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2006 The Drift
2014 Soused

Scott WALKER - The Drift (2006)
Par MR. AMEFORGEE le 20 Décembre 2010          Consultée 1504 fois

Il faut être honnête, il n’y a quasiment aucune chance qu’on tombe amoureux de The Drift à la première écoute. Ne pas m’interpréter de travers, il ne s’agit pas d’un argument à la manière des fanatiques de progressif : « je ressens un ennui poli, mais c’est parce que c’est complexe, dans quarante écoutes virgule trois cent six, j’adorerai ». Non. La première rencontre avec Scott Walker n’est pas ennuyeuse ou incompréhensible, elle est désagréable, voire traumatisante (la génération précédente l’aura été tout autant face à Tilt). On ne parle pas d’intellect ici, mais de ressenti : précisément de malaise.

Pas de mélodie, un chant bizarre de crooner syphilitique, une pulsation rythmique répétitive, des sons étranges, suintement, grouillement, des instants de léthargie dépressive auxquels succèdent inopinément des crescendos de cordes dissonantes, des paroles joyeuses et fragmentaires qui effleurent des sujets tels la mort, la guerre, la maladie, une densité oppressante, et d’autant plus oppressante que l’album est long, très long... Evidemment, on veut fuir une telle noirceur. Et mettez près de nous toutes les Lady Gaga au regard immobile, aux nattes repliées… Normalement, c’est à ce moment précis qu’on doit céder au cliché de citer Dante et s’effondrer en pleurs.

Mais puis-je vous avouer une chose ? On y revient finalement, parce qu’on est fasciné. Vérifier une seconde fois (et plus) que c’est si traumatisant. « J’ai dû exagérer l’effet que cela a eu sur moi » se dit-on. Les éléments sonores évoqués précédemment restent les mêmes. On est en zone inconnue, dangereuse, pas de doudou rassurant auquel se raccrocher. Peut-être peut-on à défaut sucer son pouce, mais jusqu’au sang alors, jusqu’à l’os. La production ample nous immerge et participe au climat anxiogène. On dérive.

Réfléchir, interpréter, c’est dompter l’inconnu : on cherche des comparaisons. Lointainement, on voudra évoquer quelques opus post-punk peut-être, le Closer de Joy Division, From Her to Eternity de Nick Cave, la musique de films horrifiques... mais ce n’est pas satisfaisant. Un adjectif s’impose peut-être : expressionniste. Même si l’on n’est pas non plus dans la démarche dodécaphoniste, on retrouve une forme d’étrangeté, une « impression de désincarnation » qui rappelle l’œuvre de Schönberg.

On y revient finalement parce qu’on est fasciné : au point de finir par aimer le malaise, la situation d’inconfort dans laquelle on se trouve plongé. L’amour est à la mesure de notre prime réaction de rejet. Cela implique sans doute une part de névrose, une part de prédisposition sadomasochiste, aimer le mal et s’en nourrir, mais l’exaltation croit en nous comme un cancer. « Oh mon amour détestable, fais-moi peur, fais-moi mal ». Effet cathartique peut-être : revenir d’entre les morts et apprécier, rasséréné, le calme domestique alentours.

The Drift va plus loin que Tilt, qui présentait quelques passages qui caressaient encore l’oreille dans le sens du poil. Ici, si l’on parvient à tenir jusqu’au bout, ce n’est qu’au dernier morceau qu’on a le droit à un semblant de quiétude, les accords tranquilles d’une guitare acoustique. Et ensuite : revenir d’entre les morts et apprécier, rasséréné, le calme domestique alentours. Boire un thé, du vin peut-être, et faire l’amour.

D’un point de vue esthétique, cet album est merveilleux : il recèle de trouvailles sonores dans cette volonté de créer des ambiances horribles. La retenue, la parcimonie font elles-mêmes partie du schéma ; nul besoin de tomber dans l’excès (qui risque toujours de friser le ridicule), à la manière du black metal ou d’un certain free jazz décadent par exemple, pour insinuer la peur dans le cœur de l’auditeur. La tentation de l’ambient soporifique est évitée également. C’est une musique anti-pop, architecture des ténèbres.

Bien sûr, l’impact psychologique finit par s’atténuer et l’on obtient le droit de sortir de l’asile. Reste l’impression d’avoir vécu une expérience improbable. Evidemment, on veut fuir une telle noirceur. Elle nous rattrape et on l’aime. On dérive. Et ensuite : revenir d’entre les morts et apprécier, rasséréné, le calme domestique alentours. Boire un thé, du vin peut-être, et faire l’amour. Et avoir une pensée pour Donald Duck.

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   MR. AMEFORGEE

 
  N/A



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