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BOOZE BROTHERS - The Lemming Experience (2019)
Par GEGERS le 15 Mars 2019          Consultée 470 fois

Comment expliquer l’amour que l’on ressent pour un groupe ? Pas l’amour fanatique, celui qui pousse certains à collectionner les sous-vêtements de leurs musiciens-fétiches, mais l’amour profond, viscéral, que l’on éprouve pour un ensemble de musiciens lorsque leurs chansons nous bouleversent, nous séduisent, nous embarquent. Sous couvert d’analyse et d’une certaine objectivité, nous ne nous accordons que rarement le plaisir de déclarer, sans fard ni faux-semblants, notre amour inconditionnel pour ceux qui embellissent notre existence. Alors faisons fi des conventions, et disons-le tout de go : Les BOOZE BROTHERS, on vous aime !

Les BOOZE le savent. Chaque sortie d’album, chaque concert dans un rayon de moins de 100km autour de la maison, provoque chez nous un émoi sincère et une fébrilité non feinte. Car non content de compter en ses rangs le meilleur chanteur de la scène punk-rock celtique française, en la personne de Bert Yates, le groupe se fait rare et précieux. Rare, car même si ses membres tentent de vivre de leur musique en enfilant les concerts comme des perles, les BOOZE restent discrets sur album, le dernier opus studio du groupe remontant tout de même à 2010. Précieux, car au contraire de nombre de ses contemporains qui écument les festivals, le combo ne propose pas qu’un punk-rock "à boire", hédoniste et festif. Si les BOOZE ne renient aucunement cet aspect de ce genre musical, et s’ils l’intègrent même dans leurs albums, ils voient néanmoins plus loin et infusent dans leur punk débridé une bonne dose d’humanisme désabusé et de réflexions pas forcément optimistes quant à l’état du monde et à son devenir. C’est ce mélange des genres qui fait la richesse de chacun de ses albums.

Une richesse que l’on retrouve ainsi dans ce nouvel opus qui met fin à une longue absence. Désireux de célébrer dignement ses 20 ans d’existence, le groupe propose un opus particulièrement soigné, tant au niveau du packaging que de la production, claire et puissante. Si le son un peu brouillon du live de 2015 pouvait rebuter certains néophytes, plus d’excuses ici : le chant est clair, les guitares puissantes, les instruments tradi parfaitement intégrés dans le mixage : la mise en forme est parfaite ! Tous ces éléments se mettent au service d’un punk celtique délicatement féroce, brutalement subtil. D’emblée, le groupe entre en résistance en proposant une relecture du traditionnel irlandais "Black and Tans". Vous n’êtes pas Irlandais ? Peu importe, vous vous sentirez patriote à l’écoute de ce titre qui tourne en ridicule cette faction de l’armée britannique censée mettre de l’ordre en Irlande au début des années 1920, durant la guerre pour l’indépendance du pays. Chose qui mérite d’être notée, puisque les craintes étaient légitimes, l’accordéon qui depuis plusieurs années remplace le violon en live (pour des raisons artistiques autant que pratiques), trouve parfaitement sa place ici. Si l’instrument est moins "maniable" et moins volubile qu’un violon, cela est compensé par la virtuosité incroyable de Rémi Geffroy et une combinaison gagnante avec la flûte, le bodhran et le bouzouki, le mélange des instruments donnant naissance à de très belles parties instrumentales rappelant peut-être parfois plus les Pyrénées que l’Irlande et ses vertes prairies, mais d’une beauté souvent bluffante.

On apprécie lorsque les BOOZE nous balancent leur punk sans concession. Cela fait du bien de les retrouver sur "Burn My Way" ou "She’ Ain’t The One", des morceaux interprétés en concert depuis quelques années, mais qui trouvent sur album une vie nouvelle. Témoignant d’une énergie débridée, ces titres puissants et imparables s’inscrivent dans la droite lignée des "Play For Them" ou "Colours Go Dull" des albums précédents. Le premier des deux, particulièrement, se fait savoureux de bout en bout. Mais, comme depuis ses débuts, le groupe sait se faire nuancé. Sombre, le titre de l’album, "The Lemming Experience" évoque notre société basée sur un système de consommation à outrance et se dirigeant tout droit vers un suicide collectif, à l’image de ces animaux du Grand Nord qui ont recours au suicide pour réguler leur population. Certains morceaux se font ainsi désabusés. C’est le cas de "Boozing", également très certainement le meilleur morceau de l’album. Ce mid-tempo percutant se voit porté par un riff hard rock somme toute classique mais qui, magnifié par des ambiances torturées (à l’image du protagoniste, rongé par l’alcool) et un accordéon très entreprenant, devient un moteur particulièrement puissant. Lorsque le morceau s’étale, voyant accordéon et guitare se répondre durant un bel intermède instrumental, les BOOZE nous font plaisir. Mieux, ils nous comblent.

On peut regretter l’absence de la "Chanson de Craonne", présente sur lors du live de 2015 et qui aurait très certainement trouvé sa place sur cet opus plus sombre que revendicatif, mais ne faisons pas la fine bouche. Les BOOZE nous y offrent leurs tripes et leur savoir-faire dans un mélange des ambiances. Alternent ainsi le punk celtisant et entraînant de "Not Afraid To Try" ou "Everyday" et le rock plus mesuré et ambivalent de "Thousands Are Sailing", reprise des POGUES et autre grand moment de l’album. Bert Yates se fait impérial et poignant en déclamant ce texte qui évoque l’émigration de masse et les misérables conditions d’accueil des réfugiés. L’émigration irlandaise vers les Etats-Unis du 19ème siècle fait écho aux phénomènes plus récents, qui vont peut-être bientôt nous concerner. Délicatesse et rage punk se côtoient dans cette excellente reprise.

Une pantalonnade habituelle succède à ce chef-d’œuvre, la relecture du traditionnel "Wild Rover", qui après des versions punk, rap et reggae, se voit cette fois doté d’accents slaves somme toute agréables. Et si on aurait aimé une conclusion un peu plus explosive, c’est avec la ballade douce-amère "Happy" que s’achève cet opus, un morceau qui évoque les ambiances du morceau "Sorry" sur le premier album du groupe.

La boucle est bouclée. 20 ans que les BOOZE BROTHERS, par l’entremise du solide comme un rock Bert Yates et sa compagne Laure Nuzzi, nous offrent un punk-celtique authentique et bariolé, respectueux des traditions tout en sachant se faire perpétuellement novateur. Sur ce nouvel opus particulièrement soigné, le groupe parvient à nous surprendre, notamment grâce aux sonorités d’un accordéon délicieusement démonstratif, et à la présence de morceaux d’une efficacité redoutable. Alors disons-le, chantons-le, crions-le, éructons-le comme après avoir éclusé une pinte de Guinness au fond de quelque pub sombre et assourdissant : les BOOZE rendent cet affreux monde plus supportable !

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   GEGERS

 
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- Bertrand Yates (chant, guitare, bouzouki)
- Laure Nuzzi (bodhran)
- David Miethke (batterie)
- Kuba Lysek (guitare, banjo)
- Remi Geffroy (accordéon diatonique)
- Julien Lacoste (basse)


1. Black And Tans
2. Burn My Way
3. From Clare To Here
4. Every Day
5. Boozing
6. Not Afraid To Try
7. She Ain't The One
8. Thousands Are Sailing
9. Wild Rover Iv
10. Happy



             



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