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The FLOWER KINGS - Flower Power (1999)
Par KID66 le 24 Mai 2013          Consultée 1713 fois

Je commence cette chronique par une parenthèse (inhabituel certes) : nous allons ici parler du disque Flower Power des FLOWER KINGS. Traduit en français ça donne « Le Pouvoir des Fleurs » par « les Rois des Fleurs ». Perso quand j’entends ça je visualise des gamines pré-pubères de treize ans habillées en fées courir et danser dans des champs et chasser le vilain esprit des moisissures avec leur poudre magique. Enfin bon, les FLOWER KINGS ont toujours eu ce côté un peu cul-cul la praline.

Au cas où ce ne serait pas encore clair pour tout le monde, on le soulignera une dernière fois : Roine Stolt a vraiment la folie des grandeurs. L’exemple le plus marquant restera la sortie de ce Flower Power, double album contenant plus de deux heures de musique, faisant suite de moins d’un an à Stardust We Are, également doté de deux disques et remplis à ras bords. Pour couronner le tout, on ne manquera pas de remarquer que la première galette de ce quatrième opus est presqu’intégralement occupée par une chanson de pas moins de 59 minutes ! Nul doute qu’avec une telle cadence, l’ami Roine n’aura pas manqué de dégouter à vie quelques amateurs lambda de sa musique, voire du mouvement progressif tout entier. J’imagine à peu près le dialogue qu’ont dû avoir Stolt et son acolyte Thomas Bodin avant de se lancer dans la création de Flower Power en 1999 :

Roine : « Tommy, je me faisais une réflexion hier soit dans mon lit »

Thomas : « Laquelle Roine ? »

Roine : « j’ai passé quelques heures à cogiter, et figure toi qu’en plus d’avoir le titre de groupe de Rock Progressif le plus productif de tous les temps et le titre des créateurs de l’album de Rock le plus long au monde, nous avons aussi le mérite d’avoir écrit le plus long morceau de Prog de l’histoire avec « Stardust We Are » ! Les YES, VAN DER GRAAF GENERATOR, KING CRIMSON et autres GENESIS et PINK FLOYD nous talonnent mais n’ont jamais atteint les 25 minutes. Victoire Tom ! »

Thomas : « Oui… Enfin il y a quand même je ne suis pas sûr… Il me semble par exemple que le « Karn Evil 9 » d’EMERSON, LAKE & PALMER atteint la demi-heure. La médaille d’argent, c’est pas mal aussi »

Roine : « … Euh… Oui enfin bon EMERSON, LAKE & PALMER ils sont gentils mais à peine deux ans plus tard ils exhibaient leurs abdos comme des gros breafs sur la pochette immonde de leur pitoyable Love Beach. C’est has been ELP sérieux. Nous on restera toujours intègres, toujours Prog »

Thomas : « Je sens aussi que les américains de DREAM THEATER pourraient nous doubler à ce jeu là, je pense qu’ils ont les mêmes desseins que nous, ils pourraient être de sérieux concurrents »

Roine : « Qui ? »

Thomas : « DREAM THEATER, un groupe de Metal Prog américain. Ils ont sorti quelques perles et leur gratteux John Petrucci est presque aussi bon que toi Roine »

Roine : « Ah oui je les connais. Ils ne sont pas très sérieux ces gens là. Zéro personnalité, aucune imagination, ils se content de singer leurs idoles… Bien. Tomtom, nous allons écrire un morceau qui sera d’une longueur telle qu’il découragera n’importe quel groupe de Prog d’essayer de faire plus long ! J’ai déjà plein d’idées ! »

Dommage pour Roine, les français de KALISIA feront mieux avec leur « Cybion » de 71 minutes (ah ah ah). Mais venons-en à l’essentiel : l’écriture d’un morceau dépassant le quart d’heure n’est pas une épreuve évidente, mais (presque) tout groupe de Prog s’est finalement laissé tenter par l’exercice, en théorie pas si compliqué que ça. Prendre un morceau de base déjà bien consistant et lui greffer un break en plus, un solo supplémentaire, une minute par ci par là n’a rien de difficile. Mais le tout est d’y afficher une inspiration constante, car un morceau devient plus vite immangeable s’il dure 25 minutes plutôt que 10.

PINK FLOYD, avec son « Echoes », a montré qu’il n’était pas nécessaire d’en faire trois tonnes pour faire mouche avec un titre de ce calibre, en jouant sur des répétitions appropriées, des montées en puissance lentes et majestueuses. Les anglais restent cependant assez marginaux sur ce point là. Avec « Supper’s Ready », GENESIS a fait le pari inverse en proposant une pièce extrêmement variée, enchaînant des plans toujours différents mais systématiquement passionnants. La qualité de sa construction et la légère récurrence d’un thème suffisent à rendre la pièce cohérente, un constat qui n’aurait pas été valable sans une réelle exigence de composition. Même chose pour DREAM THEATER, monté à 46 minutes avec « Six Degrees Of Inner Turbulence », qui est découpée en 8 mouvements très différents mais liés par des thèmes accrocheurs immédiatement reconnaissables.

« Garden Of Dreams », 59 minutes, voilà qui est très impressionnant, voire inquiétant. Mais on commence réellement à douter lorsque Roine Stolt déclare tranquillement en interview que le jardin des rêves était au début un morceau normal auquel Tomas et lui ont rajouté des pans, brique par brique, encore et encore, jusqu’à ne plus avoir d’imagination, avant d’injecter ici et là quelques mélodies récurrentes histoire de rendre le tout plus digeste et cohérent. Une démarche qui fait très artificielle. On remarque également que cette suite comprend en fait sur CD 18 parties individualisées. Les transitions se font souvent et heureusement de manière invisible, mais ce n’est pas forcément systématique et c’est un peu dommage (par exemple, le passage de « Buisness Vamp » à « All You Can Save » parait abrupt).

Alors au final cette suite ? En un mot ? (roulement de tambours)

Grandiose, tout simplement. « Garden Of Dreams » est une heure d’évasion totale, un voyage fantastique et passionnant. Stolt et Bodin font preuve d’une redoutable intelligence de composition, et hormis peut être « Dungeon Of The Deep », aucun temps mort n’est à noter. Cette suite est extrêmement variée, et chacun de ses aspects séduit sens peine. Enchaîner le féerique « Garden Of Dreams » avec l’hymne rock « Don’t Let The D’Evil In » s’avère particulièrement jouissif (je ne vous raconte pas ma tête à la première écoute). C’est surtout mélodiquement que les FLOWER KINGS impressionnent puisqu’ils nous sortent ici quelques-unes de leurs meilleures trouvailles, et ce à une fréquence très sportive.

Vocalement aussi, on sent un net progrès de la part de Stolt. Ce dernier (mais également Thomas Bodin) nous gratifie de lignes de chant très travaillées et la plupart du temps tout à fait séduisantes comme sur « Simple Song », « The Final Deal » ou sur les magnifiques « All You Can Save », « Garden Of Dreams » et « There’s No Such Night ». Le chant a donc ici une place bien plus importante que précédemment et la musique des FLOWER KINGS y gagne en variété, en accessibilité. Les amateurs de Prog tarabiscoté trouveront leur bonheur dans les excellents « Attack Of The Monster Briefcase », « Mr. Hope Goes To Wall Street », « Sunny Lane » ou dans une moindre mesure « Buisness Vamp ». Ces plages ne tombent jamais dans des délires stériles et conservent une mélodicité rafraichissante, en plus de dynamiser largement l’ensemble. L’inspiration est omniprésente, même si l’ombre des grandes idoles de Stolt plane toujours (« Did I Tell You ? » semble être un clin d’œil au GENESIS du début des 70’s) et le groupe se permet même des expérimentations bien trouvées comme la plage electro de « The Mean Machine » ou le feeling plus sombre et torturé de « Indian Summer », que j’adore. Mon petit coup de cœur va cependant pour « Gardens Revisited », instrumental absolument sublime. Stolt apporte énormément à cette œuvre de part des soli tantôt acoustiques (« Love Is The Word »), tantôt électriques (« All You Can Save », Gardens Revisited », « Shadowland »), toujours justes et somptueux.

