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Emmanuel MOIRE - Le Chemin (2013)
Par BAKER le 15 Mars 2019          Consultée 264 fois

Les maisons de disques ont du flair pour virer les gens au pire moment. Pour Emmanuel MOIRE, c'est vrai que L'Equilibre n'avait peut-être pas aussi bien marché que prévu, mais s'en débarrasser pendant qu'il peaufine ce qui deviendra de facto son meilleur album, et de loin, c'est ballot. A six francs près, madame Chombier, vous auriez gardé dans votre catalogue (vous savez, le truc dont vous ne vous occupez pas) un artiste qui réussit à plaire aux radios jeunes tout en conservant une certaine intégrité. Oh, il continue de faire du MOIRE, les fans des deux premiers opus seront en terrain connu : un peu électro à la DAHO, relativement rigide mais pas froide, c'est de la variété. Mais vous l'aimez comment, votre variété ? Avec beaucoup de mélodies ? Alors, je note : à point. Sauce poivre vert ?

Derrière une apparente simplicité, Le Chemin montre en effet un artiste au zénith de sa créativité. Déjà, bien qu'il ne s'agisse pas d'un album concept au sens habituel du terme, il s'agit d'un disque très bien structuré, en deux parties distinctes, et au tracklisting absolument impeccable. D'ailleurs, je vous conseille l'édition normale du disque. La limitée glisse entre les morceaux 3 inédits qui stylistiquement cassent un peu l'ambiance et ne sont pas à la hauteur (bien que "L'abri et la demeure" utilisant d'étonnantes grosses guitares laisse poindre un intéressant futur). Le son est gros et assez chaud. Les musiciens qui se font souvent très discrets font "le job", mais le font très bien, à l'image du morceau "Vous deux" constitué uniquement de trois guitares délicates. Vocalement, Emmanuel est... fidèle à lui-même, avec en bonus une maîtrise assez stupéfiante des backing vocals, qu'il assure tout seul sur l'ensemble du disque avec un professionnalisme bienvenu.

Mais plus que le chanteur, c'est le mélodiste qui s'exprime ici. Toutes les chansons ne sont pas fantastiques, mais ce CD comporte un nombre très élevé de refrains franchement prenants. Que ce soit sur l'intro "La vie ailleurs", magnifique montée en puissance, l'énorme tube "Beau malheur" (oasis radiophonique à sa sortie), le passionné "La blessure", le morceau-pivot "Ici ailleurs" avec ses choeurs à la TOTO et son "hey !" de reprise digne de HAUTEVILLE, MOIRE multiplie les refrains-piverts qui vous trottent dans la caboche des semaines durant. Même en essayant d'être plus sombre, il ne peut s'empêcher d'attraper l'auditeur dans ses filets avec une mélodie bien trouvée : "Ne s'aimer que la nuit" traite d'un sujet délicat à mettre en chanson, il nous fait ça avec l'aisance d'un VOULZY ou d'un Musumarra, et avec classe en prime, son parolier n'étant pas à prendre à la légère.

Quelques chansons se montrent plus anecdotiques, comme "Je ne sais rien" ou "Le jour", plus lancinantes que suaves. Mais elles sont souvent sauvées par la délicatesse des arrangements de quatuor à cordes, réalisés avec intelligence. L'ambiance apaisée arrive également à trouver ses marques, alors que sur les deux premiers albums, il manquait cruellement quelque chose. "Venir voir", par exemple, distille une plénitude triste, une vraie "saudade" à la française. Jusqu'à la fin, l'homme garde des surprises. "La vie ici" termine l'album curieusement, avec un quatuor fort bien utilisé et une mélodie vocale utilisant des notes de septième qui font leur petit effet.

Une fin décevante puisque se terminant sur un fade-out au lieu d'exploser comme il sait si bien le faire... puis après deux minutes de silence (une des pires inventions de l'histoire du CD), ce final aérien et sombre à la fois, solennel, conceptuel. Emmanuel sait qu'il a réussi son pari, et il a bien raison d'en profiter : bien que ne révolutionnant rien, Le Chemin est un disque à la fois accessible et riche, intelligent et populaire. Un petit état de grâce, en somme.

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- Emmanuel Moire (chant, choeurs, claviers, prog)
- Christian Lieu (claviers, prog, guitare)
- Roman Chelminski (guitare)
- Laurent Vernerey (basse)
- Eric Langlois (batterie)
- Philippe Nadal (violoncelle)
- Antoine Dipietro (violon)
- David Naulin (violon)
- Sébastien Surel (violon)
- Macedonian Radio Symphonic Orchestra (orchestre)


1. La Vie Ailleurs
2. Beau Malheur
3. Venir Voir
4. Je Ne Sais Rien
5. Suffit Mon Amour *
6. La Blessure
7. Vous Deux
8. Ici Ailleurs
9. Le Jour
10. Ce Qui Me Vient *
11. Mon Possible
12. Ne S'aimer Que La Nuit
13. L'abri Et La Demeure *
14. Quatre Vies
15. La Vie Ici
- * = édition Limitéee Uniquement



             



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