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- Membre : Malicorne, Alan Stivell , Pierre De Grenoble

Gabriel YACOUB - Trad. Arr. (1978)
Par MARCO STIVELL le 3 Octobre 2010          Consultée 2030 fois

Les albums de Malicorne se suivent sans se ressembler. Quelques mois avant, c'était Malicorne IV, un peu plus tard ce sera L'Extraordinaire Tour de France d'Adélard Rousseau... On comprend qu'entre des productions aussi étoffées, notre bien-aimé ménestrel Gabriel ait besoin d'effectuer un séjour reposant (quoique...) en revenant à ses sources les plus "pures". Par cela je veux dire que jusque dans son nom, Trad. Arr. (traditionnel arrangement comme vous vous en doutez) est synonyme d'humilité et surtout de sobriété. Pas d'instrument électrique, aucun. Pas une seule volonté de modernisation. Ici c'est de la tradition pure et simple dont il s'agit, un hommage sans faille à toutes ces "historiettes" qui appartiennent au patrimoine français et qui auraient pu tomber dans un total oubli (déjà que c'était pas fameux) surtout à notre époque où tout va si vite, si des gens comme Gabriel YACOUB n'étaient pas intervenus. Intervenus pour sauver, comme l'ont très bien dit d'autres internautes fans du groupe, entre autres la seule manière pour les anciennes "petites gens" de transmettre leur univers et donc un peu, voire beaucoup d'eux-mêmes aux générations suivantes. Au programme, amours déçues et histoires sanglantes, mais pour ça, on reste en terrain plutôt connu non ? On dira alors juste qu'ici, c'est présenté de manière nettement plus sobre.

"Dans la Ville Où je Suis" repose sur un arpège de guitare acoustique en mode majeur et quelques notes de violon, mais aussi et surtout un air doux pour lequel le simple mot "joli" prend tout son sens. La musique évolue peu au départ, le violon principalement s'occupe des fioritures. Mais pour la seconde partie du morceau, instrumentale, c'est la cornemuse qui prend le relais. Cela offre une transition de choix avec le second titre, "Sandrine" qui utilise essentiellement un jeu de double cornemuse écossaise. Gabriel chante de manière profonde, idéalement par rapport à la mélancolie qui se dégage du texte. "Le Galant Noyé" avec son tempo de ballet se voit renforcé par la présence de multiples guitares et d'un accordéon ma foi fort bienvenu. On peut aussi noter le son de crécelle qui s'échappe de la vielle à roue comme on peut l'entendre sur certains enregistrements de Malicorne. Excellente chanson, ni trop courte ni trop longue.

A propos de ce dernier critère, on ne peut pas dire que ce soit la même chose pour le morceau suivant, "Petite Porcelette". Ici la volonté de coller avec la tradition est poussée à un tel point que l'on ne retrouve aucun instrument de musique et de ce fait, Gabriel chante donc a-cappella, mais il n'y a vraiment aucune évolution, ni dans la mélodie, ni dans la structure, ni rien... Autant dire que cette restriction sur une durée conséquente (près de six minutes) ne sera pas au goût de tout le monde, oh non madame comme le chante Gabriel suivant le texte. Pourtant, il convient d'aller au-delà de cette description peu engageante pour le commun des auditeurs (non pas que je me sente supérieur hein, c'est une manière de dire "grand public") et de se laisser porter par la voix du chanteur, toujours belle, agréable. "La Chasse" marque le retour des violons, mandoloncelle et tous ces instruments chers à Gabriel, pour une tonalité plutôt joyeuse. Idem pour "La Tricotée" à laquelle elle est liée (chose curieuse quand on regarde toutes les tracklists de ce disque sur le net, alors que cette chanson devrait clôturer le tout, mais sur mon exemplaire elle est ici, me demandez pas pourquoi) et sur cette dernière Gabriel se dédouble au niveau vocal, ce qui n'est pas un moindre bienfait.

La seconde face s'ouvre avec cette même voix et ses accents particuliers qui chantent seuls d'abord par dessus l'accordéon, puis la guitare revient ensuite. Gabriel utilise quelques glissés bien sentis à la guitare folk, et dans les harmonies on peut reconnaître le timbre plaisant de Marie. Cependant on n'oublie pas qu'il s'agit d'un album de Gabriel seul, notamment grâce à l'accordéon ainsi qu'à la partie instrumentale durant laquelle les guitares se taillent la part du lion (on reconnaît à peine l'instrument à soufflet, c'est dire). Après "Petite Porcelette", "Honoré Mon Enfant" relance le style voix seule, pour 3min30 cette fois, et ça ainsi que l'étendue plus grande de notes tessiturement parlant permettront d'apprécier cette chanson plus facilement que sa grande soeur. "Mon Ami, Mon Bel Ami" marque le retour des guitares qui, couplées à la voix de Gabriel, arrivent à tisser toute une ambiance d'histoires racontées autour du feu dans un ancien temps. La cornemuse forme un joli apport également...

Mais le morceau de l'ensemble qui mérite un paragraphe à lui tout seul est bien le dernier, "Les Trois P'tits Frères de Pontoise". Chantée comme un rondeau, menée par un arpège rapide de guitare acoustique et magnifiquement ornée d'un arrangement de cordes saupoudré d'un peu de vielle à roue, elle est encore plus importante que les autres musicalement bien sûr, mais aussi parce qu'elle raconte avec beaucoup d'enrichissement narratif un de ces "petits" faits noirs de l'histoire de France, le massacre des habitants de Pontoise pour cause d'une exécution par pendaison des frères d'un proche du roi. Un magnifique titre et assez évolutif avec notamment cette partie centrale plus touchante encore que le reste. C'est, à défaut d'être le plus beau titre de l'ensemble (chose qu'il est néanmoins dur de réfuter), le plus dense et le plus passionnant avec là par contre, une durée qui joue en sa faveur d'un point de vue pur plaisir, près de neuf minutes.

Voilà donc pour ce charmant "petit" album qui ne fera malheureusement pas date autant que les disques de Malicorne dans l'histoire du folk français, même si les fans le reconnaîtront bien comme tel. Reste bien qu'il n'ait pas été facile à produire - le chanteur toujours humble remercie entre autres sa femme Marie et Hughes De Courson, sans qui il "n'y serait jamais arrivé" - et "malgré" un jusqu'au-boutisme parfois plus que poussé (les deux titres a-cappella où même les silences sont bien respectés) un florilège de chansons assez magnifiques, qui ouvre à merveille la voie solo empruntée par Gabriel encore avec Malicorne et qui renforce le côté attachant de ce grand, grand artiste.

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   MARCO STIVELL

 
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- Gabriel Yacoub (chant, guitares acoustiques, mandoloncelle)
- Marie Yacoub (chant)
- Michel Hindenoch (chant)
- Bernard Blanc (cornemuse écossaise, vielle à roue)
- Barry Dransfield (violon)
- Jean Blanchard (cornemuse écossaise, accordéon diatonique)
- Hughes De Courson (harmonium)
- Jean-daniel Mercier (arrangement des cordes)
- Jean Lamy (viole de gambe)
- Stéphane Wiener (viole d'amour)
- Michel Cron (quinton)


1. Dans La Ville Où Je Suis / La Fille Du Boucher
2. Sandrine
3. Le Galant Noyé
4. Petite Porcelette
5. La Chasse
6. La Tricotée
7. Mon Père M'y Marie / Le Crapaud
8. Honoré Mon Enfant
9. Mon Ami, Mon Bel Ami
10. Les Trois P'tits Frères De Pontoise



             



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