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POST-ROCK  |  E.P

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FÉROCES - Joséphine (2018)
Par WATCHMAN le 1er Octobre 2018          Consultée 604 fois

Le temps passe et les post rockeux bisontins de FEROCES poursuivent leur bonhomme de chemin, imperméables aux modes et aux tendances qui rythment ordinairement le monde de la musique. Mais pourquoi se borner à n'être qu'un suiveur lorsqu'on a pratiquement créé un sous-genre à part entière : je veux parler ici du post rock cinématographique. Petit rappel pour ceux qui ne connaîtraient en effet pas encore ce groupe. En 2016, ils ont l'excellente, audacieuse et innovante idée de coupler le post rock, un style où l'absence de chant est extrêmement courant, à des dialogues de films extraits pour la majorité de la période dite "Nouvelle Vague". Juliette avait ainsi ouvert la voie, bientôt suivi par Victor, qui passait davantage en revue le cinéma des années 70-80. Sans oublier entre-temps le single Donna, pour le compte du webzine Indie Rock Mag qui souhaitait sortir une compilation afin de commémorer les 25 ans de la série culte Twin Peaks. Nous sommes désormais en septembre 2018. Le line-up est resté inchangé. Les concerts se sont enchaînés avec comme point d'orgue une mini-tournée au Québec en ouverture du combo Au Revoir, contribuant ainsi à asseoir la crédibilité du groupe dans le milieu, et surtout à exporter le nom de FEROCES hors de l'Hexagone. Mais si l'on a parfois tendance à dire qu'un malheur n'arrive jamais seul, il peut en être également de même pour le bonheur, et cette fin d'été voit justement la fratrie férocienne accueillir un nouveau rejeton en son sein, avec la petite dernière : la bien nommée Joséphine.

Après deux E.P. très réussis, dire que ce nouvel opus était très attendu relève d'un doux euphémisme. Le groupe allait-il en effet continuer sur la même tonalité sombre et nuancée que possédait Victor ? Ou bien au contraire tenter de nouvelles choses ? La réponse tient en deux mots : les deux.
C'est un aspect qui se remarque dans la carrière de nombreuses formations. Le troisième album représente généralement un cap. Une confirmation qui s'accompagne généralement d'innovations voire d'expérimentations notoires.
Qu'est-ce qu'on va devenir nous deux ?" ouvre cependant l'E.P. de façon assez classique, avec une délicieuse envolée mélodique qui casse habilement la structure du morceau grâce à une accélération judicieuse du rythme. Il faut attendre le second titre, "Une tempête de neige sur l'autoroute" (dont les dialogues sont extraits du film "120 battements par minute"), pour s'apercevoir des premiers changements et constater que FEROCES sait faire évoluer sa musique. La rythmique est lourde, presque doom metal par instants, et on peut entendre le superbe travail effectué sur les arrangements électroniques (ces splendides nappes de claviers qui enveloppent les riffs). "Il a bien fallu que je vive" poursuit sur une voie sombre, avec une section rythmique assez minimaliste, ce qui permet à la guitare de se mettre très en avant pour conduire avec brio le morceau dans des contrées désenchantées. "Joséphine", le morceau-titre, développe une atmosphère introspective encore une fois magnifiquement portée par les claviers, qui m'évoquent par moments la période How To Measure A Planet ?/If-Then-Else du groupe THE GATHERING. Le rendu est de toute beauté, avec en filigrane une tristesse omniprésente qui nous enlace de sa froide étreinte. Vient ensuite la captivante "Il peut très bien voler son avion", à l'introduction chuchotée et confidentielle égrenée de notes de guitares bluesy ; juste avant que le disque ne se conclue sur "À chacun son petit tunnel", un amer constat sur la solitude et la mort, qui démontre à lui seul que FEROCES se fait magnifiquement le chantre des malheurs, désillusions, regrets et autres absurdités que la vie place avec parfois délectation sur notre chemin. Toutes ces choses que nous devons affronter et, pour la plupart d'entre nous, avec lesquelles il nous faut bien souvent vivre au quotidien.

Joséphine apporte donc une nouvelle pièce à l'édifice post rockien (pour l'instant sans réel défaut) que bâtit FEROCES depuis maintenant deux ans. Il s'agit à n'en point douter de l'œuvre la plus introspective et contemporaine du groupe, et de mon avis leur meilleure. Toujours plus sombres, plus tristes, ces six nouvelles compositions qui abordent des thèmes forts et depuis le début chers au groupe (divorce, mort, maladie, solitude) illustrent avec un réalisme étourdissant le mal-être, le désenchantement et l'absence de repères de notre société actuelle qui semble partir dangereusement à la dérive. Peut-être devrions-nous faire comme Alice Isaaz, l'interprète de Joséphine dans le film Espèces menacées qui orne la pochette de l'opus. À savoir nous résoudre à nous allonger nonchalamment et contempler notre fin proche. Quoiqu'il en soit, il aura bien fallu que nous vivions...

Ils sont Féroces. Ils ne chantent pas, ils ne dansent pas, mais p****n ce qu'ils jouent bien !

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- Jérôme Josselin (guitare)
- Sébastien Descamps (basse, claviers, programmation)
- François Schauber (batterie)


1. Qu'est-ce Qu'on Va Devenir Nous Deux ?
2. Une Tempête De Neige Sur L'autoroute
3. Il A Bien Fallu Que Je Vive
4. Joséphine
5. Il Peut Très Bien Voler Son Avion
6. À Chacun Son Petit Tunnel



             



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