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EELS - Tomorrow Morning (2010)
Par GEGERS le 10 Octobre 2010          Consultée 1179 fois

L'accident a eu lieu dans le courant du printemps 2010. La date exacte est inconnue mais l'on peut supputer qu'elle précède d'au moins 4 mois la publication du présent testament. La victime se nomme E. Signalement : gringalet, type occidental malgré une barbe lui donnant l'allure d'un intégriste musulman. Ce signe particulier lui a d'ailleurs causé des soucis dans les aéroports. A part ça, individu lambda. Un peu cyclothymique, dépressif, passant de phases de profondes tristesses à une euphorie incontrôlable, mais rien qui ne soit pas monnaie courante dans nos sociétés post-modernes. Casier judiciaire vierge ou presque, petite vie misérable comme celle de milliards d'autres sur Terre. Rien de bien exceptionnel donc, si ce n'est ce talent particulier qui a fait sa notoriété. Ce petit coup de pouce du destin qui lui a permis de gagner sa vie en mettant en paroles et en musique son lot de petites souffrances et de petits bonheurs quotidiens. Quinze ans que l'aventure durait, que la victime menait de main de maître son groupe EELS. Jusqu'à ce malheureux drame, vers lequel nous allons revenir dans un instant.

Situation familiale : Divorcé. La victime a d'ailleurs consacré un album complet à la rupture de sa relation : End Times; La Fin des Temps. On sentait déjà la victime très fragile, instable et à la santé mentale défaillante. Du coup, qu'E revienne moins de six mois après pour clore sa trilogie entamée en juin 2009 par le déjà sombre Hombre Loco a laissé plus d'un enquêteur suspicieux. D'autant plus que tout sur ce nouvel album laisse à prouver que la victime a non seulement perdu son talent (c'est incontestable) mais également ses esprits ! Cette pochette rose, sur laquelle figure un cerisier en fleurs, témoigne de l'optimisme forcé que souhaite faire transparaître l'artiste. Et son titre : Tomorrow Morning. Il y a moins de six mois, la victime nous narrait que la fin des temps était arrivé, et la voici maintenant acharnée à nous rire au nez en disant que demain matin tout ira bien.

Vraiment, E aurait du s'abstenir. Peut-être, s'il avait attendu un peu plus, l'accident ne se serait-il pas produit. Mais le fatalisme est de mise. E a perdu son talent et, après l'avoir cherché de manière infructueuse sous une boîte de Lexomil, une bouteille de gaz et une corde de pendu, a préféré le simuler plutôt que de s'avouer vaincu. Mauvais choix. Car là ou sur End Times et sa pop/rock/électro possédait encore un charme certain, Tomorrow Morning n'est qu'auto-plagiat, indigence musicale et nuisance sonore. Décousu et déconcertant, l'album reprend des plans et des gimmicks usés jusqu'à la corde et qui, s'ils fonctionnaient parfaitement sur Daisies of the Galaxy, sans doute l'album le plus réussi de l'Américain, paraissent ici totalement incongrus. En témoigne « The Morning » et son clavier Bontempi horripilant. Cet adjectif convient également à l'imbitable « Baby Loves Me ». Electro-pop, ce titre sur lequel E tente de se convaincre lui-même qu'il n'est pas si malheureux que cela (« Ma maison de disques ne m'aime pas, mon médecin me dit que je suis malade, mais ma copine m'aime »). Avec une ritournelle pareille, le dégoût de l'auditeur face à ce ramassis de poncifs mis en musique à la va-vite n'est que légitime.

L'accident a été brutal, et ses conséquences semblent irrémédiables. Tout comme l'amnésie, la perte de talent met à jour des plaies béantes. Sans talent, l'artiste n'est rien. Avec des futilités comme l'inutilement long et pompeux « This Is Where It Gets Good », le gospel du pauvre « Looking Up », où la ballade syncopée risible qu'est « Oh So Lovely », E saborde en un peu plus d'une demi-heure le navire dont il est le capitaine depuis 15 ans. Et ce ne sont pas les plus respectables « What I Have to Offer » et « Swimming Lesson », clins d'œil sympathiques à un glorieux passé qui parviennent à redresser la barre et empêcher le navire de couler.

Et si l'on ne peut que ressentir de la compassion envers un E totalement à côté de la plaque, on ne peut qu'être lucide et pessimiste quant à l'avenir d'un groupe qui a visiblement tout dit. A moins d'appeler Indiana Jones pour que ce dernier se mette en quête du talent perdu, il semble bien difficile d'envisager une poursuite d'activités convaincante pour Eels...

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   GEGERS

 
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- E (chant, guitare, basse, harmonica, piano, banjo, ha)
- Butch (batterie)
- Koool G Murder (basse, guitare)


1. Gratitude For This Magnificent Day
2. I'm A Hummingbird
3. The Morning
4. Baby Loves Me
5. Spectacular Girl
6. What I Have To Offer
7. This Is Where It Gets Good
8. After The Earthquake
9. Oh So Lovely
10. The Man
11. Looking Up
12. That's Not Her Way
13. I Like The Way This Is Going
14. Mystery Of Life



             



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