Recherche avancée       Liste groupes



      
POP-ROCK-FOLK  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Membre : Yes, Jon & Vangelis

Jon ANDERSON - Song Of Seven (1980)
Par AIGLE BLANC le 15 Octobre 2023          Consultée 562 fois

Le deuxième album de Jon ANDERSON, réalisé la même année que Drama (dixième opus de son groupe YES et premier auquel il n'ait pas participé), marque le besoin, non de la quitter définitivement, mais de prendre la distance nécessaire avec la formation lui ayant valu de devenir l'un des chanteurs les plus exposés de la sphère progressive. Une façon de souffler après dix années intenses ayant fini par avoir raison de la vitalité, pourtant légendaire, de son groupe et des ego en son sein.
La crise avait montré le bout de son nez cinq ans plus tôt, une première fois après le double-album Tales From Topographic Ocean (1973), qui s'était conclu par le départ fracassant du claviériste Rick Wakeman, et surtout après Relayer (1974), quand les membres du groupe, harassés par le rythme hallucinant des tournées et des albums enchaînés, au mépris de leurs vies privées, ne se supportant plus les uns les autres, avaient décidé d'une pause d'un an, le temps pour chacun de se consacrer à un premier album solo, avant de se retrouver pour de nouvelles aventures.

Cette fois, la crise au sein de YES se voit renforcée par le contexte socio-artistique qui accuse l'émergence, en Angleterre, de la dévastatrice vague punk, réaction de la jeunesse à la politique intransigeante et injuste de Margaret Thatcher. Les Punks revendiquent, dans un esprit de rébellion compréhensible, le retour à un rock décomplexé qui hurle sa colère primale, aux antipodes des groupes de rock progressif (PINK FLOYD, EMERSON, LAKE & PALMER, YES) qui se targuaient de paroles intellectuelles ou poétiques et de structures musicales alambiquées totalement en contradiction avec les origines rebelles de ce courant populaire ayant abouti aux événements de mai 68.
Après l'échec artistique du 9ème album Tormato (1978), les membres de YES ne savent plus quelle direction musicale prendre; chacun croit détenir la vérité, mais aucun consensus n'est plus possible au sein d'une équipe gangrenée par des ego surdimensionnés. Suite au départ, avec pertes et fracas, du claviériste Rick Wakeman et du retrait, initialement temporaire, du chanteur Jon ANDERSON, ce dernier se voit pris de vitesse par les membres restants Chris Squire, Steve Howe et Alan White qui n'attendent pas son retour pour le remplacer au micro par Trevor Horn, tandis que Geoff Downes se voit confier les claviers, tous deux originaires du groupe The BUGGLES.
Pendant que YES s'attelle aux nouvelles compositions du prochain album Drama, exclu à son insu, Jon ANDERSON en profite pour, d'une part, relancer sa collaboration avec son ami VANGELIS, entamée 5 ans plus tôt, à l'époque du tube "So Long Ago So Clear" (extrait de Heaven & Hell), ce qui débouche sur le premier album Short Stories (1979) du duo JON & VANGELIS, proposant une pop électronique intéressante quoiqu'inaboutie, et, d'autre part, pour offrir un deuxième opus à sa carrière solo.

