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- Style + Membre : Paul Simon

SIMON & GARFUNKEL - Bookends (1968)
Par GEGERS le 11 Mars 2011          Consultée 1521 fois

C'est à peine trois mois après la sortie de la BO du Lauréat (qui connut un succès certain grâce à la présence du tube « Mrs Robinson ») que SIMON & GARFUNKEL reviennent aux affaires. Bookends, enregistré sur plusieurs périodes entre septembre 1966 et février 1968, confirme l'envie du duo de défricher de nouveaux territoires, et de rendre sa musique plus aventureuse. Initiative récompensée, puisque l'album (tout comme la BO du Lauréat) passera plusieurs mois au sommet des charts américains, confirmant l'engouement du public pour ces deux artistes décidément pas comme les autres.

Bookends, c'est tout d'abord un concept, né de l'esprit nostalgique et torturé de Paul Simon, qui décide de proposer sur la première face de l'album des morceaux traitant tous d'un thème commun : le passage du temps, la vieillesse et la perte de l'être aimé. L'empreinte du temps, ce qu'il reste du feu après que l'on ait soufflé toutes les braises, ces sujets obsèdent Simon, qui durant les années 60 se fit d'ailleurs un archéologue musical, dépoussiérant de vieilles ballades folk britanniques pour les placer sur son premier album en solo, The Paul Simon Songbook (1965). L'instrumental et minimaliste « Bookends Theme », qui introduit l'opus, pose délicatement l'ambiance de cette première face : délicate et fragile. Mélancoliques, les arpèges de la guitare acoustique introductive jurent pourtant avec la rythmique plus rock du premier vrai morceau, « Save the Life of My Child ». Mêlant folk énergique et gospel (sur le refrain), ce titre propose également quelques lignes de synthétiseurs surprenantes et dissonantes, offrant à l'ensemble une facette inquiétante. « America » renoue pour sa part avec le folk plus prévisible de Parsley, Sage, Rosemary and Thyme : harmonies vocales et guitare acoustique délicate transcendent ce morceau poignant et exceptionnel, sur lequel un saxophone s'offre de discrètes apparitions. Et si Paul Simon se taille une nouvelle fois la part du lion, imposant sa voix sur la majeure partie des compositions, ce n'est qu'au service de ces ambiances douces-amères qui caractérisent l'album. Le jazzy et langoureux « Overs » brille par la rareté de la voix d'Art Garfunkel, aiguë et délicate, qui n'intervient que pour ponctuer et contrebalancer la désillusion perçue dans la voix de son comparse.

Comme pour imposer un peu plus son concept, le duo propose une piste constituée uniquement de bribes de conversations entre personnes âgées, qui affirment un peu plus le côté solennel et terriblement cruel de l'ensemble. On entend parler de bonheur passé, d'illusions perdues, de vies gâchées... la vision qu'ont les deux comparses de la vieillesse est loin de l'image bucolique du vieux sage auquel les jeunes générations demandent conseil. Résolument triste, cette face s'achève sur un « Old Friends » qui, riche en cuivres et violons, accentue le côté mélancolique de l'ensemble, avant de laisser la place à un rappel du thème principal. Bluffant, bouleversant de sincérité et de cruelle réalité, cette première face est le travail le plus compact et parmi les plus réussis du duo.

Bien plus joyeuse, la deuxième face est pour sa part une compilation de titres n'ayant pas trouvé leur place sur la BO du Lauréat. Bien qu'intéressants, « Fakin' it » et « Punky's Dilemna » se voient totalement balayés par la présence de trois des meilleurs titres de SIMON & GARFUNKEL : « Mrs Robinson », morceau déjà présent sur la BO précitée, se voit ici repris dans sa version intégrale de quatre minutes. Délectable et intemporel, ce morceau restera à jamais une pépite ayant marqué de son empreinte l'histoire de la musique. Plus rock, « A Hazy Shade of Winter » s'impose comme un morceau imparable dont le refrain persistant s'impose comme un des tout meilleurs composés par un Paul Simon décidément débordant d'inspiration. Et comment ne pas mentionner « At the Zoo », un des nombreux succès du duo. Hommage de Paul Simon à sa ville natale de New York, ce morceau nous emmène faire une promenade totalement hallucinée au zoo de Central Park, où anthropomorphismes sont légions. En résulte une réflexion sur la nature humaine profonde et riche en enseignements, si peu que l'on gratte sous la première couche des paroles.

Au final, Bookends s'impose donc comme une incontestable réussite du duo. Si Paul Simon se transforme ici en véritable maître d'œuvre, réduisant à peau de chagrin l'espace d'expression de son comparse, ce n'est que pour mieux servir ces compositions encore aujourd'hui considérées comme parmi les plus fines et délectables du monde de la musique (l'album fut d'ailleurs élu 233ème meilleur album de tous les temps par le magazine américain Rolling Stone). Du grand art, tout simplement.

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   GEGERS

 
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- Paul Simon (chant, guitare)
- Art Garfunkel (chant)
- Hal Blaine (batterie, percussions)
- Joe Osborn (basse)
- Larry Knechtel (piano, claviers)


1. Bookends Theme (instrumental)
2. Save The Life Of My Child
3. America
4. Overs
5. Voices Of Old People
6. Old Friends
7. Bookends
8. Fakin' It
9. Punky's Dilemma
10. Mrs. Robinson
11. A Hazy Shade Of Winter
12. At The Zoo



             



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