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PUNK / POST-PUNK  |  STUDIO

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IDLES - Ultra Mono (2020)
Par JOVIAL le 18 Novembre 2020          Consultée 328 fois

Au début, IDLES voulait seulement jouer, un jour peut-être, au festival de Glastonbury. Objectif finalement atteint en 2019, et même le turbulent Joe Talbot en versa quelques larmes. Depuis, nos Anglais sont devenus l'une des formations les plus importantes de la décennie. Catégorie ? Punk-rock dirait-on, à moins que l'oncle Joe ne vienne encore une fois contester l'étiquette. Qu'importe. Punk-rock, post-punk, post-hardcore ou hardcore-punk, cela ne veut finalement pas dire grand-chose et le public s'en moque bien d'ailleurs. Ainsi, moins d'une semaine après sa sortie, Ultra Mono avait déjà atteint la première place des charts britanniques, quant le précédent avait fini à la cinquième. Mais cette ascension fulgurante n'a pas fait que des heureux au pays du pudding. Les SLEAFORD MODS ont notamment fustigé la posture moralisatrice, stéréotypée et condescendante du groupe de Bristol, s'appropriant selon eux la voix de la working class. Critiques reprises sur Internet par FAT WHITE CITY qui lui a à son tour reproché son attitude prétentieuse, digne de la classe moyenne. La réponse d'IDLES s'est faite plus sobre, répliquant que la vieille rengaine des seventies "fuck you, vous avez tort" ne mène nulle part et qu'ils préfèrent quant à eux proposer autre chose que de l'insulte gratuite. Laissons donc à chacun la liberté de choisir son camp.

Difficile de savoir si cette triste querelle virtuelle a eu un effet quelconque sur la conception de ce troisième album. IDLES avoue tout de même dans un laïus assez obscur du livret interne avoir failli basculer du mauvais côté. Ils ont commencé à se mentir à eux-mêmes, à essayer de plaire au plus grand nombre, à oublier ce que leur musique se devait d'être, à savoir "une fenêtre sur eux et un miroir pour nous". Le groupe est donc reparti de zéro. Ultra Mono est le résultat d'un travail honnête et dur, cependant réalisé dans la joie, car "la joie est toujours un acte de résistance". Chaque morceau est une partie d'eux-mêmes, un sentiment retranscrit sur le vif, sans fard ni artifice. On vous avoue volontiers ne pas comprendre toujours où les cinq gus veulent en venir avec ce texte, ni même ce qui a réellement changé. Car on retrouve là nos IDLES habituels, hargneux, contestataires et cyniques. Joe Talbot s'en retourne à ses thèmes de prédilection, secouant les tenaces peaux mortes d'une Angleterre xénophobe et conformiste. "War" donne le ton dès le départ, le chanteur est prêt à en découdre. Tout y passe, du racisme ("Model Village", "Grounds") au mépris de classe ("Reigns", "Carcinogenic"), du harcèlement sexuel ("Ne Touche pas Moi") à la dépression ("Anxiety"). Sorti au mois de mai, "Mr. Motivator" est un pied de nez au confinement, mais aussi un appel à l'union. Nous sommes des samouraïs, nous sommes des boxeurs et tous ensemble nous y arriverons, go !

Que l'on adhère ou non à son discours, ça serait vraiment faire preuve de mauvaise foi que de dire qu'IDLES ne frappe pas un très grand coup. En cela, la pochette ne trompe pas. Ultra Mono cogne de toute force, monte au front avec une rage communicative. Certains ont souligné le manque d'hymnes de ce nouvel effort, comme avaient pu l'être "I'm Scum" et "Danny Nedelko" sur Joy as an Act of Resistance. C'est vrai. Cet album n'en a pas besoin. Aucun temps mort, ou si peu. Allez donc écouter les vigoureuses "War", "Mr. Motivator", "Model Village", "Kill Them With Kindness" et "Reigns", allez-y ! Et venez donc nous dire ensuite que cela ne vous fait rien, que vous n'avez pas, vous aussi, eu envie de retourner les tables. On retrouve même parfois cette urgence brute des premiers temps du quintet britannique, voyant presque par exemple dans "Anxiety" un clin d'œil à "1049 Ghoto" sur Brutalism. Joe Talbot est déchaîné, gueulant à s'en faire péter les tempes. Pour "Ne Touche pas Moi", c'est la chanteuse Jehnny Beth (SAVAGES) qui a été invitée à hurler le refrain. Warren Ellis (Nick CAVE & The BAD SEEDS), David Yow (The JESUS LIZARD), le saxophoniste Colin Webster ou, plus étonnant, le jazzman Jamie CULLUM ont également été conviés à la grand-messe. À la production, on ne change pas une équipe qui gagne, Nick Launay (Nick CAVE, ARCADE FIRE) et Adam Greenspan (Anna CALVI) sont de nouveau du convoi.

Qu'on ne s'attende cependant pas à beaucoup de nouveautés. Quoiqu'ils puissent affirmer, les Anglais ont fait ce qu'on attendait d'eux. On note bien quelques essais, assez réussis d'ailleurs, tel l'élan robotique de "Grounds" ou l'écrasante "The Lover", plutôt sombre. Toutefois, IDLES innove peu par rapport aux deux albums précédents. Faut-il le regretter ? Aucunement. Ultra Mono n'est pas parfait, loin s'en faut, parfois trop classique ("Ne Touche Pas Moi", "Carcinogenic"), parfois trop excessif ("Danke") ou complètement hors-sujet ("A Hymn"). Mais de manière générale, le disque impressionne par son immédiateté et sa puissance, faisant ainsi parfaitement honneur à son engagement préalable, celui de "[nous] emplir de violence, d'amour et de rythme". Un album guère surprenant donc, mais absolument jubilatoire.

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- Joe Talbot (chant)
- Adam Devonshire (basse/chœurs)
- Mark Bowen (guitare)
- Jon Beavis (batterie)
- Lee Kiernan (guitare)
- Guests :
- Kenny Beats (programming)
- Jehnny Beth (chant)
- Jamie Cullum (piano)
- Warren Ellis (chœurs)
- Colin Webster (saxophone)
- David Yow (chœurs)


1. War
2. Grounds
3. Mr. Motivator
4. Anxiety
5. Kill Them With Kindness
6. Model Village
7. Ne Touche Pas Moi
8. Carcinogenic
9. Reigns
10. The Lover
11. A Hymn
12. Danke



             



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