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Keziah JONES - African Space Craft (1995)
Par TEEMO le 12 Décembre 2015          Consultée 829 fois

La question qui reste en suspens après la sortie d'un album considéré (presque) unanimement comme un chef-d’œuvre, est toujours la même : comment l'artiste va-t-il appréhender la suite de sa carrière ?
Keziah Jones est un cas d'école avec son album « Blufunk is a Fact ! » qui semble être le seul à avoir marqué les esprits durablement... Et ce ne sont pas ses récentes productions qui feront chavirer la balance !
L'album qui arrive juste après un raz-de-marée souffre inévitablement d'un handicape qui le plombe comme s'il était enchaîné d'un boulet. Quand beaucoup d'albums se plantent monumentalement en tentant de mimer leur grand frère, « African Space Craft » s'impose où on ne l'attend pas. Une vague rebelle qui vient vous flanquer une raclée alors que vous êtes à peine relevé d'une bourrasque réceptionnée de plein fouet.

« African Space Craft », sorti en 1995, assure un virage impressionnant : alors que le premier opus distillait une fusion de funk brute et de blues africain, on vire de bord pour un rock coloré et sincère. Keziah Jones revend ses sonorités de guitare crues tout droit sorties de l'ampli pour une palanquée d'effets sonores qui feront une partie du charme de cette nouvelle formule. On est en présence d'un album aux influences hendrixiennes évidentes, mais dont le succès commercial a fait pâle figure...

Au-delà du single « Million Miles From Home », superbe titre plein d'entrain mais assez classique, « African Space Craft » développe un univers aux ambiances riches et travaillées. Il vous emballe dans une atmosphère viscérale, personnelle, frontale et dévoilant une esthétique sombre ; l'album de l'ombre en somme.
Introduit par quelques bruitages envoûtant, le morceau éponyme laisse imaginer le guitariste transpirer et tirer sur ses cordes vocales, alors qu'il assène un riff à la fois simple et lancinant. On se laisse aussi porté par le solo de guitare grésillant qui ouvre « Dear Mr Cooper », puis par sa wah-wah sèche et énergique.
Des pépites telles que « Cubic Space Division » évoquent volontiers Prince, l'une de ses influences principales. Jones démontre une fois de plus qu'il a une manière bien à lui d'aborder le funk avec ses propres techniques, certes point très académiques, mais qui donnent naissance à des riffs très « roots » criants de vérité. Keziah Jones dompte sa guitare électro-acoustique de façon unique comme le démontre « Funk'n'circumstance ». En plus d'en maîtriser toutes les subtilisés et les nuances, il a su trouver une harmonie impressionnante entre son jeu et un panel de nouveaux effets choisis avec discernement.
A cela s'ajoute un duo basse/batterie toujours aussi phénoménal qui surélèvent les compositions du guitariste avec une approche rock direct et franche.

Avec « Never Gonna Let You Go », c'est l'incompréhension totale. Comment un titre aussi accrocheur n'a pas attiré l'attention des radios et de ce fait mis en lumière l'album ? D'accord, « Prodigal Funk » ne fera pas forcément l'unanimité avec son riff de funk grondant et rentre-dedans... Mais là, le thème chaleureux, le renfort des cœurs d'enfants, la rythmique claire et rafraîchissante et la voix pleine d'entrain provoquent un bonheur immédiat. Non, rien à faire, l'album sera boudé malgré cette sucrerie qui aurait pu inonder les ondes à l'époque...

« African Space Craft » révèle derrière son statut d'album mal aimé une personnalité affirmée. Plus underground que son aîné, plus torturé, mais tout aussi intimiste, l'album ne tombe jamais dans l'écueil du remplissage inutile. Le formule du trio est parfaitement exploitée dans sa simplicité intrinsèque et forme un tout homogène dont en résulte un album singulier. Difficile de savoir si « African Space Craft » surpasse « Blufunk is a Fact ! » tant leur identité s'oppose... La longévité d'écoute tranche peut-être d'elle même le débat, le second album cité étant tout de même indémodable. Dans tous les cas, Keziah Jones prouve en deux albums qu'il est parvenu à créer une musique touchante et inédite. La suite de la discographie sera nettement moins intéressante et plus prétentieuse.

4,5/5

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- Keziah Jones (guitare)
- Soul (basse)
- Richie Stevens (batterie)


1. Million Miles From Home
2. Colorful World
3. Prodigal Funk
4. Splash
5. Dear Mr Cooper
6. Speech
7. Cubic Space Division
8. Funk'n'circumstance
9. Man With The Scar
10. Never Gonna Let You Go
11. If You Know



             



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