Recherche avancée       Liste groupes



      
JAZZ  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


Henry THREADGILL - X-75, Volume 1 (1979)
Par LE BARON le 5 Mars 2017          Consultée 118 fois

Henry THREADGILL est né à Chicago, en 1944. Nourri au jazz de SUN RA et Sonny ROLLINS, au blues de Muddy WATERS, mais également à la musique classique et contemporaine (il cite notamment Luciano BERIO), il n’aura cessé tout au long de sa longue carrière de se réinventer, tout en restant d’une exigence hors du commun. Sa formation est sérieuse : le conservatoire de Chicago, en piano, flûte et composition. Il est également percussionniste et saxophoniste. Le fait qu’il reste un artiste plutôt confidentiel, alors qu’il est un compositeur majeur depuis les années 70, est une marque de son absence totale de compromis. Plus exigeant qu’un Miles DAVIS, aussi radical qu’un Ornette COLEMAN, mais avec le soin de mêler la rigueur de l’écriture musicale et la liberté de l’improvisation, THREADGILL, avec son air de personnage hiératique et bien élevé, est intransigeant, comme tous les grands compositeurs.

X-75, Volume 1, publié en 1979, n’est pas son premier album. Dès 1975, il a fondé le groupe AIR, dont il est, déjà, le leader. Mais AIR, bien qu’également porté sur l’expérimentation, a une forme « classique » en jazz : un trio composé d’un batteur, d’un contrebassiste, et d’un soliste formidablement doué. Il manque encore ce qui deviendra une des marques de fabrique de THREADGILL : des orchestres improbables. Ca, c’est avec X-75 que cela démarre. Et X-75, c’est en effet 4 anches et flûtes (tous les souffleurs jouent également de la flûte), 4 basses, 1 voix. Pas exactement votre groupe de jazz habituel ! Faut-il le préciser ? La chanteuse, si elle est très présente, n’a aucun texte à chanter. Sa voix est un instrument comme les autres.

Le disque n’est composé que de 4 morceaux*. Tous portent en eux la marque de THREADGILL. Par l’orchestration, si particulière, mais également par la façon qu’à THREADGILL d’entrecroiser les parties mélodiques qui semblent toujours en décalage les unes par rapport aux autres, mais qui finissent toujours par se rejoindre.

« Celebration », le deuxième titre de l’album, est mon préféré. Les cordes frottées (frottements physiques des archets, mais aussi frottements musicaux : la tonalité est souvent malmenée, quoique toujours sans excès), forment une structure de belle intensité typique de THREADGILL, créant un équilibre entre délicatesse et rugosité, les deux pivots de sa musique. Lorsque la basse devient profonde, répétitive, c’est pour permettre à la voix et à la flûte de s’envoler, littéralement dégagées de toute entrave, et ce d’autant plus que le tempo des parties lead semble plus lent et plus libre.

« Sir Simpleton » et « Fe Fi Fo Fum » sont également très réussis, petits bijoux d’écriture offrant eux aussi une belle impression de liberté. Seul « Air Song » est un peu plus faible, ou trop longue, mais je dois avouer que c’est peut-être une histoire de timbres. Ce morceau est avant tout consacré à la flûte et à la voix qui ne sont pas mes instruments préférés.

X-75, volume 1 (à noter qu’il n’y aura jamais de volume 2) n’a pas encore la puissance des disques à venir de Henry THREADGILL. Il a pourtant déjà une identité très marquée. THREADGILL ne copie personne, dans le style comme dans la composition. Même si l’on peut être tenté de le rapprocher, par exemple, d’un Anthony BRAXTON, ou même d’un Charles MINGUS à l’époque de Let My Children Hear Music, les compositions élaborées ici ne ressemblent véritablement à aucune autre. Alors non, X-75 n’est pas le meilleur album de Henry THREADGILL, et c’est tant mieux. Car au fond, ce meilleur album n’existe pas encore, puisque notre homme continue d’enregistrer, de tourner, de chercher. Toujours avec la même exigence et la même discrétion. Un très grand artiste à découvrir absolument.

*Il existe également une version plus tardive, X-75, Volume 1 Expanded, comprenant 4 morceaux supplémentaires.

A lire aussi en JAZZ par LE BARON :


Frank ZAPPA
Make A Jazz Noise Here (1991)
Music is the best !




The LOUNGE LIZARDS
The Lounge Lizards (1981)
Ceci n'est pas du Jazz


Marquez et partagez





 
   LE BARON

 
  N/A



- Henry Threadgill (saxophone alto, flûte, flûte basse)
- Douglas Ewart (clarinette basse, piccolo, flûte)
- Joseph Jarman (saxophone soprano, flûte)
- Wallace Mcmillan (piccolo, flûte alto, saxophone ténor)
- Leonard Jones (contrebasse)
- Brian Smith (basse piccolo, contrebasse)
- Rufus Reid (contrebasse)
- Fred Hopkins (contrebasse)
- Amina Claudine Myers (voix)


1. X-75, Volume 1
2. Sir Simpleton
3. Celebration
4. Air Song
5. Fe Fi Fo Fum



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod