léa He (alto)
- Kinou Ferrari (chant)
- Maximilio Chavez Solari (chœurs)
- Sebastien « piga » Mena (voix)


1. Amie Nuit
2. Amor Fati
3. Silicon Valley
4. Excuse My French
5. L’angleterre
6. J’attendrai
7. Les Pluies Diluviennes
8. Anthracitéor
9. Chuis Con
10. Aujourd’hui
11. Maybe I



             



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