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SILVER APPLES - Silver Apples (1968)
Par JOVIAL le 21 Juillet 2011          Consultée 1090 fois

Je voue un culte aux artistes qui s’en sont toujours royalement branlé des codes et des styles de leur époque, n’en faisant qu’à leurs têtes, ne se laissant dicter que par leurs envies, sans se soucier de savoir si leurs audiences allaient être importantes ou non. Pour l’année 1968, j’avais déjà évoqué le cas Blue Cheer qui, avec son premier album, le monstrueux Vincebus Eruptum, adressait un sacré doigt d’honneur à l’ensemble du mouvement Flower Power et à la doctrine du rock psychédélique elle-même, en jouant une musique dégueulasse, lourde et étouffante, aux antipodes des Hendrix et autres Clapton, qui restaient pour l’époque les références à suivre. Mais le cas SILVER APPLES dépasse de très loin l’audace de nos Californiens. Fondé à New-York en 1967, le groupe n’est d’abord qu’une simple formation de rock psychédélique parmi tant d’autres, sans réelle ambition ni grande créativité. Mais lorsque le chanteur Simeon décide d’incorporer dans leurs compositions le son d’un vieil oscillateur électronique des années 40, qu’il a lui-même bricolé en un primitif synthétiseur baptisé « the Simeon », les autres membres du groupe, peu convaincus d’une telle utilisation, déposent les armes et s’en vont vers d’autres aventures moins barges. Seul le fidèle Danny Taylor, batteur/chanteur de son état, décide de suivre son camarade. Le duo signe chez Krapp Records et sort sa première œuvre l’année suivante, atteignant timidement la 193ème place du Bilboard américain.

J’aurais aimé voir la tronche du premier homme à avoir écouter ce fabuleux album. C’est bien simple, personne n’avait jamais entendu ça avant. Ni basse, ni guitare, simplement le chant de Taylor conjugué aux expérimentations électroniques de Simeon, pour un résultat extraterrestre. Les lointaines influences de Stockausen et de Subotnick y côtoient celles des Velvet Underground, dans un climat étrange de psychédélisme ironique et désabusé, aux relents à la fois futuristes et malsains. Dès les premiers instants, les sens de l’auditeur vacillent, le cerveau ne répond plus. La puissante et vertigineuse hypnose que pratique SILVER APPLES est pour ainsi dire parfaite. D’un minimalisme extrême, l’implacable oscillateur de Simeon nous abrutit de ses mélodies répétitives, parfois aériennes, parfois plus « industrielles », que soutient la rythmique de l’impassible Taylor, discret mais indispensable à cette musique psychotrope. Derrière le micro, ce dernier ne vaut certes pas les grands chanteurs des années 60, mais d’une voix calme, claire, presque tremblante, il déclame comme si de rien n’était, créant un contraste aussi inquiétant que dérangeant. SILVER APPLES pose d’ailleurs l’ambiance, sait parfaitement y faire pour progressivement nous emporter, sans violence, bien que le réveil fasse tout de même mal au crâne. The Simeon nous donne le tournis, le sol se dérobe sous nos pieds. Jetez donc une oreille sur « Velvet Cave » et vous verrez par vous-même le résultat. Mais l’unique inconvénient, et non des moindres, avec cet album, c’est qu’il se répète à mon goût beaucoup trop. Nos deux musiciens n’arrivent pas encore à réellement varier les compositions, et si aucun morceau n’est à jeter, l’album en lui-même demeure parfois un peu lassant. Mis bout à bout, des titres comme « Velvet Cave » et « Whirly-Bird » se ressemblent pratiquement comme deux gouttes d’eau. Le coupable ici est sans doute l’attirail électronique de Simeon, dont le panel d’expérimentations possibles reste encore assez restreint. On se rabattra alors sur les morceaux se démarquant le plus du reste : « Seagreen Serenades », « Program », sorte de dialogue sans queue ni tête d’extraits radiophoniques en tout genre, ou encore l’impressionnante « Dancing Gods », rituel indien monolithique et brutal, contrastant nettement avec le reste de l’album.

Cette première œuvre des SILVER APPLES est presque impossible à noter. Pour la référence qu’elle constitue, je lui mettrai d’emblée 5/5. L’influence qu’elle aura sur bon nombres d’artistes et de styles, parmi lesquels on citera le krautrock (avec en particulier Neu! ou Faust, dont le jeu de Taylor constituera peut-être un modèle pour le fameux motorik), l’ambient (avec l’excellente mais très glauque « Dust »), la musique électronique bien sûr (avec en tête leurs homologues new-yorkais de Suicide) et enfin bon nombres d’artistes de musique expérimentale (dont nos chers Zombie Zombie ou encore le projet Beak, pour ne rester que dans le récent). Ensuite, pour l’album en lui-même, je serais bien incapable de monter à plus de 3/5, car il en manque encore un peu pour que Silver Apples soit vraiment une œuvre tout à fait aboutie, comme le sera au contraire Contact l’année suivante. Tombé dans l’oubli, ce skeud est quand même une belle baffe infligée à tous les hippies américains. SILVER APPLES savait très bien que sa musique n’allait jamais marcher. On les a dit « naïfs » ou « innocents », mais je pense qu’au contraire les considérer comme des précurseurs un peu perdus dans leur monde serait une erreur. Simeon et Danny Taylor sont parmi les premiers d’une longue liste d’artistes à enculer les normes de la musique populaire. Et ça, ça me plaît. 3/5 ? 4/5 ? Et puis merde, cet album ne mérite aucune note, débrouillez-vous tous seuls.

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- Danny Taylor (chant/batterie/percussions)
- Simeon ('the simeon')


1. Oscillations
2. Seagreen Serenades
3. Lovefingers
4. Program
5. Velvet Cave
6. Whirly-bird
7. Dust
8. Dancing Gods
9. Misty Mountain



             



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