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HAYSEED DIXIE - Blast From The Grassed (2020)
Par LE KINGBEE le 6 Février 2021          Consultée 215 fois

Sans avoir l’air d’y toucher, HAYSSED DIXIE nous délivre sa 16ème galette. Si certains trouvent le titre des plus creux, d’autres y voient une image pittoresque ; toujours est-il qu’il oriente l’auditeur vers le répertoire du quatuor : du Bluegrass. Avec leurs fringues de bons péquenots presque caricaturales (Ok, on ne les voit que sur la pochette intérieure), les quatre musiciens ne font pas dans la dentelle et reprennent le concept déjà entrevu dans plusieurs disques précédents : jouer des reprises Pop Rock en version Bluegrass. La recette n’est pas nouvelle, le groupe s’était fait remarquer à l’orée du nouveau millénaire en s’attaquant à quelques titres d’AC/DC. Il se dit même qu’Angus Young s’était bien marré en voyant une vidéo des bouseux. En fait, l’album porte bien son nom, en cette période que certains jugent des plus moroses, cette galette apportant un souffle herbagé plein de fraîcheur et de gaieté.

Les râleurs, les puristes de Bluesgrass traditionnel, les amateurs de Country et les fans d’une sonorité appalachienne trouveront probablement que le groupe ne respecte pas les codes, se complait encore une fois dans la reprise. Il n’en est pas moins vrai que HAYSSED DIXIE connaît sur scène un succès croissant chez les Britanniques, en Scandinavie, et chez nos voisins belges et hollandais. Sur le territoire américain, nos quatre péquenots ont conquis un public plus jeune qui se fout des étiquettes et privilégie la festivité et la spontanéité.
En 2019, Wheeler et ses potes avaient connu une année exceptionnelle avec pas moins de 61 concerts en Europe (dont 35 en Angleterre). Le groupe s'était offert une escapade en Australie avec trois shows à guichets fermés auxquels il convient d'ajouter quelques concerts sur leurs terres. 2020 s’annonçait pas mal, en mars HAYSSED DIXIE s’était produit en Angleterre à huit reprises avant que la Covid ne vienne changer la donne.

Petit retour sur la pochette : certains verront dans cette mandoline croisée à un banjo un pied-de-nez à l’establishment Country et à certaines mentalités sudistes avec, en arrière-plan, une boule à facettes. Certains petits esprits jugeront que le groupe nargue presque le drapeau confédéré, ce qui n’est pas impossible surtout à l’heure où certaines villes du Grand Sud retirent certains emblèmes et symboles d’une tradition passée, mais hélas toujours en vigueur dans certains coins.

HAYSSED DIXIE s’attaque ici à douze standards qui ont jadis fait la joie des radios, des discothèques et des amateurs de Pop et de Rock. Pour ne pas verser dans une coloration trop linéaire, John Wheeler et ses trois larrons ont ratissé large, farfouillant aussi bien dans la New-Wave, le Rock F.M, le Disco, le Folk et la Pop. Votre humble serviteur a néanmoins été obligé de faire une recherche pour retrouver un titre d’origine, les autres étant pour la plupart rentrés dans l’inconscient collectif.

En ouverture, le combo s’offre un bon compromis avec "Africa", Number One de TOTO au tout début de l’année 83. Si le titre a été repris une centaine de fois, on se souvient généralement de l’interprétation de WEEZER, groupe californien bien connu, auteur d’un regain d’intérêt pour le titre, à contrario de BONFIRE qui plus récemment s’empêtrait les pieds dans le tapis. La guitare, le banjo et la mandoline s’emboîtent correctement et le chorus demeure marqué par la qualité des harmonies vocales, la voix de basse de Wheeler venant en contrepoint du timbre aigu de "Hippy" Hymas. Il ne faut que trois secondes pour reconnaitre "Stayin’ Alive", hit interplanétaire des BEE GEES et de la vague Disco. Si le trio anglais N Transe avait offert un bain de jouvence au titre au milieu des nineties en incorporant divers éléments liés au Hip-Hop et à l’électro-dance, le croisement des quatre instruments (contrebasse, guitare, mandoline et banjo) qui imposent un rythme surprenant et les paroles constituent de bons atouts. Le titre aurait cependant mérité d’être écourte d’au moins 60 secondes.

