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ROCK PSYCHEDELIQUE  |  STUDIO

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The DOORS - Morrison Hotel (1970)
Par TOMTOM le 31 Août 2010          Consultée 5072 fois

En cette glorieuse année 1969, on peut dire que les DOORS sont dans une mauvaise passe : Jim Morrison est convoqué à plusieurs procès dont un pour le célèbre concert de Miami où notre ami a bien failli finir à poil (on ne saura jamais le fin mot de l’histoire mais retenons cette version), lui qui devient d’ailleurs de moins en moins sexy au fur et à mesure des bouteilles de whisky et des tacos consommés. Mais encore pire : The Soft Parade et Waiting For The Sun n’ont reçu que des accueils mitigés, faisant passer le groupe mythique de Los Angeles pour une machine grippée et tournant au ralenti.

Mais le 26 juillet, Jerry Hopkins du Rolling Stone américain interroge Morrison sur ses racines musicales, sur la définition même du rock n’ roll : « It’s country and blues » répond le roi lézard, du tac au tac. Il faut dire que, malgré des titres blues constamment repris en concert, ce ne sont pas trop les genres auxquels la bande nous a habitués depuis son deuxième album. Anyway, fini les orchestrations cuivriques de la parade molle ou les délires bucolico-cosmiques de Strange Days et Waiting For The Sun, et tout comme Sky Saxon quelques années auparavant, Jim Morrison quitte son costume de grand chaman psychédélique, de pop star décadente pour se muer en « old blues man » comme indiquent les paroles de « Maggie M’Gill ». Et ce nouveau jouet n’est pas sans déplaire à un groupe toujours au top et qui va même engager des musiciens de studio pour polir son retour. Car Morrison Hotel, sorti en février 1970, est bien la résurrection que l’on attendait : encensé par la critique à sa sortie (quelques réserves du côté de Rolling Stone néanmoins), l’album est à l’image de sa pochette, un hôtel crasseux et underground des bas fonds de Los Angeles qui, en plus des chambres à deux dollars cinquante la nuit, laisse trainer à la réception quatre hippies (dont deux mal rasés) monopolisant le juke box et les bières à la bouteille. Et encore, je ne vous décris pas la devanture du Hard Rock Café d’en face.

Pour être honnête, j’ai toujours considéré Morrison Hotel comme clairement en dessous du premier album éponyme et comme une prémisse ratée de L.A. Woman ; mais conscience professionnelle oblige, je me suis remis dedans avant de le chroniquer. Et ô mes frères, la magie musicale m’a fait revoir mon jugement à la hausse. « Roadhouse Blues » reste le classique indémodable qu’il était déjà, le genre de titre qui ferait fureur dans n’importe quel bar fumeux de cette planète. Il faut dire que le ton est donné : riff incisif, l’orgue qui laisse la place à un piano bar, l’apparition d’une basse qui donne un petit plus groovy, la voix rocailleuse, l’harmonica tout ça tout ça… Le tout savamment mixé pour faire se trémousser strip-teaseuses et barbus en Harley. On retrouve les mêmes ingrédients dans « You Make Me Real » avec le même genre de solo rapide et violent qui dévoile une nouvelle facette de Robby Krieger, peut être un peu plus mature. Et congratulations pour le « Peace Frog » où le frisé excelle, accompagné par un Ray Manzarek et un John Densmore qui ne nous avaient pas fait autant swinguer depuis « Soul Kitchen ». C’est d’ailleurs dans « Peace Frog » que Jim Morrison évoque avec toute la puissance poétique qu’on lui connait, l’événement le plus marquant de sa vie, à savoir l’accident de voiture qu’il vit de la fenêtre de sa voiture étant enfant, celui au cours duquel l’esprit d’un indien décédé aurait pénétré son âme. Romantisme quand tu nous tiens... La ballade « Blue Sunday » reste assez anecdotique, surtout à côté d’ « Indian Summer » que j’ai toujours trouvée magnifique, et surtout grâce à son refrain. Et figurez-vous que c'est même la première chanson écrite par Morrison et sa bande, les quatre compères ont juste réenregistré la voix, trois ans plus tard, pour inclure la chanson sur cet album. Des petites histoires comme ça, moi ça m'épate. « The Spy » et « Maggie M’Gill » sont deux blues parfaitement rodés aux refrains ici encore, hyper efficaces (celui de l'espion ressemble d’ailleurs étrangement à celui de « Who Scared You », chanson bonus de The Soft Parade) et qui révèlent l’extrême habileté du chanteur à rentrer dans son nouveau rôle, à utiliser magistralement une voix attaquée par les excès en tout genre. Et oserais-je tourner le dos à tous les critiques rongées par un esprit pourri ? Oui, Jim Morrison était un fabuleux chanteur. Point. « Queen Of The Highway », hymne à mamzelle Pamela, l’idylle et la petite amie (largement trompée mais ça, ça ne nous regarde pas) de Jim Morrison, est elle aussi remarquable par son instrumental, un peu plus jazzy mais collant parfaitement à l’ambiance. « Ship Of Fools » et « Land Ho ! », plus enjoués, sont peut être un peu moins bons, mais ne boudons pas notre plaisir. Enfin, « Waiting For The Sun », rescapé des sessions de 1968, est à écouter pour saisir ce que Morrison Hotel n’est pas, ce que les DOORS ne sont plus.

Fini les errances pseudo psychédéliques, Morrison Hotel est là pour nous rappeler que THE DOORS était avant tout un groupe surpuissant, avec des musiciens loin d’être des baltringues, à la culture musicale poussée et aux dents sévèrement aiguisées. Et cet album n’est pas juste celui qui est avant L.A. Woman, il reste le plus underground, le plus bluesy et le plus fun, le moins recherché peut être au regard de la discographie du groupe, mais selon moi, clairement à la hauteur des deux masterpieces évoqués plus haut. D’ailleurs, la récente réédition propose bien une demi heure de répétitions, anecdotiques pour certains mais qui moi, me font bien marrer surtout quand on entend Densmore et Krieger se faire engueuler (« Come On Robby stop that song ! ») par l’ingénieur du son Bruce Botnick.

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   (3 chroniques)



- Jim Morrison (chant)
- Robby Krieger (guitare)
- Ray Manzarek (piano, orgue)
- John Densmore (batterie)


- Morrison Hotel
1. Roadhouse Blues
2. Waiting For The Sun
3. You Make Me Real
4. Peace Frog
5. Blue Sunday
6. Ship Of Fools
7. Land Ho!
8. The Spy
9. Queen Of The Highway
10. Indian Summer
11. Maggie M'gill



             



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