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TêTES RAIDES - Les Oiseaux (1992)
Par RAMON PEREZ le 12 Mai 2019          Consultée 342 fois

Tu vois ce moment où tu percutes enfin à quoi sert cette pièce quand tu montes un meuble ? Cette pièce qui fait que cet assemblage, qui aurait assuré certes sa fonction, mais qui à l’évidence bringuebalait jusque-là, devient le mobilier que tu avais acquis ? Ou ce moment où Panoramix ajoute l’élément déterminant qui fait de sa bonne soupe LA potion magique ? Et bien ce moment, TETES RAIDES l’a connu autour de 1992, quand ils ont ajouté quelques cordes à leur palette (et accessoirement une touche féminine) avec l’arrivée de la violoncelliste Anne-Gaëlle Bisquay. Le groupe, quelque peu brouillon jusqu’ici, inabouti, trouve d’un coup l’entièreté de son art. S’achève. Et le montre fièrement avec ce « Gino » des grands jours en ouverture de bal, où le violoncelle change tout, par sa ligne mélodique soutenante et son superbe solo. Clairement, le groupe a franchi un cap. Celui de la cour des grands, avec l’un de ses meilleurs morceaux.

Il faut dire qu’il est dorénavant solidement outillé. Le line-up classique de TETES RAIDES est en place et ne bougera pratiquement pas pendant une quinzaine d’années, puisque des Oiseaux jusqu’à Fragile on trouvera toujours, outre Anne-Gaëlle et les trois fondateurs (les frères Olivier – Christian à l’écriture, au chant et à l’accordéon ; Pascal aux basses électrique et à vent – et Iso aux saxophones), Jean-Luc Millot aux percussions et Serge Bégout aux guitares. Chacun joue sa partition en artisan, ajoutant par petites touches sa couleur à la composition de cet ensemble de tableaux qu’est l’œuvre de TETES RAIDES. Ce côté pictural, presque plastique de la musique, faisant écho au travail des Chats Pelés (le collectif de plasticiens dont fait partie Christian et qui s’occupe de tout l’aspect visuel du groupe) ainsi qu’à celui de Fantôme (qui les éclaire sur scène), sera dorénavant la patte du groupe, toute sa singularité et son intérêt.

Le premier album à sortir de cet atelier est pour moi l’un des plus beaux. Cette beauté, elle est dans le détail, dans toutes ces enluminures qui n’ont pas d’autre intérêt dans la construction des chansons que de dire « tiens, ce serait pas mal de mettre cette note ici », mais qui constituent toute la richesse de l’ouvrage. A l’image de ce que l’on peut notamment entendre dans le final de « Luna », mais en fait tout au long du disque si on l’écoute attentivement. Elle est dans le souffle de nombre de compositions, comme par exemple le pont musical de « 9h2 ». Dans le chant de Christian, bien plus posé (parfois un peu trop précieux si l’on veut pinailler, l’un des rares défauts de l’ensemble), ainsi que dans ses textes tracés eux aussi à grands coups de pinceaux. Elle est surtout dans tout le travail sur les nuances. Si l’on peut faire un reproche général à la musique populaire, c’est bien l’inutilisation des nuances qui est à l’inverse l’un des principes incontournables de la musique classique. Les Oiseaux utilise toute la gamme, du pianissimo au fortissimo, en passant par l’usage de crescendo à te foutre les poils en l’air et possède un relief que bien peu de disques de ces dernières décennies peuvent se targuer de détenir.

Si ce disque est beau, sa force réside aussi dans le fait de faire cohabiter cette beauté avec l’esprit plus déglingué, presque punk, qui a caractérisé le groupe depuis le début. Par les quelques chansons où Iso pose sa voix rêche et affamée, ou par ces moments de chœurs aussi camarades qu’avinés, comme le final du « Phare ». Ou encore par ces moments de furie binaire régulièrement retrouvés au long de l’album. Cette alternance de morceaux sans grande prétention et d’autres bien plus sérieux comme le cafardeux et néanmoins superbe « P’tite dernière » ajoute encore au contraste du tableau.

Mais aussi bien fait soit-il, ce disque ne serait pas un grand disque sans quelques grandes chansons. Du genre à sauter immédiatement aux oreilles de ses auditeurs, à sa rappeler à leur mémoire même s’ils ne l’ont entendu qu’une fois, à devenir de vrais classiques du groupe. Les titres de cette trempe sont rares. Les Oiseaux en a trois. « Gino » le vendeur d’oiseaux, incontournable absolu (avec évidemment « Ginette ») de TETES RAIDES. Mais aussi le « Phare », cet instrumental absolument parfait à l’ambiance marine, à mettre entre toutes les mains de musiciens débutants ou expérimentés, tant il définit en un sens la musique, son côté joueur et touchant. Pour finir, il y a « Emily », ce final à deux accordéons (l’autre étant tenu par Benoit Morel, de LA TORDUE) où l’on retrouve une ambiance marine à en sentir le vent et les embruns. Le vaisseau TETES RAIDES a bien pris la mer. C’est un fier navire qui croise sur les océans de bière et leurs vagues musicales magiques, à la poursuite infinie d’oiseaux enchanteurs.

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   RAMON PEREZ

 
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1. Les Gens
2. Gino
3. Aurélie
4. Les P'tites Gueules
5. Austerlitz
6. Luna
7. 9h2
8. Barcelona
9. Le Grand Bal
10. La Comptine
11. Le Phare
12. La P'tite Dernière
13. Les Gens
14. Emily



             



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