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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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- Membre : Porcupine Tree, Blackfield, Asia, Asia Featuring John Payne

Steven WILSON - The Raven That Refused To Sing (2013)
Par AIGLE BLANC le 10 Novembre 2016          Consultée 1953 fois

Depuis 2008, Steven WILSON a laissé de côté son groupe PORCUPINE TREE au profit de sa carrière éponyme. The Raven That Refused To Sing, son troisième effort solo, relève encore d'un cran la qualité musicale, déjà sidérante, de son précédent opus Grace For Drawning (2011), lequel déjà était supérieur à Insurgentes (2008).
On sait la manie d'une certaine presse avide de crier au chef-d'oeuvre à chaque sortie d'albums des artistes les plus côtés. Steven WILSON a l'honneur d'être dans les bonnes grâces des critiques rock actuels, ceux-là mêmes qui crachaient sur le rock progressif à l'aube des années 80. Si de tels éloges à répétition finissent d'habitude par s'annuler les uns les autres, jusqu'à couvrir de ridicule ceux qui les promulguent, dans le cas de S. WILSON, il faut se rendre à l'évidence : le bonhomme réussit souvent à leur donner raison.
Oui, la réussite artistique du "binoclard" résonne de toute son insolence dans un monde où l'art devenu une industrie frileuse se condamne à copier des copies de copies à seule fin de fournir au peuple ce qu'il croit aimer, autrement dit ce qu'il connaît déjà, mais qui en fait ne sert qu'à vendre des produits conformes aux succès du moment. WILSON constate lui-même, impuissant, qu'il est devenu aujourd'hui impossible pour un jeune artiste en herbe de convaincre les grandes maisons de disques si sa musique est trop éloignée du moule qui seul garantit les succès.

En hommage aux années 70, quand l'industrie musicale ne sous-estimait pas encore la capacité d'ouverture du public populaire, The Raven That Refused To Sing rivalise avec les grands classiques du rock progressif. L'inspiration de Steven WILSON y tutoie les sommets. Des disques de cette trempe, cela ne court plus les rues depuis longtemps. WILSON reste un très sérieux antidote à la médiocrité ambiante.

On retrouve dans cet album ce qui fait la signature intrinsèque de l'artiste, à savoir ce mélange de cérébralité, qui définit si bien le rock progressif depuis ses débuts (ne l'appelle-t-on pas aussi l'art rock ?), et de soudaines plongées introspectives où la sobriété est de mise à la manière des minimalistes qui, d'une bouleversante économie de moyens, obtiennent un effet maximal.
C'est ce paradoxe singulier qui rend passionnante la musique de Steven WILSON, y compris celle de ses formations parallèles (NO-MAN et PORCUPINE TREE), contenue qu'elle est d'un côté par l'esprit rock avant-gardiste d'un KING CRIMSON et de l'autre par la sensibilité exacerbée du Roger WATERS de The Wall.

The Raven ... n'est pas vraiment un album concept malgré ce que pourrait laisser penser le magnifique livret illustré de Hajo Mueller qui se feuillette comme une BD luxueuse. Il s'offre en réalité comme un recueil de chansons traversées par la thématique commune des fantômes déclinée en 6 histoires surnaturelles. L'esthétique gothique des illustrations n'est pas sans évoquer l'univers sombre et torturé d'Alan Edgar Poe. Cependant, plus subtilement, les fantômes ici qui hantent les 6 pistes du recueil se confondent avec le deuil inassouvi, les souvenirs, la culpabilité. Steven WILSON s'y révèle un très talentueux conteur.

Les chansons, dont certaines ont été suggérées à S. WILSON par le concepteur graphique du livret, se classent en deux groupes : d'un côté, de longs titres progressifs à forte teneur expérimentale ("Luminol", "The Holly Drinker" et "The Watchmaker"), de l'autre des ballades élégiaques sensibles aux arrangements dépouillés ("Drive Home" et "The Raven That Refused To Sing").

