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GOBLIN - Roller (1976)
Par K-ZEN le 18 Janvier 2021          Consultée 470 fois

"Une nuit (en 1713), je rêvais que j'avais fait un pacte, et que le Diable était à mon service. Tout me réussissait au gré de mes désirs, et mes volontés étaient toujours prévenues par mon nouveau domestique. J'imaginai de lui donner mon violon, pour voir s'il parviendrait à me jouer quelques beaux airs ; mais quel fut mon étonnement lorsque j'entendis une sonate si singulièrement belle, exécutée avec tant de supériorité et d'intelligence que je n'avais même rien conçu qui pût entrer en parallèle. J'éprouvai tant de surprise, de ravissement, de plaisir, que j'en perdis la respiration. Je fus réveillé par cette violente sensation. Je pris à l'instant mon violon, dans l'espoir de retrouver une partie de ce que je venais d'entendre ; ce fut en vain. La pièce que je composais alors est, à la vérité, la meilleure que j'aie jamais faite, et je l'appelle encore la "Sonate du Diable" ; mais elle est tellement au-dessous de celle qui m'avait si fortement ému, que j'eusse brisé mon violon et abandonné pour toujours la musique, s'il m'eût été possible de me priver des jouissances qu'elle me procure".

Voilà ce que déclarait le compositeur italien Giuseppe TARTINI à l’astronome Jérôme Lalande, près de 200 ans avant Robert JOHNSON qui aurait conclu un arrangement similaire en échange de sa virtuosité musicale.
Le rapprochement entre diable et musique nous fait également songer irrémédiablement au triton, cet intervalle musical de quarte augmentée. A la fin du Moyen Age, on commença à l’éviter, jugé trop dur à l’oreille. Le théoricien italien Guido d’Arezzo lui conféra même le surnom de "Diabolus In Musica" soit "Diable en musique". L’inconscient fit le reste, assimilant le triton à quelque chose de diabolique. De nos jours, il a une connotation malsaine, insidieuse. On le retrouve abondamment dans le classique, mais aussi dans le rock : chez les BEATLES, dans "Purple Haze" de HENDRIX ou, exemple peut-être le plus emblématique, "Black Sabbath", iconique première chanson ouvrant la carrière du groupe homonyme.

La gravure signée Louis-Léopold Boilly en 1824 représente l’instant relaté par TARTINI. On y voit un être démoniaque un violon en main, maigrichon, ailé et cornu, esquissant la sonate des Trilles du Diable juché sur un nuage près du lit du compositeur endormi. On observe aussi des partitions sur la table de nuit, symbole des notes que le musicien essaiera de reconstituer à son réveil avec un succès relatif. Le morceau est réputé d’ailleurs pour être très difficile techniquement, renforçant sa singularité.

La pochette du second album studio de GOBLIN est un emprunt à cette illustration, notre succube chevauchant à présent le G du nom du groupe. Un collectif qui a un peu évolué : Maurizio GUARINI a été intégré aux claviers alors qu’Agostino MARANGOLO a remplacé définitivement Walter MARTINO à la batterie.

Roller est un disque instrumental sans lien avec le cinéma, contrairement aux deux qui l’entourent, même si sa musique sera tout de même utilisée à posteriori dans deux films : Patrick ("Snip-Snap") et Wampyr de George Romero ("Roller", "Aquaman", "Dr. Frankenstein"). Toutefois, il ne parvient pas à rééditer le succès rencontré par Profondo Rosso.

A l’image de ce que représentait le thème principal "Profondo Rosso" avant lui, "Roller" est une ouverture vertigineuse, les deux morceaux partageant d’ailleurs une construction similaire. D'insaisissables notes de synthé cohabitent avec une basse volumineuse, une vraie marque de fabrique du groupe. Cymbale et grosse caisse se chargent du rythme. Tout cela est bientôt rejoint par une indicible montée d’orgue. La mixture progresse jusqu'à ce chorus qui précipite enfin en un solo de guitare électrique doublé à l’orgue. Un titre mystérieux à l’aspect épique certain.

"Aquaman" est tout aussi bon, comme un Narcisse s’admirant au-dessus de l’eau, son solo de guitare sonnant d’ailleurs très Gilmourien. "Snip-Snap" est un titre funky dansant, à l’aspect synthétique assez similaire à ce que dégage "Trampled Under Foot" de LED ZEPPELIN. Les onze minutes de "Goblin" livrent une mini-symphonie magique, où brillent des synthés rétro-futuristes, proche des grandes aventures homériques de Gandalf contées par CAMEL dans la suite "Nimrodel". Le menaçant « Dr. Frankenstein » illustre bien la menace latente sur le point de se matérialiser devant les yeux de l’infortuné médecin.

Le disque, deuxième volume du passionnant coffret The Awakening, livre deux morceaux bonus, les thèmes pour l’émission de télévision "Chi ?", divertissement diffusé par la RAI en 1976, en partenariat avec la loterie italienne, présenté par Pippo Baudo et Elisabetta Virgili. Le programme était articulé autour d’un quiz sur les thrillers italiens ("Giallo") joués sur scène pendant la retransmission. Musique et danse étaient aussi au programme, GOBLIN interprétant le thème du quiz que l’on retrouve ici, aux faux airs d’ORBITAL ("The Box") ou d’Herbie HANCOCK époque kozmigroov ("Sly") notamment sur sa première partie.

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- Massimo Morante (guitare)
- Fabio Pignatelli (basse)
- Claudio Simonetti (claviers)
- Agostino Marangolo (batterie)
- Maurizio Guarini (claviers)


1. Roller
2. Aquaman
3. Snip-snap
4. Il Risveglio Del Serpente
5. Goblin
6. Dr. Frankenstein
7. Chi ? – Part One
8. Chi ? – Part Two



             



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