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MUSIQUE ELECTRONIQUE  |  STUDIO

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- Style : Dream Theater
- Membre : O.s.i.

CHROMA KEY - Graveyard Mountain Home (2004)
Par BAKER le 12 Septembre 2018          Consultée 91 fois

Après l'échec commercial patent de You Go Now, suivi du succès (attendu) de O.S.I., groupe ô combien plus violent et direct que CHROMA KEY, on comprend que Kevin Moore ait été déstabilisé, qu'il ait eu besoin d'aide pour concrétiser un troisième album de C.K., son bébé, le versant ambiant/chill pour lequel il est si doué et que manifestement le grand public ne comprend pas très bien. Mais comment se faire aider lorsque le projet est solo ? Le garçon est alors parti s'exiler, d'abord au Costa Rica, puis en Turquie, rencontrant des musiciens et surtout des D.J. locaux. Une ouverture d'esprit qui ne suffit pas à l'époque à déclencher une vague d'inspiration. Alors pour se forcer, Kev'Mo utilisa un stratagème bien connu : composer une fausse B.O. - et en l'occurrence, une "vraie/fausse" B.O. puisqu'il porta son choix sur Age 13, un curieux moyen-métrage de 1955, ici converti à la moitié de sa vitesse pour renforcer le caractère surréaliste.

L'utilité d'un tel challenge ? Simplement la structure de l'album, toute faite, immuable, et qui permet au compositeur de s'essayer à diverses ambiances tout en ayant des garde-fous. Un bon moyen de se pousser au cul : non, l'album ne sera pas fini tant qu'il n'y aura pas une musique d'action ici et une musique romantique là... Vous voyez le topo : une sorte d'architecture pré-mâchée. C'est effectivement très efficace pour "forcer" l'écriture d'un disque. Mais il y a deux autres aspects que cette démarche occulte : l'inspiration pure et l'envie sincère de sortir un disque, deux éléments qui frappent dans Graveyard par leur quasi absence. Kevin semble avoir sorti ce disque pour la plus mauvaise des raisons : parce qu'il le fallait contractuellement.

Cette fausse B.O. (par ailleurs globalement ratée sous cet aspect purement illustratif) est parsemée de longs moments de musique fatiguée, parfois un peu bâclée, parfois sans mélodie ni vraie ambiance, parfois surtout confinant au n'importe quoi, avec en trame sur tout le disque un Moore qui met de plus en plus en avant des guitares, souvent acoustiques, jouées par lui de façon sommaire voire bancale mais non sans charme, et qui montrent clairement que le garçon est fatigué, qu'il en a marre de ses claviers et qu'il est en train d'apprendre un nouvel instrument tellement il s'ennuie.

Le clash prod électro habituelle mais avec des éléments cheap (les marimbas ouvrant l'album font vraiment très peur) contre musique minimaliste et roots ne fonctionne que très rarement. Pour un "White Robe" assez apaisant voire un "True and Lost" jumeau et authentique, vous avez un "Give Up" qui ne va nulle part, ou bien le morceau éponyme pas si mauvais mais qui ressemble étrangement à une ancienne démo de Kevin... en moins aboutie et moins bien produite ! (A noter que même les titres des chansons semblent ne pas avoir été finalisés : on a des différences entre le CD-Text et la pochette). Vous avez aussi les titres totalement abstraits, comme "Andrew"... rien d'autre que deux minutes de pluie, ou "Mother's Radio" qui expérimente à foison mais sans rien apporter au genre. Au rayon des bizarreries, "Before You Started" aurait pu fonctionner avec sa seconde partie entre batterie psychédélique façon Nick Mason à ses débuts et orgue Farfisa malsain, inquiétant et nauséeux ; mais cette première partie entre trip-hop (LE genre vers lequel on sent Kevin tanguer) et world music mal digérée plombe tout.

Le clou du disque sera "Human Love" : prenez "When You Drive" de CHROMA KEY, doublez-en largement la durée, ajoutez un texte encore dix fois plus agaçant et substituez à la rêverie des pianos électriques ouatés des boucles minimalistes trip-hop s'amoncelant au gré de Moore qui plante ses effets sonores comme des kriss, logique, pro. Mais ennuyeux. Et à aucun moment, le disque ne trouve une sorte d'équilibre. Les tentatives de destructuration tournent à la farce. Bizarrement, l'un des titres les plus intéressants est aussi un des plus foutraques. "Pure Laughter" débute comme une insulte à l'auditeur mais au final révèle une ambiance horrible, la guitare exactement à la frontière entre le ridicule et l'atroce, développant un univers Lynchien - pensez Eraserhead, et c'est peut-être aller aussi loin, être aussi extrême qui aurait sauvé ce disque.

Au lieu de ça, Kevin fait semblant de prendre des risques, et quand il se remet au "vrai son" CHROMA KEY, c'est toujours intéressant mais la magie a disparu. A la place, "Sad Sad Movie" fonctionne bien, mais légèrement à l'économie, et" Again Today" tape sur les nerfs ; une seule et unique chose sauve cette... chanson qui n'en est pas tout à fait une : la voix de Kevin, monocorde, étrange et répétitive, comme à son habitude. Et ça fait mal parce qu'on sent clairement que ce projet studio, qui avait merveilleusement commencé et nous avait donné tant de frissons, vient de purement s'effondrer, pour ne plus jamais s'en remettre. Il se murmure ces derniers temps que le beau Kev retravaille sur un projet très spécifiquement Chroma Keyesque ; projet bien avancé mais que votre serviteur refuse catégoriquement de découvrir par bribes comme il le propose. Un album de CHROMA KEY, c'est un bonbon, une caresse : c'est entier ou rien. Cet album est un bonbon aussi. Un JellyBelly. Vous y trouverez du caramel au beurre salé. Ou du vomi : même couleur, pas de bol.

Note finale : 1,5/5, remonté à 2 car sincèrement, les parties "guitare à la Robert Johnson" sont croquignolettes.

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   BAKER

 
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- Kevin Moore (chant, choeurs, claviers, prog, guitare)
- Erdem Helvacioglu (guitare)
- Theron Patterson (basse, prog)
- Utku Unal (batterie)
- Bige Aknediz (chant)
- Bob Nekrazov (guest)


1. Yyy
2. Give Up
3. White Robe
4. Mother's Radio
5. Graveyard Mountain Home
6. Salvation
7. Before You Started
8. Human Love
9. Come In, Over
10. Pure Laughter
11. Andrew Was Drowning His Stepfather
12. Sad Sad Movie
13. True And Lost
14. Again Today



             



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