Après le surprenant et inclassable Olias of Sunhillow (1976), le deuxième effort solo de Jon ANDERSON, Song of Seven revient sur des sillons autrement plus balisés. En effet, la gestation d'Olias a été rendue particulièrement longue et harassante par le choix étonnant du chanteur de YES d'être seul maître à bord de son oeuvre (Par souci d'économies de personnels ?). Quand Chris Squire et Steve Howe n'ont pas hésité à solliciter plusieurs musiciens pour réaliser leur premier album solo, ANDERSON quant à lui s'est improvisé, un peu à la manière de VANGELIS, en véritable homme-orchestre, en composant-enregistrant-interprétant et mixant chaque instrument (guitare, claviers, chant, batterie), un tour-de-force qui n'est pas sans rappeler les prouesses de Mike OLDFIELD à l'époque de Tubular Bells, [Hergest Ridge et autres Ommadawn.
Jon, qui n'est pas prêt à retenter une aventure aussi drastique, adopte cette fois une démarche bien plus conventionnelle, en recourant au service de musiciens de studio parmi lesquels on reconnaît le très bon guitariste Ian Bairnson (ALAN PARSONS PROJECT, Kate BUSH ou Paul McCartney), le bassiste John Giblin (Peter GABRIEL, Kate BUSH, David SYLVIAN, Phil COLLINS), le batteur Morris Pert ou le saxophoniste Dick Morrissey (VANGELIS, Gary NUMAN, Paul McCartney, BARCLAY JAMES HARVEST). ANDERSON se cantonne quant à lui au chant, cette fois omniprésent alors qu'il était raréfié dans Olias, et à la guitare acoustique.
Au pedigree des collaborateurs précités, il est facile de deviner la sensibilité progressive parcourant ce nouveau projet qui navigue par ailleurs essentiellement entre la pop ("For You For Me", "Some Are Born"), le jazz ("Don't Forget -Nostalgia"), la folk ("Hear It", "Everybody Loves You", "Take Your Time") et le rock ("Heart of the Matter") voire, moins suprenant, une incursion dans le new-age ("Days").
Naturellement plus dépouillé que son prédécesseur, Song of Seven ne saurait certes s'inscrire parmi les albums de légende, mais il serait dommage de lui dénier toute qualité car cela reviendrait à sous-estimer le talent de son auteur qui écrit et compose seul ses neuf titres. Il est notamment des auditeurs réfractaires à la voix haut perchée de Jon ANDERSON (contre-ténor de tessiture) et qui ne se privent pas de le clamer. Mais cela ne signifie en rien qu'il soit un piètre chanteur. Osons reconnaître qu'il en est au contraire un excellent, techniquement jamais pris en défaut, dans les albums de YES, ceux de sa carrière en solo comme dans ses performances scéniques. Son deuxième opus n'échappe pas à cette règle : Jon y maîtrise le chant de bout en bout, capable aussi bien d'une grande douceur ("Take Your Time") que de beaux élans lyriques, comme lors du titre éponyme, le plus progressif du haut de ses 11 minutes, conclusion idéale d'un disque attachant, d'une virtuosité invisible, apanage d'un artiste humble et sincère.
Il serait également injuste de ne pas reconnaître son talent de compositeur, certes quelquefois en défaut, mais souvent original. Ce qui dessert les chansons de Jon ANDERSON, même ses plus réussies, c'est l'impossibilité pour l'auditeur de les siffloter. Son talent de mélodiste, indéniablement original, est au service de compositions élaborées, difficiles la plupart du temps à mémoriser, c'est pourquoi il est un songwriter que personne ne reprend, si ce n'est au sein de YES, quand le canadien Benoit David le remplace au micro. La comparaison dès lors de leurs interprétations respectives est sans commune mesure au bénéfice de Jon.
Song of Seven revendique sa variété stylistique, même si, avouons-le, l'artiste n'excelle pas dans tous les registres, le rock de "Heart of the Matter", notamment, ne s'accordant pas idéalement avec sa tessiture vocale. Il est vrai que certains titres frôlent la mièvrerie ("Days"), péché récurrent qui deviendra plus gênant au cours des années 90, aggravé par le caractère abscons de la plupart de ses textes, domaine où il est le plus critiqué, à juste titre, à cause de son penchant 'new age' marqué d'insipidité. Mais la non compréhension des paroles n'a jamais perturbé l'auditeur non anglophone. Les chansons de Jon ANDERSON ne sont pas plus impactées par leurs paroles que celles des BEATLES qui ne brillent pas toutes par la pertinence de leurs propos.

Song of Seven limite les faiblesses de l'auteur-interprète au strict minimum. Il s'agit d'un bon album, homogène dans sa démarche, solidement exécuté, jamais ennuyeux et souvent étonnant de richesse musicale, témoin d'une personnalité originale. Il n'est pas honteux d'en accueillir un exemplaire dans sa discothèque, aux côtés de Close to the Edge et de Relayer, éminents représentants de son groupe YES.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par AIGLE BLANC :


GOBLIN
Profondo Rosso (1975)
Quand Dario Argento rencontre Goblin




Steven WILSON
The Raven That Refused To Sing (2013)
Quand Steven Wilson tutoie les cimes

(+ 1 kro-express)

Marquez et partagez





 
   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Jon Anderson (chant, guitare acoustique, claviers, harpe)
- Ian Bairnson (guitare)
- John Giblin (basse)
- Morris Pert (batterie, percussions)
- Ronnie Leahy (claviers)
- Dick Morrissey (saxophone - titres 2 & 4)
- Deborah Anderson (chant harmonique - titre 9)
- Chris Rainbow (choeurs - titres 3 & 4)
- Clem Clemson (guitare - titre 9)
- Dave Ogden (arrangements des cordes - titre 9)
- Delme String Quartet (orchestre de cordes - titre 9)


1. For You, For Me
2. Some Are Born
3. Don't Forget (nostalgia)
4. Heart Of The Matter
5. Hear It
6. Everybody Loves You
7. Take Your Time
8. Days
9. Song Of Seven



             



1999 - 2024 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod