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The LOUNGE LIZARDS - The Lounge Lizards (1981)
Par LE BARON le 16 Mars 2017          Consultée 177 fois

Fondé en 1978 à New-York, the LOUNGE LIZARDS est un drôle de groupe. John LURIE (aux saxophones alto et soprano) et son frère Evan (piano) en sont les deux piliers, eux-seuls étant présent tout au long de la discographie du combo. Discographie tout de même assez maigre : en 20 ans, 4 albums studio seulement ! C’est peu, mais cela correspond tout à fait au côté nonchalant des deux frangins qui n’ont jamais pris la musique au sérieux.

Il faut dire qu’ils ont d’autres occupations : divers projets en solo et, pour John, la peinture et le cinéma – comme acteur. Car John LURIE, pour les cinéphiles, c’est avant tout le grand ténébreux qui hante de sa silhouette longiligne deux films de Jim Jarmusch : Stranger Than Paradise et Down By Law*.

The Lounge Lizards, l’album, date de 1981. C’est le premier du groupe et il apparaît déjà comme à peu près inclassable, même si c’est le jazz qui revient lorsqu’on cherche à en définir le style. On est pourtant très loin de ce qui se joue à l’époque, entre le jazz-rock des 70’s (des super-groupes plein de supers-musiciens jouant tous super-vite, boarf...) et le « smooth jazz » des Grover WASHINGTON, JR et autres David SANBORN, argh! Heureusement Les Lézards sont d’un autre monde, et ne suivent aucune mode.

Si leurs influences viennent en grande partie du jazz, ils s’affranchissent largement de ses codes et de ses rites. L’absence de « vrai » chorus en est le signe évident. John LURIE a beau être un excellent saxophoniste, il n’est jamais démonstratif. C’est d’ailleurs un des points de convergence du groupe avec Thelonious MONK dont le groupe reprend rien moins que deux morceaux (« Well You Needn’t » et « Epistrophy »), mais de façon très personnelle. L’autre point commun avec MONK, c’est un goût prononcé pour des mélodies apparemment simples et des accords pas tout à fait orthodoxes, qui créent des tensions sans jamais verser dans l’atonalité. Les LOUNGE LIZARDS en ont à revendre, de ces ritournelles un peu bizarres, toujours classieuses, et qui vous hantent parfois des journées entières. « Fatty Walks » en est une que j’aime beaucoup : simple mais bancale, légère et drolatique. Et si l’on n’entend pas encore dans ce disque les merveilleux enchevêtrements de cuivres qui feront la marque de John LURIE lorsque le line-up deviendra plus imposant, on perçoit déjà une personnalité musicale très forte. Et, toujours, cette distance, un air de ne pas trop y croire, un côté dandy en somme.

L’élégance musicale du groupe s’illustre jusqu’à la pochette du disque, très éloignée de la frime des années 80 : les 5 membres du groupe posent tous en chemises blanches et cravates noire. En fait, les musiciens semblent tous sortir d’un film noir des années 40 ou 50, impression renforcée par le fait qu’ils ouvrent l’album avec un « Incident On South Street » fiévreux, suivi d’une reprise de « Harlem Nocturne », de Earle HAGEN, qui a été le thème de la série « Mike Hammer », du sulfureux auteur Mikey Spillane. Spillane, d'après lequel John ZORN crééra une oeuvre formidable en 1987 ("Spillane"), avec, dans le rôle du narrateur/Mike Hammer... John LURIE !

Revenons à nos Lézards. Le quintet peut sembler hétéroclite. Si le bassiste (Steve PICCOLO) a l’air à peu près normal, le guitariste (Arto LINDSAY) est avant tout présent pour expérimenter et s’avère capable de sortir une panoplie de bruits tous plus improbables de son instrument. Quant au batteur (Anton FIER), ici plutôt sobre, il rejoindra rapidement PÈRE UBU. Préciser que ces deux-là croiseront la route de John ZORN à diverses reprises n’est qu’une indication supplémentaire du terrain musical qu’ils explorent. Quant à Evan et John LURIE, ils ne se départissent jamais de leur regard mi-sérieux mi-amusé sur leur création, parfaitement conscients de créer une musique aussi belle qu’élégante, bizarreries comprises.

Les lézards nous baladent donc un leur univers teinté de jazz, de film noir, mais également de rock. Ils parviennent surtout à créer une musique unique, dont les influences ne prennent jamais le pas sur la création. Profondément originale, cette musique s’apprivoise avec le temps. Il faut en effet s’y plonger pour y découvrir beaucoup de subtilité sous l’ironie et la fausse simplicité. Alors, est-ce du jazz ? A l’évidence, non. Cela en a les apparences extérieures, mais c’est tout. C’est du faux jazz, et c’est tant mieux.


*Dans Down By Law, on trouve également Tom WAITS. Jim Jarmusch a également tourné Year Of The Horse, sur Neil YOUNG, et récemment Gimme Danger, sur The STOOGES. Les bandes-sons de ses autres films sont également intéressantes.

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   LE BARON

 
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- John Lurie (saxophone)
- Evan Lurie (claviers)
- Steve Piccolo (basse)
- Arto Lindsay (guitare)
- Anton Fier (batterie)


- lounge Lizards
1. Incident On South Street
2. Harlem Nocturne
3. Do The Wrong Thing
4. Au Contraire Arto
5. Well You Needn't
6. Ballad
7. Wangling
8. Conquest Of Rar
9. Demented
10. I Remember Coney Island
11. Fatty Walks
12. Epistrophy
13. You Haunt Me



             



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