Ce qui étonne le plus lors des deux premières écoutes résulte du choix des reprises. Chaque titre constitue en fait une surprise, on se demande parfois le pourquoi du comment sur la place et le choix de tel ou tel titre. Le moment de surprise passé, il faut encore absorber les versions en mode Herbe Bleue des différents titres, faire fi de ses préjugés et laisser tomber ses doutes quant au bienfondé de ces orchestrations à la sauce banjo, mandoline, guimbarde et compagnie.
Enregistré en 1968 par Mark James sous la houlette de Chips Moman, producteur de génie, "Suspicious Mind" se transforme en carton treize mois plus tard via la reprise du King PRESLEY. Marrant comme un nom (et probablement une grosse campagne de promotion) peut faire bouger les choses, les arrangements et l’orchestration entre les deux versions étant quasiment similaires. Si vous êtes un fan invétéré du King, la présente version risque de vous heurter, si a contrario vous êtes quelque peu open, elle vous comblera par la richesse de ses harmonies vocales et l’articulation des divers instruments dont l’apparition d’un fiddle. Après tout, Bettye Swan, Merry CLAYTON ou FINE YOUNG CANNIBALS en avaient proposé des versions Soul tout à fait honorables, alors pourquoi pas une orchestration Bluegrass. Même constat avec "Take On Me", titre des scandinaves d’A-HA illustré en son temps par un fameux clip dessin-animé en noir et blanc. La mandoline et les arpèges de banjo viennent en contrepoint d’un chant plus haut perché. Pour un peu, si Wheeler avait ralenti le tempo, on aurait eu le droit à un Newgrass de grande classe. Il est amusant de voir que certains titres connaissent une soudaine résurgence. C’est ainsi qu’en l’an 2020, "Tainted Love" fut repris dans des registres diamétralement opposés par SEPULTURA, l’anglo-canadien Mark Kingswood, Lonely Bunker et enfin par les Californiens de Flogging Seagulls. Encore plus marrant quand on sait que cette pépite chantée par Gloria Jones ne connaîtra qu’un succès d’estime lors de sa sortie. Il faudra attendre seize ans pour que SOFT CELL transforme le titre en un vrai carton. Encore plus surprenant, on peut quasiment parier qu’Hayssed Dixie s’est inspiré de la version synthé pop de Marc Almond et non de l’originale, mais la recette s’avère encore une fois excellente. Autre plongée dans le monde de la Brit New-Wave avec "Shout", hit de TEARS FOR FEARS, dans lequel l’assemblage des différents instruments fait encore merveille. Le passage du violon au milieu du titre instaure un décor propice au Newgrass. Au vu de ces quelques lignes, les EURYTHMICS ne pouvaient pas échapper aux griffes du quatuor. L’utilisation d’une guimbarde, d’un banjo et d’un violon constitue encore une bonne basse tandis que la contrebasse ne cesse de placer les instruments sur un piédestal. Dernier clin d’œil au synthétisme avec "Blue Monday", pioché dans la besace de NEW ORDER, les pizzicatos de mandoline et les glissandos de banjo remplacent avantageusement les boites à rythmes bien froides de Gillian Gilbert, une version bien plus captivante que celle d’Arctic Lake.

"You Need To Calm Down" (titre inconnu chez moi) provient de Taylor SWIFT, populaire chanteuse américaine. Si le groupe a peut-être voulu démontrer qu’il sait se tenir à la page, il paraît plus probable qu’il ait repris une chanson qu’il apprécie. Si l’original peut se résumer à une mixture lorgnant les BANGLES et dans laquelle s’adjoint une tonalité électro pop proche de Jain, la reprise offre un tout autre visage avec une orientation sur le Bluegrass. L’incorporation de "Mrs Robinson" du duo SIMON & GARFUNKEL popularisé par le film Le Lauréat nous parait moins convaincante. En effet, le titre repris à toutes les sauces a fait l’objet de nombreux essais Folk et Country, l’effet de surprise a ici moins de poids. On suppose qu’un membre fan de baseball a suggéré cette reprise °, toujours est-il que si ce choix nous paraît moins judicieux, l’interprétation relègue à des années lumière celle de Garth Brooks, l’un des plus gros vendeurs de disques actuels aux Etats Unis. Si vous êtes comme moi peu sensible au répertoire d’ABBA, "Dancing Queen" vous touchera probablement beaucoup moins. Par contre, la reprise de "Eternal Flame" des BANGLES s’avère une bonne pioche, la mélodie apporte de la douceur et met en avant les harmonies vocales. Ce titre aurait mérité de figurer au milieu de l’album de manière à casser le ton général, Hayssed Dixie proposant en effet un tempo enlevé.

Si c’est sur scène et dans le circuit des Pubs que le groupe exploite toute sa folie, (il faut voir les chorégraphies, les postures et les mimiques de ces quatre comédiens) et si la recette ne surprend plus, ce nouvel opus n’en constitue pas moins une bouffée d’air frais dans le paysage musical actuel. Alors que l’Industrie phonographique n’a jamais connu en termes de production une si importante peau de chagrin, certains petits groupes tentent de résister face aux aléas de la vie. On pourra toujours reprocher le choix d’un ou deux titres, il n’en demeure pas moins que sous leurs allures de péquenots goguenards parfois bien barrés les quatre larrons sont de redoutables virtuoses. Produit par John Wheeler, existe en format CD et vinyle.

° A la fin du titre, les paroles font allusion à un grand joueur de Baseball, que certains ont identifié en la personne de Joe DiMaggio, ancien mari d’une certaine Marilyn.

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   LE KINGBEE

 
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- John Wheeler (chant, guitare, violon, guimbarde)
- Jake 'bakesnake' Byers (contrebasse, chœurs)
- 'hippy' Joe Hymas (mandoline, chœurs)
- Tim Carter (banjo, chœurs)


1. Africa
2. Staying Alive
3. Suspicious Minds
4. Take On Me
5. Tainted Love
6. You Need To Calm Down
7. Shout
8. Mrs. Robinson
9. Sweet Dreams Are Made Of This
10. Dancing Queen
11. Eternal Flame
12. Blue Monday



             



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