Recherche avancée       Liste groupes



      
EXPERIMENTAL  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

- Style : The Suite Unraveling , Autoryno, Ornette Coleman
- Membre : FantÔmas, Peeping Tom, Christian Marclay , Reed / Anderson / Zorn, Painkiller, Hudson, Tomahawk, Nevermen, Mr. Bungle, Faith No More, Medeski Scofield Martin & Wood, Secret Chiefs 3, John Scofield
- Style + Membre : Sonny Clark Memorial Quartet, Masada, Zebrina, Rashanim, Naked City
 

 Tzadik (1129)
 Le Zornographe (676)

John ZORN - Cobra (1987)
Par LE BARON le 10 Août 2020          Consultée 277 fois

Convenons que se frayer un chemin à travers la jungle de la discographie de John ZORN n’est pas chose aisée de prime abord. Et pourtant, au fur et à mesure de notre progression, quelques albums sortent du brouillard, phares dans la longue, très longue chronologie des disques. Cobra, dont le nom provient d’un jeu de stratégie, est une de ces balises, à double titre : c’est une œuvre qui apparaît plusieurs fois dans la discographie de ZORN sous des formes différentes ; elle est jouée régulièrement de par le monde par des orchestres toujours plus nombreux.

Et pourtant, Cobra n’est pas simple, ni à jouer ni à écouter d’ailleurs puisque John ZORN retourne avec ce double vinyle à ses chers "game pieces". Rappelons qu’il s’agit d’improvisations totales – il n’y a pas une seule note de musique écrite – encadrées par des règles. Une sorte d’Oulipo* de la musique, en somme.
Et comme pour l’Oulipo, ignorer la contrainte, c’est-à-dire écouter ce disque sans s’intéresser aux règles qui ont permis son enregistrement relève de la gageure. J’en entends qui râlent au motif que la musique ne vaut que pour elle-même, que si elle est incompréhensible, elle ne vaut pas l’écoute, etc. Lecteur, laisse-moi penser que ce n’est pas si simple, et tenter de t’expliquer deux trois trucs.

Une des caractéristiques de la musique de John ZORN est de chercher constamment de nouveaux équilibres entre musique écrite et musique improvisée. Là où ZORN pousse l’expérimentation très loin avec ses "game pieces", c’est qu’il marrie l’improvisation totale – il n’y même pas de tonalité à respecter – à des règles strictes. De plus, ces règles sont activables par les musiciens eux-mêmes qui influent donc directement sur le morceau en cours de création au-delà de leur propre instrument, ce que d’autres musiques improvisées comme le free jazz ou le soundpainting de Walter THOMPSON ne permettent pas forcément.
Pour cela, ils doivent faire appel au "prompter**", qui a la place de chef d’orchestre sans l’être vraiment. Les musiciens l’interpellent, lui indiquent par leur gestuelle quelle règle ils veulent mettre en place. Le "prompter" brandit alors une carte correspondant à la règle demandée, chaque musicien devant la prendre en compte à un signal donné.
Prenons des exemples*** : un premier musicien demande à jouer en duo avec un deuxième de son choix ; un troisième souhaite faire répéter une séquence à un quatrième ; un cinquième lance une improvisation façon cartoon pour tout le monde, etc. Au "prompter" de choisir les demandes, de les séquencer, voire de les ignorer ou même de brandir une règle de son propre choix.
Le rôle de "prompter" est donc déterminant. Davantage chef de bande que d’orchestre, il est le garant de la bonne tenue générale de l’ensemble, qui risque à tout moment de partir en vrille. John ZORN excelle dans ce rôle et avoue avoir des tendances fascisantes lorsqu’il le tient***. Qu’importe, puisqu’il a tout prévu ! Le musicien qui le souhaite peut en effet déclencher une guérilla et se rebeller contre le "prompter", ne plus suivre ses consignes, fédérer des musiciens autour de lui, et même faire des prisonniers**** !

