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POST-ROCK  |  STUDIO

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GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR - Lift Yr. Skinny Fist Like Antennas To Heaven ! (2000)
Par MR. AMEFORGEE le 10 Avril 2008          Consultée 4262 fois

– Préambule : au moment de rédiger cette critique, je me sens bien démuni pour synthétiser toutes les remarques qui me passent par la tête. Même si c’est une erreur de style de l’avouer (ainsi que d’écrire à la première personne), je me trouve dans l’obligation de faire avec. J’emprunte donc à mon ami Blaise (salutations, si tu nous lis) la forme fragmentaire que voici :

– Du post-rock : comme dans tous les genres à tendance minimaliste, on peut trouver à peu près de tout dans le post-rock. Du bon grain comme de l’ivraie. La structure de base s’y prête bien : instrumentation rock, long crescendo et long decrescendo. On peut mettre en exergue l’opposition classique : démarche ludique et démarche artistique. Certains groupes semblent ne faire que du rock instrumental, épicé peut-être ça et là de bidouillages électro (Mogwai. Tortoise ?) ; (cela n’enlève rien à leurs qualités, mais en augmente d’autant celles des groupes plus ambitieux). Godspeed You ! Black Emperor semble avoir une approche plus intellectuelle. Prolongement des expériences de vieux maîtres répétitifs, Riley, Reich et Cie (Pink Floyd ? et autres chantres de l’atmosphérique et du psychédélisme).

– (GYBE !) : Collectif canadien : orchestre rock de presque dix personnes. Nom inspiré d’un film japonais. Quatre albums studios et un E.P. qui définissent un style bien particulier. Le groupe Explosions In the Sky résonne de manière assez similaire à mes oreilles, mais semble plus mordant, moins dépressif, plus ludique. Sigur Ros, dont l’univers est très personnel aussi, représente la facette Disneyland du post-rock ; Godspeed You ! Black Emperor la face ténébreuse.

– (GY!BE) : Lift Yr. Skinny Fist like Antennas to Heaven! est le troisième album du groupe. Peut-être le meilleur. Plus de quatre-vingt minutes, deux disques : plusieurs séquences, organisées en quatre mouvements. On distingue les passages typiques du post-rock (développement) et des plages contemplatives, proches de l’ambient (transitions), avec parfois des samples. La musique du groupe est longtemps peaufinée en concert avant d’être gravée sur disque ; c’est le fruit d’une longue maturation et l’on peut supposer que rien n’est laissé au hasard.
Contradiction : le groupe semble aussi cultiver la spontanéité. Preuve : la séquence d’ouverture de l’album se développe notamment sur un lent glissando de violon (descente et montée de notes), rejoint par un violoncelle. Or, à un moment, on perçoit très distinctement une fausse note, qui aurait pu être corrigée. Ce n’est pas une vraie contradiction : l’un n’empêche pas l’autre. (Entre parenthèses, sur cette séquence : je ne peux m’empêcher d’y entendre, à tort sans doute, une sorte de croisement entre l’Air de la 3ème Suite pour Orchestre de Bach et le 1er Prélude du Clavier Bien Tempéré).

– Musicalité : la musique de Godspeed You ! Black Emperor a ceci de particulier qu’elle semble chercher à échapper par tous les moyens à la dictature enjôleuse de la mélodie. Sur les autres albums, on peut encore trouver ça et là des lignes qui titillent l’oreille. Ici, tout est simplement flux et reflux. Textures sonores et architecture sensorielle. Conséquence : le travail est concentré sur les harmonies et le rythme.
Harmonie : on joue sur les dissonances, les effets de saturation, la réverbération. La batterie produit des rythmiques martiales, bondissantes, sait se faire nerveuse, voire frénétique. Les guitares crachent, abrasives, mais ne riffent pas. Plein de petites subtilités : tintements de glockenspiel, cordes jouées pizzicato, le son trituré des samples qui se fond dans les séquences dites de « développement ». Certaines ambiances, tantôt mélancoliques, tantôt menaçantes, ont un potentiel de fascination assez conséquent.
Rythme : le temps est un dimension importante pour le groupe, la lenteur est une part non négligeable de leur art (je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le Kubrick de Barry Lyndon et de l’Odyssée de l’Espace). Certains effets de « climax » prennent aux tripes. Comme pour le nez de Cléopâtre, si les morceaux de Godspeed You ! Black Emperor étaient plus courts, la face du monde en serait changée ; est-ce vraiment un choix anti-rock ? Le son aussi : particulier. C’est celui du punk, garage, crado (lier cette remarque à la notion de spontanéité évoquée plus haut). On pourrait dire que Godspeed You ! Black Emperor réussit à valoriser la dimension organique de la musique.

– Dimension figurative : Lift Yr. Skinny Fist like Antennas to Heaven! pourrait être la bande-son d’un film. Enfin, un film qui, par des plans larges et fixes, s’élaborerait en tableaux, à portée existentielle. C’est la peinture d’un monde urbain déshumanisé. En quête du sacré. Quartier insalubre, en ruines. Métro, la nuit ; seul un clodo, à l’arrière-plan, minuscule, apparaît sous un banc, en train de cuver son vin ou bien de mourir de froid et d’indifférence. Hélicoptères dans le ciel ; Coney Island, les seringues enfouies dans le sable. Usine désaffectée, voie ferrée, sur laquelle se meuvent péniblement, harassés, les lents trains de marchandise ; wagons couleur rouille. Pour finir : l’épilogue de l’album se déroule dans une église (entendez la réverbération de la séquence finale, et le caractère plaintif de la trame harmonique ; c’est un sentiment religieux qui s’en exhale, fébrile comme la flamme d’une bougie). Question : ville sans humanité, hommes sans âme, église sans Dieu ? (Réponse : une histoire de pari ?)
Chacun est libre, à la faveur de son imagination, de se concocter un film ou un récit, stimulé par la musique.

– XXX : je m’aperçois rétrospectivement que Godspeed You ! Black Emperor est un machin improbable, une sorte de chimère au sens mythologique du terme, faite d’influences parfois antagonistes (punk/rock vs musique savante ?). Et pourtant, comme dirait Galilée, il tourne (puisqu’il a fait des concerts). On pourrait l’accuser d’être un gros truc plein de vide, minimalisme oblige ; les vieux de la vieille pourront aussi l’accuser de ne pas être aussi expérimental que la rumeur le prétend (le rock progressif d’antan a bien déblayé le terrain et de manière plus folle). Certes. Lift Yr. Skinny Fist like Antennas to Heaven! reste pourtant une expérience musicale passionnante qui ne manque pas de galvaniser imagination, réflexion et goût pur pour la musique. En cela : pierre angulaire du post-rock ?

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   (2 chroniques)



- Roger Tellier-craig (guitare)
- Norsola Johnson (violoncelle)
- Efrim Menuck (guitare)
- Mauro Pezzente (basse)
- David Bryant (guitare)
- Thierry Amar (basse)
- Sophie Trudeau (violon)
- Aidan Girt (percussions)
- Bruce Cawdron (percussions)


1. Storm
2. Static

1. Sleep
2. Antennas To Heaven



             



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