Après un colosse aussi riche et puissant, on trouve deux pistes de 55 et 5 secondes, « Captain Capstan » et « Ikea By Night », sortes de plaisanteries montrant que les FLOWER KINGS ne se prennent pas toujours au sérieux. « Astral Dog » achève ce disque sur une note plus mitigée : cet instrumental jazzy possède une trame rythmique et une ambiance agréables, mais manque de consistance.

Flower Power relève le même défi que son aîné Stardust We Are, inhérent à tout double album, celui de savoir proposer un second disque à la hauteur du premier (ou l’inverse d’ailleurs). La réussite est quasiment complète à ce niveau, et à titre d’exemple je vois en « Deaf, Numb & Blind » l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) titre de FLOWER KINGS dans un format avoisinant les dix minutes. Cette pièce, sans enchaîner une multitude de plans sans queue ni tête, fait mouche de par l’intensité de ses mélodies, d’ailleurs répétées à l’envie. Le refrain est carrément atypique pour les Rois des Fleurs, mais doté d’un groove délicieux. Génial. A l’instar d’un « Big Puzzle », « Calling Home », le deuxième titre long du disque 2, laisse de côté la technique pour se concentrer sur un feeling plus simple et naturel. Largement dominé par le chant de Roine, ce titre est une nouvelle grande réussite. Stolt renoncera dans quelques années à cette clarté, cette rigueur de composition et c’est extrêmement dommage. Egalement Prog et mélodiquement très stables, « Corruption » et surtout le très bon « Psychedelic Postcard » et son rythme surprenant sauront séduire n’importe quel amateur du genre.

Pas moins de trois titres portent ici des couleurs Pop, un style sur lequel Stolt lorgne légèrement sur chacun de ses disques. Et il s’en sort plus que bien ! « Stupid Girl » est vraiment excellente, avec son refrain absolument imparable, et injecte même dans sa structure légère et directe deux soli du plus bel effet. « Magic Pie » et « Painter » (à tomber) forment le duo « émotionnel » de ce deuxième CD. Accrocheuses mais très fouillées et élégantes, elles sont de magnifiques chansons, remarquablement bien chantées. Hans Fröberg apporte beaucoup à ce deuxième disque, comme pour compenser son absence sur le premier.

Seuls les deux instrumentaux ambient inutiles que sont « Power Of Kindness » et « Hudson River Sirens Call 1998 » seraient à jeter, mais leur présence ne suffit pas à me faire préférer le premier disque de Flower Power au deuxième. Je les écoute très rarement l’un à la suite de l’autre (140 minutes tout de même), mais les deux me plaisent presque tout autant. Malgré quelques petites imperfections, Flower Power est à mon sens un album majeur de la nouvelle vague de Rock Progressif et surtout le meilleur disque des FLOWER KINGS, devant Stardust We Are. J’achèverai cette chronique en émettant un éloge qui est à la fois un regret : jamais Stolt ne réatteindra un tel niveau, que ce soit dans l’écriture de ses chansons ou l’imagination de se soli. Les FLOWER KINGS, disciples à tendance régressive, n’ont rien d’un groupe génial, mais ont quand même fait fort avec ce Flower Power.

4,5/5.

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- Roine Stolt (guitare, chant)
- Tomas Bodin (claviers)
- Michael Stolt (basse)
- Jaime Salazar (batterie)
- Hans Fröberg (chant)


- disque 1
1. Garden Of Dreams
2. Captain Capstan
3. Astral Dog

- disque 2
1. Deaf, Numb & Blind
2. Stupid Girl
3. Corruption
4. Power Of Kindness
5. Psychedelic Postcard
6. Hudson River Sirens Call 1998
7. Magic Pie
8. Painter
9. Coming Home
10. Afterlife



             



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