Cette première édition de Cobra propose une version enregistrée en studio, une autre en concert. Bien évidemment, les deux versions n’ont que peu de rapport entre elles, si ce n’est qu’elles participent de la même expérimentation.
Les musiciens sont nombreux dans les deux cas, permettant une grande diversité de sonorités, à l’instar d’Archery. On pourrait craindre un impitoyable déluge sonore, il n’en est rien. On peut même s’étonner de la douceur qui se dégage par endroits, sortes de moments de répits avant l’assaut, et qui agissent comme des respirations entre deux phases plus heurtées. C’est peut-être une évidence, mais disons-le tout de même : jouer Cobra demande non seulement une excellente technique instrumentale, mais également beaucoup de concentration, le musicien devant savoir réagir dans la seconde à une nouvelle injonction.
Les amateurs de musique plus conventionnelle crieront peut-être au scandale, arguant du fait que cette musique part dans toutes les directions. On ne saurait leur donner tort, cette musique part effectivement dans tous les sens. C’est d’ailleurs un de ses intérêts, cette succession extrêmement rapide de courtes séquences, tous les styles musicaux semblant passer par fines tranches de quelques secondes. En cela, Cobra annonce NAKED CITY.

On retiendra finalement de ce disque qu’il est paradoxal. D’abord parce que l’écoute est difficile, et même impossible si l’on ne s’intéresse pas un minimum à la démarche d’ensemble. Cela limite son impact.
L’autre paradoxe, c’est l’album en lui-même. Cobra est une expérience changeante, unique, que le disque fige dans une intemporalité qui ne lui convient pas.
Il n’empêche : pour quiconque s’intéressant à la musique improvisée, c’est une œuvre passionnante avec laquelle John ZORN pousse à son paroxysme le jeu de l’improvisation dirigée, créant les conditions d’une musique certes extrême mais surtout foisonnante, et toujours renouvelée.


*OUvroir de LIttérature POtentielle : un Oulipo est une création littéraire à partir d’une contrainte de départ. On cite généralement en exemple « La Disparition », de Pérec, roman écrit sans la lettre « e ».
**Le prompteur, ou souffleur.
***Je tire ces exemples du passionnant article : “Some Notes on John Zorn’s Cobra », de John Brackett, American Music, Vol. 28, No. 1 (Spring 2010), pp. 44-75.
****C’est-à-dire faire taire certains musiciens.

A lire aussi en JAZZ par LE BARON :


PAINKILLER
50th Birthday Celebration - 12 (2005)
Rock/jazz /experimental




John ZORN
Locus Solus (1983)
Totalement barré !


Marquez et partagez





 
   LE BARON

 
  N/A



- Jim Staley (trombone)
- J.a. Deane (trombone)
- Carol Emanuel (harpe)
- Zeena Parkins (harpe)
- Bill Frisell (guitare)
- Elliott Sharp (guitare/basse double manche, guitare soprano, voix)
- Arto Lindsay (guitare, voix)
- Anthony Coleman (piano, clavecin, celesta, orgue)
- Wayne Horvitz (piano, orgue hammond, celesta, dx7)
- David Weinstein (échantillonnage, celesta)
- Guy Klucevsek (accordéon)
- Bob James (bandes)
- Christian Marclay (platines)
- Bobby Previte (percussions)
- John Zorn (prompter)


- cobra (studio Version + Live Version)
1. Opening
2. Allegro
3. Largo
4. Moderato
5. Fantasia
6. Presto
7. Adagio Maestoso
8. Violento
9. Allegro Scorrevole (bonus)
10. Capricciocongusto
11. False Start / Giocoso (bonus)
12. Scherzo
13. Maestoso Meccanico (bonus)
14. Variations / Furioso (bonus)
15. Epilogue

1. Prologue / Maestoso
2. Capriccio
3. Prestissimo (bonus)
4. Lento / Mysterioso
5. Allegro



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod