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MUSIQUE CONTEMPORAINE  |  B.O FILM

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- Membre : Bande Originale De Film

Howard SHORE - The Lord Of The Rings: The Fellowship Of The Ring (2001)
Par MR. AMEFORGEE le 29 Juin 2005          Consultée 4009 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Des quatre coins du globe, dans les profondeurs glacées des plus massives montagnes, à l’ombre frissonnante des forêts les plus secrètes, dans les contrées où l’horizon n’est qu’une ligne de vertes plaines ou bien dans celles où se dessinent une géographie encaissée de vallons et de plateaux, nombreux étaient ceux qui nourrissaient de l’espoir en apprenant que le Seigneur des Anneaux, livre culte s’il en est, allait connaître la gloire d’une adaptation cinématographique.

Le film se devait d’être une réussite, et corrélativement, sa musique, parce qu’après tout les bandes originales sont au cinéma ce que le poivre et le sel sont à un plat de farfadet farci, un assaisonnement qui en rehausse la saveur. Dans les milieux nordiques des barbares chevelus, la rumeur courut un temps que certains d’entre eux auraient pu se charger de l’office, mais en définitive, ce fut à Howard Shore, compositeur officiel pour l’empire hollywoodien, qu’échut la lourde tâche de forger une illustration musicale à la hauteur des espérances.

Et le résultat, surtout pour ce premier épisode, est à mon sens absolument remarquable. Certes Howard Shore ne révolutionnera pas le genre de la musique de film, reprenant pour ainsi dire les ingrédients savamment compilés dans les meilleurs livres de recettes, mais composera avec les normes du genre pour en extraire le substrat alchimique qui vous retournera les tripes et vous glissera le long de l’échine pour en faire vaciller la muraille. Amateurs de musique calme et intimiste, abandonnez tout espoir, car ici l’orchestre met les pieds dans le plat sans aucune retenue. En effet, ici, la magie du livre prend forme devant vos oreilles et vous vrille le cortex en adoptant d’immenses accents wagnériens qui ne nous épargneront pas de dispendieux arrangements conjuguant effets d’emphase et de souffle épique, notamment avec des vents tempétueux qui professent l’opulence et des chœurs grandioses qui se soulèvent tels d’immenses vagues sur une mer déchaînée. Le London Philharmonic Orchestra se montre véritablement impressionnant, imposant comme les paysages de montagnes que nous propose le film. En d’autres termes, on peut dire qu’il ne fait pas dans la dentelle et la soie échancrée, mais plutôt dans l’airain et le marbre pilé.
Cela dit, j’aurais tort de faire croire que la B.O. n’est qu’un enchaînement de passages emphatiques, puisqu’elle se permet aussi d’esquisser quelques moments de calme, même si ils se retrouvent souvent entraînés dans une volcanique montée en puissance. Les morceaux qui se rattachent au peuples hobbit et elfe, chacun à leur manière, renvoient à un certain apaisement, rustique et joyeux pour les Pieds Poilus, et mystérieux et mélancolique pour les Oreilles Pointues. Les forces des ténèbres et le poids de la fatalité afférent à l’Anneau Unique savent aussi se faire discrets et insidieux, même si c’est pour mieux nous poignarder dans notre sommeil de plomb.

Toutefois, pour qu’une B.O. soit réussie, il ne suffit pas de sortir la grosse artillerie et de pilonner tous azimuts en espérant faire bouillonner le tempérament guerrier qui sommeille en chacun. Les thèmes doivent être reconnaissables et accrocheurs. Ainsi, Concerning Hobbits, employant une flûte irlandaise et un violon, évoquera l’innocence du peuple de la Comté avec réussite. Il y aura aussi les mélodies sombres et dramatiques qui évoquent les noirs agissements du Mordor, des Nazguls sur The Black Rider, des Uruks sur Amon Hen, et qui reviendront en leitmotiv dans les films suivants. Le thème de la Communauté de l’Anneau se révèle être aussi l’une des grandes réussites du film, épique à souhait, rappelant à certains égards celui de Jurassic Park, et qui trouve son expression la plus remarquable sur The Bridge of Khazad Dum, qui nous figure les immenses halls de la Moria infestés de gobelins, puis la confrontation avec le Balrog. On n’oubliera pas, enfin, le thème lyrique de l’aventure en elle-même, de l’amitié des hobbits, qui prend ses accents les plus frissonnants sur The Breaking of the Fellowship, où l’orchestre alterne avec des passages à la flûte uniquement soutenue par un souffle de chœur, puis laisse la place à la voix cristalline du jeune Edward Ross pour la chanson In Dreams. L’un des grands moments émotionnels de la trilogie.
La prestation d’Enya, qui chante le générique de fin, May It Be, et le morceau Aniron à la césure du film, n’est pas non plus déplacée dans le cadre de la B.O., comme il arrive malheureusement souvent dans les B.O., et nous offre un moment de douceur comme elle sait si bien les broder de sa voix éthérée. En d’autres termes, la musique de la Communauté de l’Anneau est une vraie réussite, sachant varier, moduler son angle d’attaque, même si le principal reste celui de l’ampleur épique, en instillant le kaléidoscope d’émotions, lyrisme, mélancolie, effroi, qui sied à tout film grand public. Chaque mélodie est mémorable et l’on ne s’ennuie pas le long des soixante-dix minutes que dure le disque.

Cela dit, en effectuant cette chronique, je n’ai aucune illusion : cette B.O. ne fera pas changer d’avis les détracteurs des musiques de film, et fournira sans doute même des arguments à ceux qui estiment la musique hollywoodienne pompeuse, grandiloquente et atrocement calorifique, comme une immense cloche de crème chantilly sur une tarte à la fraise. Je ne le nierai pas, tout comme le film ne présente pas non plus la profondeur philosophique d’un roman proustien. Mais gageons que pour ceux qui ne sont pas au régime, ce genre de petites douceurs de temps à autre procure quelques satisfactions stomacales des plus plaisantes.

Ainsi donc, la Communauté de l’Anneau s’est sans conteste taillée une place de choix dans le petit monde des musiques de films, et avec raison (elle a d’ailleurs été couronnée par l’oscar de la meilleure musique). Je l’avais apprécié avant même d’avoir vu le film, ce qui est en général un gage de qualité, et même quatre ans plus tard, le plaisir est intact, voire même étayé par une connaissance approfondie des détails de l’orchestration. S’il ne fallait en garder qu’un pour les gouverner tous, parmi les trois disques de la trilogie, à mon sens, ce serait celui-ci, parce qu’il pose les bases des suivants et ne sera ensuite jamais égalé.

Suite au prochain épisode…

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   (3 chroniques)



- Howard Shore (chef d'orchestre)
- London Philharmonic Orchestra
- The New Zealand Symphony Orchestra
- The London Voices
- The London Oratory School Schola


1. The Prophecy
2. Concerning Hobbits
3. The Shadow Of The Past
4. The Treason Of Isengard
5. The Black Rider
6. At The Sign Of The Prancing Pony
7. A Knife In The Dark
8. Flight To The Ford
9. Many Meetings
10. The Council Of Elrond
11. The Ring Goes South
12. A Journey In The Dark
13. The Bridge Of Khazad Dum
14. Lothlorien
15. The Great River
16. Amon Hen
17. The Breaking Of The Fellowship
18. May It Be



             



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