Les premières, qui totalisent à elles seules plus de 30 minutes du disque, déploient un rock progressif ambitieux mâtiné de relents psychédéliques (ah, la flûte de Théo Travis réminiscence de JETHRO TULL, les claviers très Herbie HANCOCK de Adam Holzman, ex collaborateur de Miles DAVIS ! Ah, la basse funky énorme de Nick Beggs !). Au détour de certains mouvements, éclatent de sublimes digressions au mellotron, interprétées par S. WILSON en personne avec le mellotron que lui a vendu Robert FRIPP en 2008 (Que le monde est petit, décidément !). Certains passages retrouvent les accents metal, voire doom metal, expérimentés avec PORCUPINE TREE mais ici portés jusqu'à l'incandescence. Ces trois pistes fort impressionnantes constituent une forme d'apothéose dans l'oeuvre de l'artiste.
Les secondes, qui sont aussi les plus courtes (autour de 7 minutes quand même), révèlent sans doute la face la plus intime de Steven WILSON. Ces deux élégies funèbres ("Drive Home" et le titre éponyme) se caractérisent par des arrangements dépouillés mais jamais secs. La mort est au coeur de ces deux histoires bouleversantes qui traitent du deuil impossible ou inassumé.
"Drive Home" est une ballade en demi-teintes : la voix blanche de Steven WILSON y fait des merveilles. Le chanteur, retrouvant les réminiscences pop de son autre groupe BLACKFIELD, confirme ici son génie des refrains aériens à la beauté gracile et délicate. Les arpèges de sa guitare acoustique font le reste, tandis que le solo final de Guthrie Govan à la guitare électrique réveille les bons souvenirs du PINK FLOYD de "High Hopes". Tout simplement beau.

Quelles ballades peuvent prétendre approcher la grâce, la beauté et la force émotionnelle de "The Raven That refused To Sing", le miracle annoncé de l'album, et pour ma part la plus belle composition de l'auteur ?
Cette funèbre élégie, S. WILSON l'aurait-il écrite et composée pour exorciser la secrète tragédie d'une petite soeur précocement disparue? Au coeur de cette dernière histoire, il est un homme seul à l'âge du dernier soupir et ravagé par la solitude, la permanence du deuil de sa sœur, qui refuse de s'éteindre et laisse comme la meurtrissure d'une absence indélébile. Jamais ballade n'avait déployé une telle délicatesse dans la peinture des sentiments. Un piano lancinant marque la douleur du deuil impossible tandis que la voix assourdie de Steven WILSON appelle l'être disparu à chanter pour lui. L'instrumentation en sourdine, malgré la présence discrète d'un orchestre, s'ouvre, après tant de tristesse, à la caresse du divin violon de Perry Montague Mason, tendre comme un baiser maternel. Imperceptiblement, un filet de lumière transperce l'atmosphère funèbre : la batterie entre subtilement en jeu, une flûte lointaine virevolte à mesure que la composition gagne une ampleur imprévue. Après le troisième couplet, le violon reprend sa douce circonvolution, ouvrant au chant la tendresse de sa mélodie. Dans la dernière minute et demi, la guitare électrique déploie ses accords magiques tandis que l'orchestre l'enveloppe sous un déluge d'émotions d'une beauté absolument renversante.
Permettez-moi, sir Wilson, de vous remercier à titre personnel d'avoir livré avec ce dernier titre une ballade dont le lyrisme feutré s'écoulera désormais dans mes veines, m'offrant la protection de son épaule amicale au moment de l'ultime souffle.
Merci aussi d'avoir sorti de sa retraite anticipée le grand Alan PARSONS (en deuil de son acolyte Eric WOOLFSON) qui signe aux commandes du studio d'enregistrement une production soyeuse comme il en a le secret.

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   AIGLE BLANC

 
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- Setven Wilson (chant, guitares, mellotron, claviers)
- Nick Beggs (guitare basse)
- Guthrie Govan (guitare électrique)
- Adam Holzman (fender rhodes, orgue hammond, piano, minimoog)
- Marco Minnemann (batterie, percussions)
- Theo Travis (flûtes, saxophones, clarinette)
- Alan Parsons (mixage)


1. Luminol
2. Drive Home
3. The Holy Drinker
4. The Pin Drop
5. The Watchmaker
6. The Raven That Refused To Sing



             



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