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TêTES RAIDES - Les Terriens (2014)
Par RAMON PEREZ le 3 Février 2020          Consultée 195 fois

Ce disque, au début, je n’avais pas envie de l’aimer. Je n’avais pas envie de l’aimer car j’avais vu le line-up, ce qui m’avait permis de constater l’absence de Kropol, Anne-Gaëlle (présente depuis Les Oiseaux) et surtout Iso, l’un des fondateurs du groupe. Ces départs s’ajoutant à ceux de Jean-Luc, Edith et Cali les années précédentes. De la formation qui a enregistré Banco, deux albums en arrière (ou trois en comptant Corps de mots), ne restent que Christian et Serge, le guitariste. Autant dire que si Christian avait envie de faire des disques en solo, il pouvait clairement l’afficher, plutôt que d’appeler ça TETES RAIDES. Ce qu’il fit ensuite d’ailleurs, puisqu’il a enchaîné trois disques sous son nom depuis. Bref je n’avais pas vraiment envie de le considérer à l’égal des autres albums et on peut se demander si la maison de disques n’a pas non plus eu inconsciemment ce type de pensées, elle qui a inscrit sur la tranche du CD « Têtes Têtes », comme si ce n’était pas tout à fait Têtes Raides.

Sauf que je l’ai écouté. Et qu’il est vachement bien. Avant même l’écoute, il y a une chose qui est du Têtes Raides pur jus : l’objet. La pochette est une des plus belles de leur discographie, le livret est très réussi avec de nombreuses œuvres des Chats Pelés à l’intérieur dont certaines sont tout à fait saisissantes. De quoi donner un meilleur pressentiment avant de se lancer dans l’exploration musicale proposée. Celle-ci démarre par une phrase musicale aussi simple qu’efficace, car elle contient tout ce qu’il faut pour donner toutes les clés nécessaires à l’installation dans cet album.

A commencer par ce qui fait réellement de celui-ci un album de Têtes Raides : le travail plastique du son. Le groupe a toujours pensé sa musique par l’assemblage des instruments et des sonorités différentes qu’ils possèdent. Ramenés ici à la base guitare/basse/batterie (bien qu’il y ait tout de même quelques autres instruments utilisés), ce qu’il en reste travaille cette matière plus restreinte avec la même application. Les Terriens est avant tout une œuvre de sculpture de l’électricité, un terrain de jeu spécial six-cordes. Il fait clairement partie des albums les plus rocks de nos amis, mais du rock tout sauf bas du front. Pas question de simplement saturer la guitare ici. Puisqu’il n’y a plus de cordes ou de cuivres pour répondre aux chants des uns et des autres, les guitares vont parler aux guitares.

Et les guitaristes aux guitaristes. Car si, officiellement, Têtes Raides n’en n’a qu’un, ils sont trois à officier sur cet album. Daniel Jamet (Mano Negra) et Sébastien Martel (qui a accompagné beaucoup de beau monde) prêtent main forte à l’inamovible Serge Bégout sur dix des douze titres. Ces deux personnes extérieures tirent le groupe vers une direction rock’n roll old school qui lui va très bien (et même rockab par moments car Antoine ne rechigne pas à sortir sa contrebasse). L’album a été enregistré en conditions live, un choix faisant très bien ressortir ce dialogue entre guitaristes, qui adoptent chacun des sons ou des phrasés différents, qui se cherchent et se complètent constamment, y compris quand les trois jouent en même temps (sur « Les terriens » et « La tâche »). Les subtilités de ce jeu rendent ce disque moderne et même novateur ; donnent du grain à écouter tout du long, d’autant que la production est superbe, permettant de tendre l’oreille avec plaisir pour tenter de saisir tous ces détails.

En arrivant à ce niveau de perception, on se rend compte en parallèle du formidable travail fourni par Eric Delbouys aux percussions. Le jeu qu’il propose est lui aussi plein d’inventions et de subtilités, très bien rendues par le mixage. Décidément, les Têtes ont bien fait de confier ce bébé à Mike Cresswell (GENERAL ELEKTRIKS ainsi que de nombreux autres ont fait comme eux), qui rend une copie parfaite. Christian s’est dit fier de ce nouveau son ; il y a de quoi. Un son caractérisé par sa chaleur, travaillant surtout dans les graves. Y compris lorsque d’autres instruments viennent ajouter leurs couleurs, comme l’accordéon que l’on entend à deux reprises, mais avec des teintes puissantes et sombres qu’il n’avait jamais eues sur les enregistrements précédents.

Quelques titres se permettent de changer radicalement l’ambiance, histoire de faire varier les tons. La rêverie d’« Oublie-moi », la transe d’« A ta gueule » ou encore « Des silences » équilibrent fort bien les moments flamboyants (dont le très bon « Moderato »), amusants ou plus orageux. Les textes accentuent aussi ces changements d’humeur, avec le plus souvent des écrits optimistes, voire volontaristes, et quelque fois des choses beaucoup plus inquiètes ou désabusées. Le tout porté par un Christian à nouveau étonnement juste dans son interprétation. On sent qu’il a beaucoup écouté TOM WAITS récemment, au point que l’on croirait entendre l’Américain sur le décalé « Bird », où l’anglais est toujours aussi maltraité qu’aux premières heures. Porté par le chanteur, mais pas centré sur lui. Clairement, même si c’est forcément un album à part dans cette discographie, Les Terriens n’est pas encore un de ses albums solo. Il mérite donc d’afficher sur sa pochette ce grand « Têtes », définitivement raides.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Christian Olivier (chant, accordéon, scratch)
- Serge Bégout (guitare)
- Eric Delbouys (tambours)
- Antoine Pozzo Di Borgo (basse, contrebasse)


1. Alice
2. Moderato
3. Les Terriens
4. Oublie Moi
5. Le Rendez-vous
6. La Tache
7. L'au-delà
8. Mon Carnet
9. Bird
10. A Ta Gueule
11. Vers Où Je Vas
12. Des Silences



             



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